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A la une / Récit de grossesse

Accoucher sans péridurale, mais pourquoi donc ?

« Quelle idée étrange ! Pourquoi vouloir souffrir alors qu’on a la chance de vivre dans un pays et à une époque où on peut l’éviter ? En plus, chez nous, c’est gratuit ! Non, vraiment, quelle idée étrange. Et pourquoi pas se faire opérer sans anesthésie tiens ! »

Voilà une opinion fort répandue. Une opinion que je comprends très bien : ce fut la mienne pendant très longtemps !

Mais, tu t’en doutes, si je viens aujourd’hui te parler avec un tel titre, c’est que j’ai petit à petit fini par me dire, que, peut-être, sans péridurale, ce n’était pas forcément une si mauvaise idée, même si je comprends bien que son aide puisse être précieuse… Comment en suis-je arrivée là ?

C’est donc possible

Vu mon âge, j’ai grandi en sachant que la péridurale existait, qu’on avait cette option, et en me disant que bah, si ça existe, autant en profiter !

La première fois que j’ai entendu dire qu’on pouvait accoucher sans péridurale et ne pas forcément en être traumatisée, voire même, trouver cela mieux, je suis tombée des nues. J’avais un peu plus de 20 ans, et Grand Manitou, le doyen de mon équipe de jeunots (le seul qui avait des enfants quoi) nous avait rapporté que sa femme avait accouché une fois avec, et une fois sans (par manque de temps, pas par choix), et qu’elle avait préféré sans ! Incrédule, je lui ai demandé, «  mais, pourquoi ?? » (elle est pas un peu folle ta femme, Grand Manitou ?)
« Elle dit qu’elle s’est remise beaucoup plus rapidement, et que même si ça a été un peu plus difficile sur le coup, elle a vraiment apprécié d’être plus tranquille ensuite » .
Jeune Maman Ours hocha la tête, songeuse, moitié « mais tout de même ! quelle héroïne cette femme », moitié « ah, mais elle n’est peut-être pas si folle en fait, ça se tient un peu son histoire » .

Et voilà, la graine était plantée : je savais que c’était possible d’accoucher sans péridurale (involontairement) et que ce n’était pas forcément l’enfer sur Terre et la pire expérience imaginable.

Crédits photo (creative commons) : Kalea Jerielle

Et puis les années sont passées. Je n’avais pas encore commencé à dévorer des livres sur la maternité, mais, petit à petit, je me renseignais. Conversation avec une collègue par ici, Baby Boom par là, lecture de Madame Dentelle (coucou le coup de vieux!) puis de Dans Ma Tribu…

Un jour, j’ai appris que la péridurale pouvait parfois « affaiblir » les contractions, et donc ralentir le travail. Et que dans ce cas, on injectait souvent de l’ocytocine (l’hormone, qui, entre autres, fait se contracter l’utérus) de synthèse pour « compenser » . Mais que les contractions sous ocytocine étaient souvent très violentes. Et là, j’ai commencé à paniquer un peu et, dans mon cerveau, s’est formée la vision de la pauvre accouchée, gisant sur sa table, une perfusion dans chaque bras, avec d’un côté un seau de « produit qui diminue douleur et contractions » et dans l’autre un seau de « produit qui augmente contractions et douleur » . Et un savant fou qui court d’un côté à l’autre en jouant sur les réglages, « allez un peu plus de celui-là, ah non, c’est trop, bougez-pas j’en remets de l’autre côté ! » (je sais, la péri, c’est dans le dos ! mais c’est une vision, pas un manuel de médecine – et heureusement !).

Il faut aussi que je te dise que mon historique fait que je suis très peu sereine (voire : complètement terrorisée) quand il s’agit de prendre des hormones : mon corps ne réagit pas très bien, et mon cerveau déteste cette sensation (hélas déjà vécue) qu’on te donne des substances à tâtons, en regardant ce qu’une dose te fait pour savoir si c’est la bonne. Et que toi, pendant ce temps, tu morfles.

J’ai donc commencé à penser, que, on verrait bien le jour venu, mais peut-être que Mme Grand Manitou pouvait être un exemple à suivre en fin de compte.

Et pourquoi pas ?

Et puis j’ai été enceinte à mon tour. Au milieu du choix du suivi, de la maternité, de l’allaitement ou du biberon, j’ai un peu pensé à l’accouchement aussi. Quelle femme enceinte n’y pense pas ? Cela ne m’inquiétait pas vraiment. Certes, j’étais tellement zen que rien n’aurait pu me faire peur ! Mais, même si je ne m’attendais pas à une partie de plaisir, je me disais que si tant de femmes l’avaient fait… et que tant l’avaient refait en sachant de quoi il retournait, c’est que d’une façon ou d’une autre, j’en serai probablement capable.

Cette idée de « tenter sans péri » traînait dans ma tête. Sans pression, sans ambition. Parce que bon, accoucher, c’est dans tous les cas impressionnant. Peu importent les modalités, chaque personne qui a fait cela est épatante. Et puis j’avais bien conscience que c’était facile, dans mon canap avec mon bidou qui sortait à peine, de me dire que j’essaierai peut-être. Mais que je n’avais pas la moindre idée de ce que ça allait être en réalité. Alors je me disais que je verrais bien, et j’osais à peine le dire du bout des lèvres. Après tout, je pouvais toujours essayer, et la prendre en cours de route si ça n’allait pas. Ou bien même au bout de trente secondes hein !

Mais depuis mon cher canapé, l’idée d’être infusée d’hormones et de produits me faisait plus peur que l’idée d’accoucher, alors j’y pensais de plus en plus.

Crédits photo (creative commons) : National Cancer Institute

Oserai-je le dire ? Il y avait aussi dans cette envie un petit côté « défi à moi-même ». C’est complètement inutile et stupide, mais c’est ainsi.

Et puis j’avais lu l’importance des positions et de leur variété pour l’avancement du travail et le ressenti de la douleur. Et c’est quelque chose qui m’avait immédiatement parlé, car j’avais, dans d’autres circonstances (évidemment) pu me rendre compte par moi-même que, pour une même douleur, certaines positions étaient « neutres », d’autres atténuaient énormément la douleur, et d’autres la rendaient insupportables. Or, si aucune position n’est réellement mieux qu’une autre pour accoucher (il faut s’adapter à chaque cas), il y a un consensus assez généralisé sur le fait que la position allongée sur le dos est la moins bonne, que ce soit pour le ressenti de la parturiente ou l’avancée de l’accouchement. C’est ballot, car, en cas de péridurale, on est souvent coincées dans cette position (pas systématiquement ceci dit, mais souvent). J’avais donc peur de me retrouver immobilisée dans une position qui ne me conviendrait pas.

Enfin (surtout), c’était complètement cohérent avec mes envies de simplicité, de naturel et de suivi pas trop médicalisé concernant ma grossesse.

C’est là que mon syndrome d’Hermione s’est manifesté. « Hey, Maman Ours, tu vas bientôt faire un truc de dingue là tu sais. Faudrait songer à potasser un peu le sujet, non ? Et d’autant plus si tu envisages de prendre l’option « à la dure » ! » OK, OK petit syndrome, je file dévaliser ma librairie bien aimée de ce pas !

Je me suis donc retrouvée avec une bonne pile de livres concernant l’accouchement, globalement à tendance « accouchement naturel ». Et j’ai dévoré.

Y croire

Au départ, inconsciemment, je cherchais – en plus d’informations sur les accouchements – des « techniques » pour augmenter mes chances de « réussir à accoucher sans péridurale ». Petite élève studieuse un jour… Et petit à petit, comme je t’en ai parlé, j’ai découvert ce qu’était un accouchement. Comment le corps humain fonctionnait à ce moment si unique et incroyable. Comment toute cette mécanique si bien rodée, si précise, permettait ce miracle. Si on la laissait faire. Les moyens que la nature a prévus pour pouvoir vivre cela sans souffrir. La différence entre la douleur et la souffrance aussi d’ailleurs.

J’ai pris confiance en moi : j’ai toujours eu un bon rapport à mon corps. On se respecte, tous les deux, et jusqu’ici, lui faire confiance a toujours été une stratégie gagnante. Alors j’ai fini par y croire, que je pouvais une nouvelle fois lui faire confiance. Après tout, il est le fruit de millions d’années d’évolution. Toutes les femmes de mon arbre généalogique l’ont fait depuis tout ce temps : j’ai donc très certainement tout ce qu’il faut pour les imiter !

Crédits photo (creative commons) : Jeremy Bishop

J’ai ainsi compris la grande différence avec une opération sans anesthésie : le corps humain est fait pour accoucher. C’est un acte « normal » dans la vie d’une mammifère. Nos corps ont tout ce qu’il faut pour fabriquer des bébés et les faire naître. Tandis que la nature n’a pas du tout prévu qu’on nous ouvre le ventre ou les genoux avec un scalpel (même si c’est parfois bien utile !). Alors forcément, dans ces moments, on a bien besoin d’une anesthésie. Et d’ailleurs, jamais de la vie je n’envisagerais de vivre une opération, ou même un arrachage de dent, sans anesthésie. Et si je dois subir le moindre petit acte médical, ne serait-ce que si je dois avoir des points après une déchirure par exemple, je veux une anesthésie, la question ne se pose pas !

Le vouloir

J’ai aussi découvert combien vouloir prendre le contrôle de ce process pouvait le perturber. Combien même des actes minimes pouvaient être de petits grains de sable dans l’engrenage, pouvant empêcher telle étape, et, par effet papillon, avoir des répercussions néfastes ; et donc demander d’autres actes pour corriger cela, qui eux même risquent d’apporter d’autres perturbations, et ainsi de suite. Et avec tout cela, j’ai fini par découvrir les risques qu’une péridurale et d’autres actes médicalisés non indispensables comportent : comme beaucoup de choses, il y a des avantages, assez évidents, mais aussi des inconvénients. Je te laisse te renseigner auprès de sources plus fiables que moi si tu veux en savoir plus. À chacun de les peser et de faire ses choix évidemment. Mais de mon côté, je commençais à me dire que le jeu n’en valait peut-être pas la chandelle.

Entendons-nous bien : parfois, il n’y a pas le choix. Et c’est heureux que nous puissions bénéficier de l’aide de la médecine quand quelque chose va mal. Pas un seul instant je n’ai envisagé de refuser un acte médical en cas de problème. Je ne redoutais même pas une césarienne d’urgence, car, pour moi, c’est une chance qui permet de sauver des vies. Et là, tant pis pour le reste. Si ça devait arriver, qu’on le fasse, et je me débrouillerais plus tard pour faire ma paix avec cela.

Toujours est-il que petit à petit, ma motivation à essayer de me passer de ces aides si bien intentionnées mais si pleines de revers augmentait. Ce n’était plus une idée plutôt légère « pourquoi pas, on va tenter », mais vraiment une volonté assez marquée. J’évitais tout de même de me mettre trop de pression et je ne m’interdisais absolument pas de changer d’avis en cours de route. Après tout, c’est le genre de moment dont on n’a pas la moindre idée avant d’y être, alors il ne fallait pas être trop présomptueuse ! Si j’en ai besoin, j’en ai besoin. Si je n’en ai pas besoin… et bien c’est qu’il n’y en a pas besoin!

Comprendre

Au fil de mes lectures, ma perception de l’accouchement a évolué. Je suis partie d’une vision où il s’agissait de « réussir », comme un exploit, à accoucher « sans péridurale ». Une montagne à gravir, une technique à éviter. Serrer les dents, rassembler toutes ses forces, refuser l’aide. Être forte.

Et je suis arrivée à me dire qu’en fait, ce que je voulais, ce n’était pas tant d’éviter la péridurale ; mais plutôt de vivre pleinement mon accouchement. Et que pour cela, il suffisait de laisser faire. De demander à bénéficier des conditions idéales, et puis de me faire confiance.

J’allais rédiger un projet de naissance expliquant mon point de vue. Demander à bénéficier de la salle nature si possible ; demander à avoir un minimum d’actes médicaux (toujours : dans la mesure du possible) ; demander à pouvoir bouger et choisir mes positions, à être conseillée et encouragée.

Et puis ensuite, ce serait à moi de jouer. Mais pour ça, je verrai le jour même. Accoucher, ça ne s’apprend pas. Ce n’est pas en listant des techniques, en déterminant précisément à l’avance ma position et l’endroit que Papa Ours devra masser que j’accoucherai.
Non.
Mon projet c’est d’accoucher, pas d’être accouchée. Je me fais confiance, Papa Ours me fait confiance, j’espère que l’équipe me fera confiance.
Ballon, pas ballon ? Liane ? Piscine ? Massage ? Respiration ? Visualisation ? Debout, allongée, assisse, accroupie, à 4 pattes ? Je n’en sais rien. Donnez-moi toutes ces options, et d’autres si vous avez d’autres idées, et je verrai. Je saurai ce dont j’aurai besoin. Et cela changera d’un moment à un autre probablement. Mon corps est prêt, il est fait pour cela. Et maintenant, moi aussi je suis prête.

Crédits photo (creative commons) : sydney Rae

À partir de là, je n’ai plus eu de difficultés à rédiger mon projet de naissance, moi qui craignais tant la page blanche. Je craignais de ne faire que lister ce dont je ne voulais pas, toutes ces horreurs de violences gynécologiques qui font si peur, mais non, j’ai facilement pu écrire ce dont j’avais envie.

Je n’ai plus eu qu’à briefer un peu Papa Ours, qui avait bien sûr déjà un peu compris, puisqu’il suit mes pensées depuis longtemps : le jour J, ce que j’attends de lui, c’est d’être mon roc. Qu’il m’accompagne dans ce voyage inédit ; qu’il me soutienne ; qu’il soit là, tout simplement. Qu’il accepte ce qu’il se passera, quoi que ce soit, qu’il accepte que je serai peut-être désagréable, peut-être distante (ou peut-être pas !). Qu’il soit prêt à ce que je change d’avis d’un instant à l’autre (« passes moi le ballon » / « nooon j’en veux pas du ballon »). Qu’il ne me plaigne pas. Qu’il ne cherche pas à me protéger du cyclone qui va déferler sur moi, même si cela lui coûte, mais qu’il saute avec moi dedans. Quand il est là, tout est plus facile.
Ah, et qu’il ne prenne pas de photos.

Et si en fin de compte, c’est trop pour moi ? Et bien, j’ai la chance de vivre dans un pays et à une époque où on peut m’aider. Alors je demanderai de l’aide, et j’en bénéficierai sans le moindre regret.

Et si en fin de compte, je fais partie des malchanceuses pour qui la nature, même sans qu’on vienne la perturber, fait n’importe quoi ? Alors je serai dans le cas d’une pathologie, d’une anomalie, d’un risque, et je rentrerai donc dans le domaine de la médecine. J’ai la chance de vivre dans un pays et à une époque où elle fait des miracles, et j’espère qu’elle saura m’en offrir un.

Je ne te semble pas trop folle ? Et toi, tu as une idée de l’accouchement que tu souhaites ?

A propos de l’auteur

Un petit Ours va bientôt rejoindre la famille Ours ! Il va tomber dans une marmite un brin écolo, un brin geek, mais pas que ! Et en attendant, je vais te raconter ma grossesse tranquille, en long, en large et en travers (bavarde, moi ?).