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A la une / Récit de grossesse

Investir sa grossesse

Sûrement qu’en ayant suivi mes premiers articles, tu dois te dire que ça a été du gâteau, pour moi, la grossesse. Mettons les choses au clair tout de suite : pas du tout, mais alors, pas du tout !

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Crédits photo (creative commons) : johnhain

Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, j’ai été tour à tour excitée, émue, effrayée, déçue, au bout de ma vie. Attends, ne t’en va pas, non, je ne suis pas folle, et oui, on avait vraiment envie de fonder une famille. Je t’explique…

Excitée

Une pile électrique ! J’ai dansé de joie, hurlé comme une zinzin dans la maison, fait des énormes f.u.c.k en l’air, à la vie, à mon médecin de PMA, à toutes les réflexions pourries qu’on avait pu entendre.

Émue

Une fois toute mon énergie gaspillée dans des gesticulations aussi ridicules qu’inutiles, j’ai fondu en larmes.

Ce désir de fonder une famille remontait à loin, ou plutôt a fait remonter des histoires pas forcément agréables, qui se sont toujours entremêlées dans mon parcours de future maman. J’ai pleuré de joie pour mon époux, pour ce que la vie nous donnait de partager, et probablement un peu (beaucoup) à cause des hormones.

Effrayée

« Mais p…, qu’est-ce qui m’a prise ? »

Et logiquement, ensuite, est venue la liste des « et si ? » :

  • Et si on se sépare ?
  • Et si je meurs pendant l’accouchement ?
  • Et s’il est malade ?
  • Et s’il est moche ? (Non, je ne suis pas cinglée ! Ce sera le sujet d’un autre article, mais la peur de l’enfant qu’on trouve moche, elle est bien réelle, chez moi.)
  • Et s’il est con ? (Genre pas récupérable, en mode « fan des Ch’tis »…)
  • Et si on n’y arrive pas ?

Déçue

Après avoir autant bataillé, on avait presque trouvé un équilibre, tous les deux. J’aurais bien aimé savoir ce que notre couple aurait donné à l’épreuve du temps, sans enfant.

Au bout de ma vie

« AAAAAAH ! Je suis folle ! En plus, je n’aime ni les gamins, ni les femmes enceintes. » (Bon, je m’explique : je n’ai rien contre les femmes enceintes en général. C’est juste que j’ai souvent remarqué que la grossesse augmentait le capital sympathie. Les gens s’extasient devant ton état, et bla et bla et bla. Bah moi, ça ne me fait rien. Une fille que je n’aime pas, je continue de ne pas pouvoir l’encadrer enceinte – en plus, elle se reproduit !)

Pour le coup, je ne saurais t’expliquer mon état d’esprit durant toute ma grossesse. J’ai vraiment vécu cette grossesse comme si j’étais en dehors de mon propre corps. Tout le monde avait l’air plus excité/joyeux/ébahi que moi. J’avais l’impression que les réactions des autres étaient démesurées, sans me rendre compte que c’étaient peut-être les miennes qui étaient étouffées.

J’organisais ou je prévoyais des activités qu’enceinte, je ne pouvais pas faire. Je ne me rendais compte qu’à la dernière minute qu’il y avait un souci. J’ai repris des études avec des examens qui se déroulaient durant les deux semaines avant ma DPA. (Comment ça, on peut être épuisée en fin de grossesse ?)

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Crédits photo (creative commons) : Suzanne Schroeter

Pourquoi je te parle de ça ? Un matin, au début de mon huitième mois, après une énième séance photo grossesse sur ma timeline Facebook (c’est le problème quand on a autour de 30 ans : quasi toutes tes amies sont enceintes en même temps), est arrivée la fameuse question : « Mais, tu ne vas pas garder de souvenirs de ta grossesse ? » (Comme si le bambin hurlant à la mort à côté de toi n’était pas un souvenir suffisant…)

J’ai craqué, j’ai paniqué, j’ai douté de ce qui était important pour moi. Alors, j’ai commencé à écumer les photographes que je connaissais, pour en trouver un qui serait disponible pour immortaliser ce moment et, surtout, dont les clichés me plairaient. Mais rien.

J’ai peu de connaissances en photo, alors je me fie souvent à l’émotion que je ressens face à un cliché, et je n’ai rien trouvé qui ait éveillé autre chose chez moi qu’une crise de rire en m’imaginant à la place du modèle. Et ça m’a sérieusement déprimée.

Retour fulgurant de la série des « et si ? » :

  • Et si ça voulait dire que je ne voulais pas de cet enfant ?
  • Et si c’était un signe que je n’arriverais pas à l’aimer ?
  • Et si le fait de ne pas aimer les ventres ronds était la preuve que je n’ai définitivement pas d’instinct parental ?
  • Et si le haricot arrivait au monde déprimé ou en colère parce que je n’avais pas réussi à immortaliser ce moment où on avait partagé une même enveloppe ?

Tu sais, d’habitude, il m’arrive rarement de me soucier de l’avis des autres, ou de ce qu’ils pensent. Ne pas rentrer dans le moule ou ne pas être appréciée, ce n’est pas, pour moi, si dramatique en soi. Je savais qu’il y avait peu de chances pour que j’apprécie d’être enceinte, j’étais sûre que ça ne jouerait pas sur ma relation avec ce futur être. J’étais aussi certaine que je me ficherais des réflexions.

Seulement, au fil des mois, je suis aperçue d’une chose : il y avait bien une personne dont l’avis comptait énormément, et c’était ce petit bout de nous deux. J’avais envie que notre haricot ait la meilleure image possible de moi. Dans les questions des autres, ce qui m’effrayait le plus, c’était que le haricot me les pose un jour.

Je ne suis pas cette femme transie d’amour par son état. Et si ça ne convenait pas à mon bébé, et si mon bébé voulait une maman « pub blédina » ? Tous les clichés sur la grossesse (et plus généralement, sur la parentalité) ont pris énormément d’importance dans ma vie, et ça me demandait un effort fou de faire une introspection à chaque fois, pour me demander si je voulais telle chose réellement ou si j’avais juste l’impression qu’il fallait que je la fasse…

C’est là que l’homme est entré en scène. L’homme a été mon repère.

Il m’a permis de me rappeler qu’il y avait de fortes chances pour que mon enfant n’en ait rien à faire de ma séance photo grossesse, de mon moulage de bidon. Qu’il y avait de fortes chances pour qu’il n’associe pas le fait que je ne passe pas ma main sur mon ventre toutes les cinq secondes à un désintérêt pour sa personne.

Il m’a rappelé que les meubles qu’on avait fabriqués pour sa chambre étaient déjà des souvenirs de ce temps où on l’attendait. Que tout ce que j’avais pu lui coudre ou lui tricoter étaient déjà des marques d’amour. Que toutes les discussions qu’on avait pu avoir avec lui étaient déjà des souvenirs partagés.

Ça paraît étrange, mais ça ne m’a pas paru évident de me rappeler qui j’étais durant la grossesse (les hormones ?). J’ai eu l’impression de devoir rentrer dans un moule pour ne pas refléter l’image d’une future mère indigne.

Cette pression, aujourd’hui que le haricot est là, je la ressens toujours et de façon plus marquée. Quid de celles d’entre nous qui n’ont rien de la mère parfaite blédina ? Rassure-toi, j’ai bon espoir de convenir à mon enfant telle que je suis, imparfaite, mais pleine de bonne volonté pour être la moins mauvaise mère possible.

Et toi ? As-tu ressenti ce grand mélange d’émotions en apprenant ta grossesse ? As-tu eu l’impression de devoir entrer dans un moule qui n’était pas fait pour toi ? Comment as-tu résolu toutes ces problématiques ? Viens en parler !

A propos de l’auteur

Je suis une fille ( ça j'en suis sûre!), jeune ( faut le dire vite.) drôle ( oui, même si je suis la seule à rire ) Je suis enceinte de mon premier humain miniature, et je vis cette grossesse plutôt au jour le jour. Disons que comme il était pas prévu pour tout de suite, on a pas eu le temps de faire un power point avec plan détaillé. Je viendrais donc m'épancher ici sur cet état soi-disant merveilleux qu'est la grossesse.