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A la une / Témoignage

L’inconfort du nourrisson

Ça me fait encore très mal d’écrire ou de prononcer ces mots. Inconfort. Ou inconfortable. Pour avoir vécu avec un nourrisson qui a subi des « inconforts » pendant plusieurs mois, j’ai bien envie de dire que ce mot est terriblement mal choisi et que sorti de la bouche de pédiatres, il est particulièrement désagréable à entendre.

Comme je te l’ai dit dans mon article sur la mise en place de l’allaitement, nous sommes rentrés de la maternité avec un invité absolument indésirable : un reflux gastro-œsophagien ou RGO pour les intimes. Le Lutin avait des remontés acides qui lui brûlaient l’œsophage après ses boires.

En plus d’avoir mis à mal les débuts de l’allaitement, le RGO du Lutin a fait de ses premières semaines de vie un cauchemar pour nous, et très certainement pour lui aussi. Il nous était impossible de le poser à l’horizontal plus de quelques secondes car il se mettait directement à se cambrer de douleur et à hurler entre deux remontées bien audibles. Les changes et le bain étaient à chaque fois un supplice. Les rares moments où il se laissait aller au sommeil, c’était dans nos bras.

Crédits photo : StockSnap (Pixabay)

Mon pauvre Chouchou ! C’était très dur de voir mon bébé si petit et innocent être à ce point douloureux et en même temps tellement éreintant de l’entendre pleurer sans arrêt, sans pouvoir l’aider. Je pleurais beaucoup, moi aussi, maudissant le ciel de nous faire vivre des moments si sombres.

Je me suis mise en quête de moyens de le soulager et commença alors ce que j’appellerai « Le bal des pédiatres ». 

Le premier pédiatre que nous avons consulté -le Lutin avait même pas trois semaines- était une vaste blague. Un homme approchant la soixantaine, les cheveux blancs, grand, maigre, froid, une cellule dormante des Nazis selon Chéri. Il a mesuré et pesé le Lutin en quatre minutes et trente-deux secondes, et constatant qu’il grossissait normalement (voire plus), il a décrété que tout allait bien. « C’est l’inconfort du nourrisson Madame, c’est normal ». PARDON ? L’inconfort du nourrisson ? J’ai cru que j’allais tomber de ma chaise. Je n’en revenais pas, je voyais mon bébé souffrir et ce type me parle d’inconfort ? Pour moi l’inconfort c’est quand tu as un caillou dans la chaussure, où que l’étiquette de ton t-shirt te gratte, tu vois, quand tu commences à hurler de douleur c’est que le stade de l’inconfort est dépassé. Et en plus il paraîtrait que c’est normal et qu’il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre. Combien de temps ? Mystère ! Donc mon fils passe ses heures d’éveil à pleurer et moi je dois attendre que ça passe ? En 2019 ? Ce jour-là j’ai pris une grosse douche froide.

Nous sommes donc sortis de ce cabinet avec une ordonnance pour des probiotiques (pour des coliques alors que nous consultions pour un RGO), la consigne réduire l’allaitement car avec douze à quatorze boires par jour le Lutin était « suralimenté » (ce monsieur avait-il seulement entendu parlé de l’allaitement à la demande ? je reviendrais tout de même sur le point de la suralimentation dans un prochain billet), une belle morale « vous savez, c’est normal d’être fatigués quand on a un nourrisson, à quoi vous attendiez-vous en devenant parents ? », et de bons conseils de maternage « A cet âge ils font déjà des caprices ces petits gredins, laissez donc votre bébé pleurer un peu, il finira par s’arrêter »

NEXT !

En sortant nous avons directement appelé une pédiatre qui m’avait été recommandée et par chance j’ai pu avoir un rendez-vous deux jours plus tard grâce à un désistement lors de l’appel qui précéda le nôtre. Merci à notre bonne étoile ! La pédiatre qui nous a reçus était bien plus empathique et elle est d’ailleurs aujourd’hui la pédiatre « officielle » du Lutin. Bien qu’elle parle également d’inconfort -il semblerait que ce soit bel et bien le terme utilisé dans le corps médical pour décrire ce que le Lutin a vécu- nous sommes sortis du cabinet avec un premier traitement pour le RGO.

Ne voyant aucune amélioration après une dizaine de jours (interminables) elle nous a prescrit un second traitement plus fort, malheureusement tout aussi inefficace que le premier. La pédiatre nous a alors envoyé vers l’une de ses consœurs, une gastro-entérologue pédiatrique.

A ce stade, après un mois de galères, je me sentais complètement démunie et j’étais prête à tout pour que le Lutin se sente mieux. Or, j’avais entendu dire que certains nourrissons pouvaient être allergiques aux protéines de lait de vache (PLV). L’un des symptômes est d’ailleurs le RGO. Ces protéines provenant des produits laitiers bruts ou transformés que je mangeais, lui étaient transmises via le lait maternel et peut-être qu’elles étaient responsable de ses reflux. Pour tester cette hypothèse, je n’avais qu’ « à » supprimer ces PLV de mon alimentation plusieurs jours durant et attendre de voir si le comportement du Lutin évoluait. La difficulté de l’affaire c’est que le lait et le beurre sont PARTOUT ! Mais cela n’était pas grave pour la maman désemparée que j’étais à ce moment-là, ça ne me coûtait vraiment pas grand-chose de tester l’éviction des PLV en attendant de rencontrer cette gastro-entérologue pédiatrique, la spécialiste.

 

Crédits photo : Berzin (Pixabay)

Le grand jour arrive et nous décrivons encore une fois les symptômes du Lutin face à cette troisième pédiatre, les bruits qu’il faisait, l’impossibilité de le poser sur le dos, les détails de l’allaitement, etc. Elle a tout noté très soigneusement pour, et une fois de plus le Lutin fut déshabillé, mesuré et pesé pour finalement entendre qu’il n’avait aucun problème puisqu’il grossissait bien.

Il semblerait donc que les compétences des pédiatres s’arrêtent à peser et mesurer les bébés. Et nous avons surtout encore une fois reçu une jolie leçon de morale. Quelques exemples au hasard :

« Les mamans européennes veulent des bébés pour les laisser toute la journée dans leur parc, vous savez, en Afrique les mamans portent leurs bébés tout le temps jusqu’à leurs deux ans et ils pleurent beaucoup moins ».

J’ai aussi eu droit à un magnifique : « Vous savez Madame, un bébé ça fait du bruit » lorsqu’on a mentionné les sons de renvois qui précédaient à chaque fois les hurlements du Lutin.

Et lorsque le lui ai dit que j’avais commencé une éviction des PLV elle m’a répondu « Si ça vous fait plaisir, c’est vrai que c’est à la mode maintenant, mais ne vous embêtez pas trop longtemps quand même ». Je vais finalement passer sous silence le prix indécent de cette consultation et la lettre qu’elle a écrite à notre pédiatre où Chéri et moi passons très clairement pour des parents débiles.

Nous n’avions donc, encore une fois, pas été pris au sérieux et regardés de haut par le corps médical. Et à force d’être pris pour des idiots je me suis mise à douter de tout. Est-ce que cela est réel ? A-t-il vraiment mal ? Est-ce que ce n’est pas plutôt nous qui ne savons pas nous en occuper ? Ou plus simplement, le Lutin ne serait pas tout simplement un bébé chiant extrêmement compliqué ?

Mais malgré le scepticisme de la spécialiste, j’ai persisté dans l’éviction des PLV et nous avons rapidement (au bout d’une semaine à dix jours) vu une amélioration de la condition du Lutin, du moins on n’entendait plus ces bruits de remonté et son RGO s’est très rapidement éteint. On a ensuite senti un réel apaisement de notre bébé, il a commencé à pouvoir dormir dans son lit la nuit (sur le ventre et par tranche de deux à trois heures), on pouvait même le laisser poser sur le dos quelques instants la journée, le temps d’aller aux toilettes, ou d’avaler un plat surgelé en quatrième vitesse. Notre Chouchou avait alors deux mois.

Malheureusement, nous avons à peine eu le temps de d’apprécier ces quelques jours de répit, que le Lutin a commencé à avoir des coliques. Et ce fut reparti pour deux mois de pleurs. Cependant, contrairement au RGO, j’avais beaucoup entendu parler des coliques et nous savions qu’il n’y avait pas grand-chose à faire d’autre que d’attendre que ça passe, en essayant de le soulager avec des massages des bouillottes ou des infusions au fenouil. Nous avons donc pris notre mal en patience, et tenté d’accompagner notre bébé du mieux que nous le pouvions, le plus dur étant de ne pas savoir quand nous sortirons de ce foutu tunnel. 

La bonne nouvelle c’est que nous avons fini par en sortir après quatre mois et demi (oui il est important le demi) et que depuis nous profitons à fond de chaque moment passé avec notre Chouchou.

Mea Culpa

Je ne voulais pas achever cet article sans mentionner que j’ai maintenu volontairement un ton un peu virulent envers les pédiatres, cohérent avec le sentiment qui m’habitait lors de ces moments difficiles, car leur incompréhension et absence d’empathie envers mon fils, mon mari et moi-même ont été extrêmement difficile à vivre. Aujourd’hui mon ressenti a bien évidemment évolué et je suis capable de relativiser (pas encore d’en rire mais ça viendra surement). Étant à présent la Maman comblée d’un bébé-sourires en parfaite santé, je comprends. Ces « petits inconforts » ne sont finalement que des inconforts lorsqu’on les compare à des maladies bien plus graves qui nécessitent hospitalisations et traitement lourds. Mais quand on a la tête dans le guidon, avec l’épuisement physique et l’épuisement moral il est impossible de relativiser, impossible de regarder autour de soi.  J’ai vraiment détesté être prise pour la mère qui veut juste poser son enfant dans son parc pour pouvoir faire sa vie ou qui pensait pouvoir dormir des nuit complètes aux trois semaines de son bébé alors que j’ai fait mon maximum pour soulager et accompagner le Lutin. Même si mon fils n’était pas mourant, un peu de compassion de la part du corps médical m’auraient peut-être évité de frôler la dépression post-partum, mais ça, c’est une toute autre  histoire.

Et toi ? As-tu aussi eu un bébé douloureux dans ses premiers mois de vie ? As-tu aussi eu à faire face à l’incompréhension des pédiatres ? Raconte-moi tout !

A propos de l’auteur

La trentaine passée, j'attends mon premier bébé pour Novembre 2018. La maternité n'était pas une question évidente pour moi et il m'a fallu beaucoup de temps pour que l'envie d'avoir un enfant s'installe vraiment. Et j'ai hâte de pouvoir en parler avec toi !