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A la une / Récit d'accouchement

Quand j’ai accouché de mon deuxième bébé

Je t’ai laissé le lundi 9 janvier à 19h

Je suis en train de jouer avec Crapouillou dans le salon. Il est un peu grognon, à cause de sa fièvre. Je suis fatiguée et supporte un peu moins ses exigences. Et puis mince, j’ai mal au ventre de temps en temps ! Mon mari est tranquillement installé sur un fauteuil en train de lire une BD, Crapouillou commence à chouiner sérieusement, et là une contraction un peu forte se fait sentir. Je pète mon câble, grogne après Crapouillou, m’en prend à mon chéri qui se la prélasse, et finis en pleurs dans notre chambre. Bon ok, cette réaction est complètement puérile, disproportionnée et stupide… je crois qu’il est temps de prendre mes contractions un peu plus au sérieux !

On passe à table et je commence à noter le temps écoulé entre chaque contraction. Un peu plus de 10 minutes environ. Crapouillou a des antibiotiques à prendre, mais il refuse et pleure en disant « non, pas bon ». On essaye un tas de tactiques (distraction avec un jeu, mélangé à de la compote, dans un jus de pomme avec une paille, etc.) mais rien à faire, tout ce qu’on arrive à tirer c’est « non, pas bon ». Sauf que, sans m’en rendre compte, les contractions deviennent de plus en plus fortes, et j’arrive de moins en moins à gérer cette situation. Heureusement que mon mari est là pour assurer ! En pleine contraction je me fais même la réflexion que la situation pourrait être très comique vue de l’extérieur !

Vers 20h15,

pendant que mon mari prend le problème « antibiotique » à bras le corps et décide d’y aller de force, j’appelle mes beaux-parents. Ça m’embête un peu de devoir annoncer à l’avance que je vais accoucher, de casser l’effet de surprise, mais là je n’ai pas le choix. Je dis à ma belle-mère que j’ai des contractions, mais que je ne suis pas très sure que ce soient des vraies contractions de travail et que ça m’embêterait qu’elle se déplace pour rien (pour rappel ils habitent à 1h30 de chez nous). Elle me dit qu’elle préfère venir pour rien plutôt que ne pas venir et qu’on soit bloqués. Surtout vu l’état de Crapouillou. Elle fait ses valises (mon beau-père me dira qu’elle n’a jamais fait une valise aussi vite !) et prend la route. En couchant Crapouillou nous ne lui disons pas un mot de la situation.

Crédit photo : photo personnelle

Avec mon mari nous commençons à préparer et rassembler les affaires. Il restait encore des choses à mettre dans les valises maternité, comme par exemple la trousse de toilette, quelques vêtements, des en-cas pour Mr Solex, etc. Je commence à devoir « gérer » les contractions. Pendant que Mr Solex télécharge des films à mettre sur son téléphone, je vais prendre une douche pour savoir si oui ou non c’est du vrai travail. Je retarde bêtement cette « épreuve de la douche » car j’ai peur qu’elle accélère tellement le travail que ma belle-mère n’ai pas le temps d’arriver. Et je crois aussi qu’au fond de moi je suis tellement surprise que ça arrive aujourd’hui que je ne réalise pas que l’accouchement est imminent. Il me vient aussi cette pensée : je n’ai pas pris le temps de profiter de cette grossesse, que j’ai plutôt vécue comme une contrainte, et maintenant qu’elle va prendre fin j’ai envie d’en profiter au maximum. Il était temps n’est-ce pas ?!

D’ailleurs, concernant la douche… je m’étais imaginé prendre un bain, maintenant qu’on a une baignoire, et éventuellement accoucher dans ma baignoire avec l’aide de ma sage-femme qu’on aurait appelé en urgence. Mais finalement, sur le moment, l’idée d’accoucher dans ma salle de bain alors que Crapouillou est dans la pièce d’à côté et que ma belle-mère va bientôt débarquer me séduit beaucoup moins et je préfère l’hôpital !

22h15,

ma belle-mère arrive. Il pleut des cordes dehors, ils annoncent une tempête dans la nuit. Bien bien bien… On prend le temps de faire le tour de la maison avec elle, de lui expliquer deux-trois choses concernant Crapouillou. J’ai des contractions toutes les 5 minutes. Entre deux contractions je suis en pleine forme, je participe à la conversation et à la « passation de pouvoir », je continue de préparer nos affaires. Et pendant les contractions je vais dans la salle à manger m’appuyer sur la table. J’ai mal, mais c’est parce que je mets du temps à me souvenir comment gérer la douleur et mon souffle. Une fois que j’ai retrouvé la bonne technique et le bon schéma mental, les contractions se passent bien.

22h30,

les contractions se rapprochent et sont aussi plus fortes. J’ai comme une intuition et je dis à mon mari que maintenant il ne faudrait quand même pas traîner à partir. Je ne veux pas arriver trop tôt à la maternité, mais bon, il y a quand même une bonne demi-heure de route.

22h40,

j’ai trois minutes (temps entre deux contractions) pour entrer dans la chambre de Crapouillou, le réveiller doucement, lui expliquer ce qu’il se passe et lui dire que sa GrandMamou est là pour s’occuper de lui. Ma belle-mère prend le relais et je sors vite de sa chambre avant la prochaine contraction.

23h,

nous sommes installés dans la voiture, tout est chargé et mon mari a pris soin de mettre une bâche sur mon siège au cas où je perdrais les eaux. Une contraction arrive, je lui demande d’attendre qu’elle passe pour démarrer le moteur.

Dans la voiture ça fait maaaaal ! J’ai plus de difficultés à gérer correctement la douleur. Pour m’aider, à chaque contraction, je visualise un mur d’escalade, que je grimpe, grimpe, grimpe, jusqu’à arriver au sommet où je peux enfin me reposer en marchant sur la plaine. Je calcule le nombre de contractions que je vais devoir gérer pendant le trajet, et à chaque contraction passée je me dis « aller, plus que X contractions ». Mentalement ça doit agir car elles s’espacent un peu et repassent à 4-5 minutes.

23h33,

mon mari se gare devant les urgences de la maternité. Pour l’instant ça ressemble tellement à mon 1er accouchement : un lundi, acupuncture et marché le matin, départ le soir, stationnement pile devant… ! Sauf le temps, car la première fois il faisait beau et cette fois-ci il pleut. Je descends de voiture et me dépêche de traverser la rue pour pouvoir m’appuyer au mur à la prochaine contraction. On repart, on traverse le couloir, 2ème arrêt. On arrive à l’ascenseur, 1ère étage, on sonne. Une contraction arrive, je m’appuie au seul truc que je trouve : le bac de récupération des piles usagées. Une aide-soignante ouvre la porte et à la fin de ma contraction je râle : ça pousse ! L’aide-soignante comprend tout de suite ce qu’il se passe. Et qu’il va falloir faire vite ! Dès que la contraction est finie elle m’entraine dans une salle d’examen. Elle me demande mes papiers et m’envoie faire pipi dans le haricot. Je sors des toilettes, une contraction arrive, ça pousse, je sens comme une grosse boule passer en moi et… SPLASHH je perds les eaux. Mon mari rappelle l’aide-soignante qui arrive avec une sage-femme. Celle-ci prend les choses en main, me demande si je peux encore marcher et me guide rapidement vers une salle de naissance avant la prochaine contraction. Salle 2, la même qu’il y a 20 mois, jolie coïncidence !! Elle m’allonge, m’examine rapidement, je suis à dilatation complète (mais ça on s’en doutait tous !). A chaque contraction ça pousse, et je ne retiens pas les poussées.

A partir de ce moment-là j’ai les yeux clos et je ne capte rien de ce qui m’entoure. Tout passe par mes sensations, l’ouïe et le toucher. Je suis installée sur le côté droit, c’est comme ça que j’ai le moins mal. D’autres sages-femmes sont appelées à la rescousse car tout va très vite et il faut quand même m’installer un monitoring et me perfuser. La sage-femme n’a même pas eu le temps de lire mon projet de naissance en entier, mais a bien compris mes craintes et mes envies, notamment concernant la perfusion. Elle m’explique que c’est quand même important au cas où ça tourne mal et surtout pour aider à l’expulsion du placenta ensuite. Contraction, je pousse encore. Apparemment je pousse bien. Mais j’ai mal, qu’est-ce que j’ai mal ! A un moment je sens la main de mon mari qui prend la mienne et ça me fait un bien fou. Malheureusement le cœur du bébé ralenti légèrement, et la sage-femme me demande de me mettre sur le dos pour faciliter l’expulsion. Je demande à rester sur le côté et elle me laisse une chance supplémentaire, mais si à la prochaine contraction la tête n’est pas sortie elle me passe sur le dos. Je pousse de toutes mes forces, mais bon Dieu qu’est-ce que ça fait mal ! La tête ne sort pas, je passe sur le dos. Je pousse encore, ça me brûle, j’ai l’impression que tous mes tissus se déchirent, et je ressens une vive douleur au niveau des lèvres. Je n’ai pas souvenir d’avoir eu si mal la première fois au moment de la sortie du bébé. Mais cette fois je sens bien l’évolution du bébé dans le bassin. Je demande l’heure qu’il est, on me répond 23h54 et que s’il sort à la prochaine contraction il sera du 9, mais sinon il sera du 10. Je pousse fort pour faire sortir ce truc qui me gêne autant ! On y est presque…

Je pousse encore, la tête sort au son d’un magnifique « putain ça douille ! », je ressens absolument tout, c’est magique, c’est horrible, encore une poussée, elle me demande d’attraper mon bébé, je prends dans mes bras un petit bébé que je pose sur moi. Il est minuit pile, nous sommes le 10 janvier, P’titMatelot est né.

Crédit photo : photo personnelle

Et toi, ton deuxième accouchement a-t-il été plus rapide que le premier ? As-tu un long trajet à faire pour arriver à la maternité ? Ressens-tu le besoin de fermer les yeux pour te concentrer dans un moment pareil ? 

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).