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L’allaitement : c’est naturel, mais pas inné !

J’ai toujours souhaité allaiter mon bébé. Je ne vais pas réécrire ici tous les bénéfices et avantages de l’allaitement maternel, mais les côtés « bon pour la santé », « pratique » et « économique » ont toujours été pour moi des arguments convaincants. Et puis, évidemment, l’allaitement étant un acte naturel, et nous-mêmes, des mammifères conçus pour allaiter, je me devais de respecter cette nature si bien faite.

Ah… si j’avais su !

Allaitement poupée

Crédits photo (creative commons) : Nico Nelson

Allaiter : une fonction naturelle…

Dans ma façon de penser et de vivre, je privilégie toujours (ou en tout cas, au maximum) ce qui est naturel, bon pour l’environnement et pour l’homme, respectueux de la nature, simple, écologique, économique, etc. Bref, j’essaye d’avoir un mode de vie sobre.

J’ai donc bien évidemment appliqué tout ça lors de ma grossesse, et c’est une des raisons pour laquelle je voulais accoucher sans péridurale : des milliards de femmes accouchaient sans depuis la nuit des temps, il n’y avait pas de raison que je ne puisse pas le faire. De même, depuis la nuit des temps, des milliards de femmes donnaient le sein à leur bébé, et il n’y avait pas de raison pour que je ne le fasse pas.

D’après moi, les difficultés d’allaitement que les femmes rencontrent aujourd’hui sont dues à notre société et à notre mode de vie, au fait qu’on se pose trop de questions. Si les femmes de la Préhistoire n’avaient pas pu allaiter à cause des crevasses, des mastites et autres douleurs/problèmes, les bébés n’auraient pas pu se nourrir, notre espèce ne serait plus de ce monde et nous ne serions pas là à nous demander si allaiter, c’est compliqué ou non. Et puis, autant de nombreuses femmes sont mortes durant leur grossesse ou leur accouchement au cours de l’histoire de l’humanité, autant je ne pense pas que beaucoup de femmes soient mortes d’avoir donné à manger à leur bébé !

À cause de ce raisonnement, je me suis énormément documentée pendant ma grossesse sur toutes les étapes de celle-ci, sur l’accouchement, sur l’après-accouchement, je me suis très bien préparée à tout ça physiquement et mentalement, mais j’ai « oublié » de me préparer à l’allaitement maternel.

Et autant ma grossesse s’est très bien passée et mon accouchement a été presque idéal, autant les débuts de mon allaitement ont été… compliqués !

… mais pas innée !

J’ai, depuis toujours, les seins hyper-sensibles. Plus précisément, les mamelons et les tétons. À tel point que je n’y touchais jamais, et que le contact autre que les vêtements (soutien-gorge, maillots de bain, pyjama…) était insupportable. Eh non, je ne laisse pas mon mari y toucher, ou très peu. Je ne connais pas le plaisir et la sensualité qui semblent y être associés chez de nombreuses femmes.

Sachant ça, je m’attendais quand même un peu à ce que les débuts de la mise au sein soient plus compliqués que pour certaines femmes. J’ai donc essayé de « désensibiliser » un peu mes mamelons pendant la grossesse, en appliquant une crème tous les jours (ce n’était pas tant pour la crème en elle-même que pour l’application : il fallait bien que je les touche !). Et je pensais, naïvement, que ça suffirait. Bah oui, rappelle-toi, l’allaitement, c’est tellement naturel, alors il n’y avait pas de raison !!

Sauf que. Sauf que dès la première mise au sein, une heure après la naissance, j’ai eu mal. Normal. Mais pire que ça, j’ai eu direct une crevasse au sein gauche. Et quand j’ai essayé le droit, idem. Alors que, selon les sages-femmes et puéricultrices, mon bébé tétait très bien (et heureusement : j’ai quand même eu de la chance, sur ce coup-là !). Je me suis donc retrouvée dès le premier jour avec des crevasses aux deux seins, en plus de ma sensibilité naturelle.

Tu t’en doutes, ça n’a pas été facile. Après les douleurs de l’accouchement, j’aspirais à un peu de douceur, et non pas à plus de douleurs (j’avais déjà les douleurs au ventre, à l’épisio, la fatigue, etc.). À chaque mise au sein, j’appréhendais. J’avais malgré moi un réflexe de recul qui n’aidait pas du tout mon bébé à attraper le sein. C’était d’autant plus compliqué que les trois premiers jours, je devais donner les deux seins à chaque tétée, pour favoriser la montée de lait. Mes mamelons ne se reposaient donc pas plus de deux heures à chaque fois. Et ça empêchait leur cicatrisation.

Sur les conseils d’une sage-femme, mon mari est allé m’acheter de la lanoline (bah oui, j’avais pas prévu : « L’allaitement, c’est naturel, je n’en aurai pas besoin, c’est encore du marketing industriel, tous ces trucs-là ! »), et du film plastique alimentaire pour que je me fasse des « pansements ». À chaque tétée, j’appliquais du lait sur le mamelon, puis de la lanoline, puis une compresse, que je faisais tenir avec du film alimentaire, dans lequel je m’enroulais. Bon, l’avantage, c’est que tu n’as pas besoin de soutif, avec ça ! L’inconvénient, c’est que ça tient chaud. Et, surtout, pour dégager un sein, il faut tout déballer…

On m’a aussi conseillé de rester le plus souvent possible les seins à l’air. Super pratique quand le matin, c’est le défilé de tout l’hôpital dans ta chambre (personnel médical, service de nettoyage, livraison des repas…), et quand l’après-midi, tu as des visites (eh non, je ne me voyais pas me balader à moitié à poil devant mon beau-père !). Et puis la nuit, seins nus, le moindre frottement te fait mal, donc le tout petit peu de temps que ton bébé hurleur te laisse pour dormir, tu n’y arrives pas… Bref, j’ai bien vite abandonné l’idée de rester les seins à l’air et j’ai privilégié le saucissonnage au film alimentaire !

Mais je voulais absolument que ça fonctionne, alors je me suis accrochée. J’ai même demandé à rester à la maternité une journée de plus, pour être sûre que l’allaitement ait bien démarré et que mes mises au sein soient parfaites.

Je m’étais peu renseignée sur l’allaitement, mais je savais quand même deux choses :

  • que les trois-quatre premières semaines sont compliquées, qu’il faut s’accrocher,
  • et qu’il est très important d’être bien entourée.

Et pour ça, j’ai eu de la chance : la maternité où j’ai accouché est en cours de labellisation « amie des bébés », et beaucoup de sages-femmes et d’auxiliaires de puériculture étaient formées à l’allaitement. J’ai donc pu bénéficier de l’aide bienveillante des membres du personnel médical (notamment des sages-femmes), qui m’ont écoutée, donné les meilleurs conseils et aidée à la mise au sein.

Deux jours après mon retour à la maison, ma sage-femme (celle qui m’avait suivie pendant toute ma grossesse), qui est aussi conseillère en lactation, m’a rendu visite et j’ai pu poser encore plein de questions. Elle a vérifié que mon bébé tétait bien, que la mise au sein se faisait correctement et m’a donné des trucs et astuces pour gérer les crevasses et organiser mon allaitement. Et surtout, elle a insisté sur une chose : concernant l’allaitement, et le bébé en général, il faut SE FAIRE CONFIANCE !

C’est également elle qui m’a dit que l’allaitement, c’était naturel, certes, mais pas inné. Bien allaiter, ça s’apprend. Les femmes d’aujourd’hui sont très peu confrontées à l’allaitement pendant leur jeunesse, elles sont rarement en contact régulier avec des femmes allaitantes, et c’est pour ça qu’elles doivent faire la démarche de se renseigner, via des associations ou des professionnels, pour apprendre ce que les jeunes filles d’autrefois apprenaient naturellement en voyant leurs mères/tantes/sœurs allaiter.

Dans un prochain article, je te parlerai de mon organisation, de mes questions au début de mon allaitement et des solutions que j’ai pu trouver. Tout le côté pratico-pratique qui m’a tant tracassée au début, quoi !

Et toi, tu t’étais préparée à allaiter ton bébé, ou bien tu te disais plutôt : « On verra » ? Comment se sont passées tes premières mises au sein ? Viens me dire !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).