Vivre en famille : le bonheur, le bazar... et tout le reste !

Se retrouver confrontée au risque de prématurité


Publié le 14 septembre 2019 par Mère Renarde

Il y a, dans la grossesse, des portes qu’on ne veut pas ouvrir. Elles renferment un monde anxieux, douloureux, qu’on ne comprend pas toujours. La prématurité en fait parti.

Du moment où je suis tombée enceinte, je m’étais dit un peu sur un coup de tête « ça serait bien que j’arrive jusqu’à 35 SA », sans vraiment réaliser que 35 SA, ça restait quand même 6 semaines avant terme et encore tôt pour un bébé. J’ai envisagé tous les scénarios possibles : la fausse-couche, les malformations, le gros bébé, le déclenchement, l’accouchement hyper long, l’accouchement hyper douloureux, la péridurale qu’on n’arrive pas à poser…

Mais non, jamais je n’avais envisagé la prématurité. J’avais peur pour mon bébé, très peur de la mort fœtale in utéro, mais je n’avais même pas pensé que je pouvais perdre mon bébé aussi parce qu’il naîtrait trop tôt.

Crédit photo (creative commons) : parentingupstream

32 SA : là où tout se gâte

Le troisième trimestre est bien entamé. Doucement mais surement, je commence a me faire à l’idée que cette enfant va nous rejoindre. Même si je suis assignée à domicile, je continue de travailler en télétravail, jusqu’à la veille de mes 32 SA.

A 32 SA+2, J’ai rendez-vous avec M. B pour mon Echo T3. Une fois n’est pas coutume, je me sens détendue. Nous sommes le 30 avril, j’ai officiellement arrêté de travailler et je vais pouvoir enfin essayer de me détendre. Je dors un peu mieux, et même si mes glycémies ne sont pas tip top, je ne m’inquiète plus tant que ça. Je me dis que c’est bientôt fini, j’ai fait le plus long, ça ne peut pas devenir pire.

Pourtant quelque chose clochait, et je le sentais. Depuis 2 jours, petit koala bouge nettement moins qu’avant. Bien que je n’ai jamais eu un bébé particulièrement dynamique in utéro, ses mouvements sont vraiment discrets. Je me dis que c’est peut-être parce qu’elle commence à manquer de place, mais quand même, à 32 SA cela me parait tôt.

Arrivée chez M. B, il me demande comment je vais et si je porte bien mes bas de contentions. On passe à l’échographie. A l’écran, Petit koala bouge plutôt bien, mais contrairement à d’habitude, elle est relativement sage. A tel point que pour la première fois depuis novembre, M. B arrive à nous tirer son portrait en 3D. Moi qui ai toujours trouvé les échographies 3D moches, je suis émue car on voit bien son petit visage. Je me rends réellement compte qu’elle sera là bientôt.

L’échographie finie, on fait le point. Petit koala a recommencé à grandir doucement mais surement, comme quoi l’assignation à domicile n’a pas servi à rien. Le contour abdominal est parfait, et ça c’est vraiment la bonne nouvelle, car malgré mes difficultés à bien équilibrer mon diabète les dernières semaines, elle n’est pas impactée. J’en profite pour dire à M. B que je trouve qu’elle est bien plus calme qu’avant. Il me prend au sérieux tout en essayant de me rassurer, et même si je dois le revoir dans 3 semaines, il me prescrit une ordonnance pour des monitorings à domicile 1 jour sur 2.

Oui ça me rassure, mais rapidement ensuite, il m’annonce qu’il souhaite m’hospitaliser à 36 SA. Il est motivé par le déroulé de ma grossesse et ma glycémie qui a du mal à s’équilibrer. Il veut s’assurer que la fin soit particulièrement bien surveillée, et également induire un déclenchement de l’accouchement entre 38 et 39 SA. Je l’entends et le comprends, mais c’est un véritable choc pour moi, et je suis bouleversée. Moi qui pensais avoir un congés prénatal tranquille, c’est passé à la trappe.

Le lendemain, j’ai mon premier monitoring à domicile. Il a lieu en soirée, à 19h. Je n’ai pas mangé, je suis fatiguée mais globalement souriante. Petit koala bouge toujours peu, mais elle réagit à mes sollicitations.

Le monitoring ne se passe pas très bien. La sage-femme trouve que le tracé n’est pas normal. Elle me fait changer de position, ce n’est pas mieux. Et puis, une contraction arrive, et le cœur de petit koala ralentit. Bon, on attend pour voir si c’est un hasard. La contraction suivante, même histoire. On arrête le monitoring, et elle me demande de me préparer pour aller aux urgences maternité. « Ce n’est surement rien, mais je préfère ne pas prendre de risque ».

En plein déni, puis tout s’est accéléré

Quand nous avons pris la route pour la clinique, j’étais détendue. Je croyais la sage-femme et j’étais persuadée que je serais de retour chez moi dans le milieu de la nuit. Je suis donc partie les mains dans les poches. A la clinique, les sages-femmes regardent le monitoring à domicile et ne semblent pas choquées. On m’installe dans une salle et on me remet sous monitoring pour une demi-heure à l’issue de laquelle on renchaîne sur une seconde demi-heure. A ce moment, n’ayant pas eu de contraction entre temps, je me dis que c’est surement parce qu’ils veulent confirmer ou non le ralentissement du cœur, mais en fait que nenni. Je saurais seulement le lendemain que c’est parce que le tracé était mini-oscillé que le monitoring s’est éternisé sur 3 longues heures.

Car oui, après avoir vu le tracée à domicile et celui de la première heure, le gynécologue de garde a refusé de me laisser sortir, sans m’expliquer pourquoi, parce qu’il voulait avoir l’avis de M.B avant, puisque lui connaissait bien mon dossier. Mais même là, je ne me suis pas inquiétée plus que ça. On m’a admise en hospitalisation dans le service des grossesses pathologiques, on m’a posé un cathéter, et je ne me suis même pas posée de question.

Photo personnelle

Cette insouciance m’a suivi les 2 jours suivants. Je n’ai jamais pris l’ampleur des choses. « on vous garde ce soir par précaution ». D’accord, demain midi au plus tard je serai chez moi. « Je vous garde au moins jusqu’à jeudi. » Oui, c’est typique, M. B est toujours aussi précautionneux. « Vous avez vu l’anesthésiste ? il faudrait le faire rapidement ». Mais j’ai encore du temps devant moi, pourquoi ?

A J3, on m’annonce que ma cétonurie est positive. Quésako ?  En gros, je ne produis pas assez de sucre pour mon corps tout en étant résistante à l’insuline. Le serpent qui se mord la queue. Je dois rapidement joindre ma diabéto pour savoir ce que je dois faire. Heureusement, la cétonurie n’est pas accompagnée de glucose dans les urines, elle est rassurante. Mais elle me met en garde : si jamais M. B veut me faire l’injection de corticoïdes, ma glycémie risque de s’emballer.

Et elle tape dans le mille car quelques heures après, M. B  vient me voir et m’annonce qu’il préfère me faire l’injection des corticoïdes. C’est en entendant cette phrase que j’ai réalisé le danger, et que mes illusions se sont envolées. J’avais ouvert la porte du risque de prématurité. M. B m’a expliqué que ce n’était encore là qu’un principe de précaution, mais qu’il préférait assurer la maturation des poumons de petit koala dès maintenant. Principe de précaution ou pas, ça commençait un peu à sentir mauvais pour moi. Je vais recevoir 2 injections à 24h d’intervalle et l’efficacité sera à 100% qu’au bout de 48h. Le soir, on a eu une lueur d’espoir. Le monito a été bon, et petit koala a bien réagi, bien bougé.

Mais ça n’a pas duré. A J4, j’ai attendu avec impatience de savoir si je pouvais rentrer chez moi pour le weekend. Négatif. « Les monitos ne sont pas bons, je ne préfère pas vous laisser partir. Je ne suis pas là ce week-end, mais j’ai laissé des consignes au cas où ». Au cas où… cette phrase a raisonné dans ma tête, comme si un compte à rebours s’était déclenché.


Guide accouchement

Pendant la grossesse, tu t’imaginais épanouie, heureuse, avec un joli ventre rond, et bien sûr, il y a de ça. Mais tu n’étais peut-être pas tout à fait préparée pour les vergetures, les coups de pied dans la vessie à 2 heures du matin et les galères administratives. On ne te la refera pas deux fois. Avec le guide hyper complet et concentré de Dans Ma Tribu, tu sauras exactement ce qui t’attend après l’accouchement. Clique ici pour en savoir plus.

Commentaires

13   Commentaires Laisser un commentaire ?

Die Franzoesin (voir son site)

Oh la la c’est dur, et ça me rappelle des souvenirs, les piqûres de corticoïdes et ce moment où on comprend que notre bébé va vraiment sortir trop tôt. Heureusement ces piqûres sont aussi miraculeuses pour eux et leur avenir !

le 14/09/2019 à 09h28 | Répondre

Mère Renarde

Oui, c’est vrai qu’on a la chance aujourd’hui de pouvoir disposer de ces injections qui protègent quand meme pas mal nos petits.

le 15/09/2019 à 11h40 | Répondre

Croco

J’ai eu les injections de corticoïdes à 32SA pour le deuxième et il n’est né qu’à 35SA+5, donc parfois c’est vraiment par précaution, dommage que ça n’est pas été le cas pour vous.

le 14/09/2019 à 09h48 | Répondre

Mère Renarde

Oh oui. J’ai une connaissance qui a eu les injections tres tot et finalement a été à terme sans soucis.
Je préfère trop de précautions que pas assez, et a vrai dire, meme si je me suis prise une claque en apprenant que j’allais recevoir les injections, j’ai quand meme garder espoir de ressortir enceinte de cette hospitalisation.

le 15/09/2019 à 11h42 | Répondre

Virg

Merci les hormones, on reste quand même bien sur la planète grossesse même quand ça se corse …
Une petite question me vient : cette histoire de maturation des poumons in uteros par les corticoïdes a-t-elle un impact sur le développement futur de l’enfant ? Je parle de l’après et non pas des semaines qui suivent l’accouchement, est-ce que ça augmente le risque d’asthme par exemple ?

le 14/09/2019 à 13h49 | Répondre

Mère Renarde

Alors là. Très bonne question, je ne sais pas du tout. Ma fille fait de l’asthme, mais c’est de l’hérédité qui vient de mon côté.
Je ne pense pas que ça induise une fragilité des poumons à long terme, mais ça meriterait que je jette un oeil sur les études épidémiologique qui existent sur le sujet.

le 15/09/2019 à 11h45 | Répondre

Madame yoga

Je me permets de répondre car j’ai aussi eu ces piqûres (et pareil je suis restée longtemps sur mon nuage!). Bref mon fils a aujourd’hui 2 ans et nous sommes allés voir un pneumologue récemment qui nous a dit qu’ ils n’avaient jamais fait de liens entre ces fameuses piqûres et de quelconques problèmes respiratoires.

le 15/09/2019 à 12h26 | Répondre

Mère Renarde

merci pour cette réponse :)! ça me rassure aussi

le 17/09/2019 à 09h16 | Répondre

Workingmutti (voir son site)

Les corticoïdes j’ai connu pour mes fils, une piqûre que tu ne vas pas oublier tant pour le stress que parce que fichtre elle fait mal.

J’admire en tout cas ton calme olympien. J’aurais (et j’ai) harcelé les médecins et les sages-femmes pour connaître tous les scénarios possibles. Ou comment se créer des contractions de stress.

le 15/09/2019 à 19h47 | Répondre

Mère Renarde

avec le recul, effectivement je trouve que j’ai été étonnement calme et positive, mais parce que j’avais une totale confiance en mon gynéco je pense. Aujourd’hui, je pense que je serais moins muette (meme si la confiance n’a pas changé). D’ailleurs pour le 2eme, on va refaire une consultation pré-conceptionnelle, et j’ai déja une floppée de question avec pleins de scénarios possible à poser.

le 17/09/2019 à 09h05 | Répondre

Pauline

J’ai une petite question : que veux-tu dire par monito mini-oscillés ?
Les monitos pas très bons, j’y ai eu droit aussi : ralentissement cardiaque après les contractions, rythme trop rapide … Du coup ma sage-femme m’avait aussi envoyée à la maternité, où ils ont décidé de me garder pour éviter les allers-retours. Mais j’étais déjà à 38SA donc je n’ai pas eu cette peur de la prématurité.

le 16/09/2019 à 14h34 | Répondre

Mère Renarde

mini-oscillés ça veut dire un tracé trop uniforme. Comme toi, cela arrivait que son coeur ralentisse sur les contractions mais au final ce n’était pas le problème. Le problème était qu’elle restait toujours entre 120 et 130 battements quelque soit la période et la durée du monito, là où un bébé en pleine forme varie entre 120 et 180. Au finalement on avait pratiquement toujours une ligne droite, avec juste des chutes par-ci par-là.

le 17/09/2019 à 09h13 | Répondre

issabill

Cet article résonne douloureusement en moi. Hospitalisée à 32SA pour des monito pas très beau pour mes jumeaux avec un col déjà court. Pour moi, ce n’est pas l’injection des corticoïdes qui m’a fait réalisé, mais la visite de la pédiatre de néonatalogie qui est venue m’expliquer son service. Je me suis effondrée en la voyant, d’y repenser j’en ai encore les larmes aux yeux… Et pourtant, mon histoire s’est bien mieux terminée que prévu, j’ai réussi à les tenir encore 5 semaines, et ils étaient finalement plus gros que prévu et ont échappé à la néonat…

le 17/09/2019 à 16h01 | Répondre

SI TU SOUHAITES RÉAGIR C'EST PAR ICI !

As-tu lu notre Charte des commentaires avant de publier le tien ?