Menu
A la une / Témoignage

Mon premier trimestre de grossesse passé sous silence… avec un papa pas impliqué

Après l’annonce complètement ratée de ma grossesse, il a bien fallu qu’on discute un peu avec Superman. Les choses se sont révélées très claires de son côté : pas d’annonce à nos familles et amis avant les 3 mois « réglementaires », et ne jamais parler de cette grossesse. Il est catégorique, il a déjà « mangé » du mariage pendant 9 mois, il ne veut pas recommencer avec la maternité, donc je dois me taire et attendre. (Pour rappel, ça fait alors moins d’un mois que nous sommes mariés !)

Sauf que ça, c’est au-dessus de mes forces ! Je lui explique en long, en large et en travers que non, je ne vais pas pouvoir tenir ma langue pendant quelques mois et « oublier » que je suis enceinte (alors que j’en rêve depuis plus de 10 ans !). Comme tu t’en doutes, la discussion ne se finit pas sur un consensus général, non, c’est plutôt l’inverse. Nous restons campés sur nos positions, sûr d’être chacun dans notre bon droit.

C’est donc sans en parler à Superman que je prends rendez vous chez un médecin généraliste pour lancer la machine « grossesse ». J’ai déjà fait une prise de sang, le médecin me donne une ordonnance pour faire la série complète (toxo, groupe sanguin, rhésus, rubéole, glycosurie et compagnie), et comme je n’ai aucun souvenir de la date de mes dernières règle (prise dans la frénésie du mariage), il me fait le papier pour une échographie de datation.

Avec ces deux ordonnances, je me trouve un peu perdue et un peu bête. Eh oui, je ne sais pas par quoi commencer, je n’ai pas de gynécologue attitré, je ne connais pas d’échographiste. Alors, franchement, qu’est ce que je dois faire, qui dois-je appeler ?

En me renseignant sur internet, je me rends compte que je dois choisir dès maintenant (à moins d’un mois de grossesse) l’endroit où je veux accoucher, pour être sûre d’avoir une place. Moi qui ne suis même pas vraiment sûre d’être enceinte, je dois déjà me projeter 8 mois plus tard et décider de ce que je veux ! Bon, puisque que c’est comme ça que ça fonctionne, je me mets à faire la liste des maternités de ma ville et à vraiment réfléchir à mon accouchement.

grossesse échographie

Crédits photo (creative commons) : Jerry Lal

Je découvre que le suivi de grossesse est fait par un gynécologue ou une sage femme libérale, mais qu’en fin de grossesse, on doit se faire suivre par le gynécologue (ou une sage femme) de la maternité où l’on va accoucher. Il faut ajouter à ça les cours de préparation à l’accouchement, soit avec une sage femme libérale, soit à la maternité. Je trouve cette multiplication de personnes « référentes » compliquée et pas très pratique. Autant faire le suivi dès le début avec le gynécologue de la maternité, non ? Oui mais ils sont souvent très pris, on n’est pas sûre de tomber sur le même à chaque fois… Et puis les hôpitaux, je n’aime pas ça, alors y aller une fois par mois pendant 9 mois, non merci !

En continuant mes recherches, j’apprends qu’un autre type de suivi est possible : l’accompagnement global à la naissance. Le principe est très simple, une sage femme libérale nous suit pendant la grossesse, fait la préparation à l’accouchement, nous accouche, et fait le suivi post accouchement de la mère et de l’enfant. Je trouve ça royal ! Une seule et même personne qui me suit pendant ces 9 mois, qui me connait et surtout que je connais pour le jour de l’accouchement. Je ne peux pas rêver mieux.

Oui mais, il y a un mais ! Tous les hôpitaux n’acceptent pas qu’une sage femme en libéral vienne chez eux pour accoucher une patiente qu’ils ne connaissent pas, qu’elle vienne « louer » une de leur salle d’accouchement (on parle de plateau technique). En fait, c’est même assez rare. Mais j’ai de la chance, j’habite dans une grande ville et il y a un hôpital qui a un plateau technique (et qui donc accepte l’accompagnement global à la naissance). A une demi-heure de route. Mais tant pis, je prends le risque, c’est vraiment comme ça que je vois mon accouchement.

Voilà, je sais où je vais accoucher et comment. (Eh oui, cette méthode est dite « physiologique » et plus naturelle, donc pas de table et pas d’étrier, pas de péridurale sauf s’il le faut vraiment, une équipe médicale restreinte (juste la sage femme et moi)… Mais je t’en parlerai plus longuement dans un autre article.) Il ne me reste plus qu’à trouver la perle rare, la sage femme qui m’accompagnera pendant toutes ces étapes importantes.

Ah oui, il faut aussi que j’en parle à mon mari. Je l’avais un peu oublié dans cette histoire ! Mais je refuse de me laisser entraîner dans son jeu du silence et de la politique de l’autruche. Il va devoir assumer d’avoir bientôt un enfant, et nous voilà repartis dans une discussion houleuse. Le résultat me plait plutôt bien : c’est moi qui accouche, c’est moi qui décide où et comment.

La décision étant prise, je prends contact avec une association qui soutient l’accompagnement global à la naissance. Je récupère alors une liste de sages femmes qui pratiquent cette méthode, et surtout quelques noms de bons échographistes, car je n’ai toujours pas fait mon échographie de datation !

Je prends rendez-vous avec l’une et l’autre. Et arrive le jour tant attendu par toute femme enceinte : la première échographie. Bon, je ne dois pas être comme toute femme enceinte, car je ne ressens rien pendant l’écho, mais rien du tout. Pourtant tout va bien, le bébé est bien implanté, il a l’air d’avoir une bonne croissance, le cœur bat comme il faut. C’est juste que je ne fais pas le lien entre ce que je vois à l’écran (des tas noirs et blancs qui bougent, c’est moche quoi !) et le fait d’être enceinte. En fait, je ne me considère pas comme étant enceinte, je suis juste en attente de symptôme pour me dire que oui, ça y est, je vais être maman.

En sortant du rendez-vous, je me décide quand même à prévenir ma mère. Tant pis pour les 3 mois que voulait attendre Superman, ce n’est pas lui qui a une crevette dans le ventre ! Je pense que j’ai été très refroidie par l’annonce ratée à mon mari, je ne prends donc pas de gants avec ma mère et lui dit directement que je suis enceinte, au téléphone. Elle est ravie pour nous ! Dix fois plus ravie que moi et cent fois plus que Superman. Ça me fait énormément de bien de pouvoir m’enthousiasmer avec quelqu’un, de pouvoir en discuter. Et ça m’aide à prendre conscience de ce qui va m’arriver.

Le reste de mon premier trimestre se déroule en silence radio. Je ne parle presque jamais de ma grossesse, je n’ose pas trop me plaindre de mes nausées et de mes maux de têtes quotidiens… Je laisse à Superman presque 3 mois de tranquillité (c’est ça d’épouser quelqu’un qui a du caractère !). Mais, c’est assez dur pour moi. Je me sens, seule, frustrée et totalement abandonnée. Je deviens jalouse des amies qui ont un mari super attentionné, qui s’intéresse vraiment à la grossesse de leur femme. Moi qui ai toujours idéalisé ces 9 mois, je tombe de très haut !

Heureusement pour moi, ma mère est d’un vrai soutien. Nous passons de longues heures au téléphone à discuter de cette grossesse, de l’accouchement, d’avoir un bébé. Elle me raconte pleins d’anecdotes sur ses propres grossesses (et il y en a eu un certain nombre !), nous devenons beaucoup plus complices. La non attention de Superman nous rapproche énormément, finalement.

Je continue à aller aux examens médicaux (avec une super sage femme !) et aux prises de sang sans lui en parler. Je fais la déclaration de grossesse sans qu’il soit au courant. Je visite la maternité où je vais accoucher sans lui. Je commence à rêver sur les habits et l’équipement nécessaire au bébé toute seule. Bref, j’ai l’impression pendant ces trois premiers mois d’être une future mère célibataire, et ce n’est pas très agréable !

Mais cet état de fait ne dure pas plus longtemps que nécessaire. La fin du premier trimestre approchant, Superman se décide enfin à dire à sa famille que je suis enceinte, et tout le monde est ravi pour nous (et me plaint secrètement, « l’amour » de mon mari pour les bébés est mondialement connu !).

Du côté de nos amis, ils commençaient déjà à avoir des doutes, et puis il y a cette semaine de vacance prévue depuis longtemps : partir avec 5 copains sur un voilier en Méditerranée. Ma grossesse ne nous empêchera pas cette virée, et c’est comme ça que l’annonce se fait (et se répand dans le cercle amical). Ah, le plaisir de vomir face à la mer plutôt que face au mur de ses toilettes !

Cette semaine en mer est très bénéfique pour Superman. Il se rend compte qu’une femme enceinte, ce n’est pas la onzième plaie d’Égypte, et puis avoir tous nos amis qui lui parlent grossesse et paternité change pas mal de choses. Eh oui, on peut enfin discuter à peu près sereinement de ce sujet-là, et le tabou se lève petit à petit, entre Saint Tropez et Cassis, et surtout autour d’un bon apéro !

C’est donc un peu moins seule et un peu plus en couple que j’aborde le second trimestre (en priant pour voir s’arrêter ces fichues nausées et maux de tête !).

Et toi ? Tu as vécu un premier trimestre compliqué ? Ton compagnon était très présent, ou pas du tout ? Dis-moi tout !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune trentenaire et jeune maman des trois garçons les plus fantastiques de l'univers. Quand je ne m'extasie pas sur eux, je couds, je tricote, je brode. Et de temps en temps, je passe du temps avec mon mari !