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A la une / Témoignage

Quand ma décision d’IVG est devenue obligatoire en raison d’une grossesse extra-utérine

La dernière fois, je te laissais avec cet article racontant comment j’avais failli choisir de subir une interruption volontaire de grossesse. Ça n’avait pas été une décision facile, très loin de là. Et même si les choses se sont passées différemment, j’y pense encore souvent.

Mais passons à la suite de ce récit.

Je te disais donc que j’étais à la clinique pour une échographie, et que je m’entends dire : « Votre grossesse est dans la trompe ».

Mis à part le gros coup de stress que je commence à avoir, cette phrase me hérisse le poil ! Ça parait bête, mais j’ai fait des études de biologie, et j’ai l’impression qu’il me parlait comme à une demeurée. Suivant le stade, il aurait pu dire l’œuf, la morula, le blastocyste, la gastrula ou l’embryon. Non, il dit « la grossesse ». J’ai envie de lui crier que c’est un état qui résulte de ce qui se passe dans mon corps, pas un futur petit être !

Mais bon, ça c’est quand je stresse, je m’énerve pour des trucs totalement insignifiants…

Sans un regard, et sans un mot de plus (vive la compassion, certes je ne voulais pas de ce bébé à ce moment, mais bon quand même, ça fait un choc !), il retourne à son bureau et commence à donner des coups de fil à droite à gauche.

J’explique à mi-mots à la copine, qui m’avait accompagnée ce qu’il vient de m’annoncer. J’ai la gorge serrée, alors je dis une connerie pour ravaler mes larmes. Je ne veux pas pleurer, pas maintenant.

Le médecin me demande si je peux rester ce soir. Il me dit que ça serait bien de m’opérer de suite pour limiter les risques d’épanchement. Je pourrai perdre ma trompe si j’attends trop.

J’ai le tournis.

Faut que je décide en 2 secondes si oui ou non je me fais opérer là tout de suite.

Mon mari ne sait encore rien. Je n’ai pas vu mon fils de la journée. Nouvelle montée de larmes Je les ravale.

J’acquiesce. Je vais rester là ce soir.

Je ne comprends pas tout ce qu’il m’explique ensuite. J’ai l’impression d’être complètement ailleurs. Il est question de m’opérer par cœlioscopie vers 19h, et de me laisser repartir demain matin si tout va bien.

esprit emmêlé

Crédits photo (creative commons) : Martinak 15

Je descends voir l’anesthésiste pour un rendez-vous express. Puis je remonte pour de la paperasse, puis je vais à l’accueil pour qu’on m’enregistre… Et au milieu de tout ça, je ne sais plus quand, je prends une minute pour appeler mon mari. Heureusement qu’il est là, je ne sais pas comment j’aurais fait avec mon petit bébé sinon. Il ne sait pas trop quoi me dire. Il n’y a pas grand chose à dire de toute manière. Je lui demande de me préparer un petit sac de survie spécial nuit à l’hôpital, ma copine passera le prendre pour me le ramener.

Elle reste avec moi jusqu’à ce qu’on me monte à ma chambre. Là j’ai droit à la totale ! Poire de lavement, rasage. Les deux trucs que je déteste le plus au monde après les brocolis !

J’enlève tous mes bijoux. L’infirmière est sympa, elle m’aide à les planquer, je suis dans une chambre double, je n’aimerai pas qu’on me vole mon alliance ou mon téléphone.

Puis j’attends. Et je pleure un peu.

Le brancardier arrive, il me descend au bloc. Il fait toujours méga froid dans ces pièces. Je me mets à avoir la tremblote comme pour mon accouchement. Seuls l’anesthésiste et une infirmière sont là. Ils essaient d’être sympas, mais moi, je fond en larme. J’avais à peu près réussi à me contenir jusque-là, je ne sais comment, ça relève de l’exploit chez moi. Mais là, j’ouvert les vannes. Je pense à mon fils, à mon mari, je me sens seule, j’ai peur.

On me rassure, on me sangle, on me réchauffe avec des grosses couvertures et une soufflerie. Je demande des précisons, mais je n’en ai quasiment pas. J’apprends juste que pour une cœlioscopie, ils inclinent la table, d’où les cales au niveau des épaules.

Enfin je ne suis même pas totalement calmée que je m’endors. C’est puissant les anesthésies ! Je ne vois même pas le chirurgien…

Je me réveille dans ma chambre avec la nausée. Ouais, moi, ça me file une super nausée les anesthésies ! Et encore, j’ai demandé à éviter les anti-inflammatoires, sinon ça n’aurait pas été juste une « petite » nausée.

Je vois que ma copine est revenue. Je ne sais pas du tout l’heure qu’il est, mais il fait nuit dehors. Elle a deux enfants et un conjoint pas toujours au top pour s’en occuper, alors je lui suis vraiment très reconnaissante d’être restée jusqu’à mon réveil. Elle ne voulait pas que je sois seule à ce moment-là, mais elle ne peut pas trop traîner quand même.

Elle me donne mon sac de survie et je la pousse à partir même si j’ai peur toute seule. Heureusement, je suis encore groggy et j’arrive à me rendormir malgré les larmes qui reviennent.

Le lendemain matin, je me réveille tôt, c’est vraiment pourri les lits d’hôpitaux. J’ai un petit dej de misère, mais heureusement mon chéri arrive à la première heure avec mon bébé. Je suis tellement contente de les voir ! Et il m’a ramené à manger ! J’ai eu bien fait de l’épouser celui-là.

L’infirmière arrive pour les soins. Elle m’enlève mon pansement, je flippe de voir les cicatrices mais ça va, il y a pire !

Minute info :

La cœlioscopie est une super technique de plus en plus utilisée. Elle permet de ne pas t’ouvrir en deux pour voir ce qu’il se passe là-dedans.

Plus sérieusement, parce que j’ai regardé par la suite comment ça marche tout ça, je vais t’en faire une brève description. On commence par te faire 3 incisions :

  • une au niveau du nombril pour la petite caméra, celle-ci nécessite quelques points, j’en ai eu trois
  • et deux pour des petites canules qui permettent de passer les instruments chirurgicaux, moi je les ai au niveau de l’aine vu que c’était par là le problème, et là juste un peu de colle chirurgicale, même pas un point.

Rien à voir donc avec les grosses balafres qu’on peut avoir après certaines opérations.

Une fois les trous en place (ou avant) on injecte de l’air (du CO2 exactement) dans le ventre, entre les organes. Comme le ventre est bien gonflé, le chirurgien a la place de passer ses instruments et de bien voir tous les organes. Dans mon cas, la trompe droite. Là, il n’avait plus qu’à faire une petite incision et à déloger l’embryon. Mais des fois, si l’embryon a émis trop de connexion avec les tissus de la trompe lors de la nidation, ils sont obligés d’enlever tout ou une partie de la trompe.

Ah oui, bien que dans les vapes, je me souviens que ma copine m’a dit qu’elle avait vu le chirurgien et que ma trompe était sauvée ! Un peu de chance dans mon malheur. Du coup, il ne me restait plus qu’à repasser voir le docteur, l’accueil, et tout plein de trucs dont je ne me souviens pas vraiment.

J’ai pu rentrer chez moi, avec mes nouvelles cicatrices, mon mal de bide, ma culpabilité et mes deux hommes.

Pourquoi je culpabilise ? Aucune idée. Promis, un jour, j’irai voir un psy.

Depuis, eh bien mon stérilet se porte très bien. Je flippe quand j’ai trop mal au ventre et que j’ai 1 jour et demi de retard, parce que tu comprends, c’est fiable à seulement 99.9% le stérilet ! Hum … Le psy disais-je ?

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Je suis l'heureuse maman trentenaire de 2 beaux enfants. Chaton mignon né avec un peu d'avance en 2013 et Petite chouquette née en 2017. Je me suis mariée avec M. Biologie en 2014 et on a acheté une maison avec des menus travaux en 2015. J'ai la joie d'exercer un métier passion à mon compte depuis 2012. Nos vies ne sont pas de tout repos, mais je me sens bien dans cette petite famille de fous. Pour le reste, je te laisse en apprendre plus dans les articles !