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A la une / Récit de grossesse

Se retrouver confrontée au risque de prématurité

Il y a, dans la grossesse, des portes qu’on ne veut pas ouvrir. Elles renferment un monde anxieux, douloureux, qu’on ne comprend pas toujours. La prématurité en fait parti.

Du moment où je suis tombée enceinte, je m’étais dit un peu sur un coup de tête « ça serait bien que j’arrive jusqu’à 35 SA », sans vraiment réaliser que 35 SA, ça restait quand même 6 semaines avant terme et encore tôt pour un bébé. J’ai envisagé tous les scénarios possibles : la fausse-couche, les malformations, le gros bébé, le déclenchement, l’accouchement hyper long, l’accouchement hyper douloureux, la péridurale qu’on n’arrive pas à poser…

Mais non, jamais je n’avais envisagé la prématurité. J’avais peur pour mon bébé, très peur de la mort fœtale in utéro, mais je n’avais même pas pensé que je pouvais perdre mon bébé aussi parce qu’il naîtrait trop tôt.

Crédit photo (creative commons) : parentingupstream

32 SA : là où tout se gâte

Le troisième trimestre est bien entamé. Doucement mais surement, je commence a me faire à l’idée que cette enfant va nous rejoindre. Même si je suis assignée à domicile, je continue de travailler en télétravail, jusqu’à la veille de mes 32 SA.

A 32 SA+2, J’ai rendez-vous avec M. B pour mon Echo T3. Une fois n’est pas coutume, je me sens détendue. Nous sommes le 30 avril, j’ai officiellement arrêté de travailler et je vais pouvoir enfin essayer de me détendre. Je dors un peu mieux, et même si mes glycémies ne sont pas tip top, je ne m’inquiète plus tant que ça. Je me dis que c’est bientôt fini, j’ai fait le plus long, ça ne peut pas devenir pire.

Pourtant quelque chose clochait, et je le sentais. Depuis 2 jours, petit koala bouge nettement moins qu’avant. Bien que je n’ai jamais eu un bébé particulièrement dynamique in utéro, ses mouvements sont vraiment discrets. Je me dis que c’est peut-être parce qu’elle commence à manquer de place, mais quand même, à 32 SA cela me parait tôt.

Arrivée chez M. B, il me demande comment je vais et si je porte bien mes bas de contentions. On passe à l’échographie. A l’écran, Petit koala bouge plutôt bien, mais contrairement à d’habitude, elle est relativement sage. A tel point que pour la première fois depuis novembre, M. B arrive à nous tirer son portrait en 3D. Moi qui ai toujours trouvé les échographies 3D moches, je suis émue car on voit bien son petit visage. Je me rends réellement compte qu’elle sera là bientôt.

L’échographie finie, on fait le point. Petit koala a recommencé à grandir doucement mais surement, comme quoi l’assignation à domicile n’a pas servi à rien. Le contour abdominal est parfait, et ça c’est vraiment la bonne nouvelle, car malgré mes difficultés à bien équilibrer mon diabète les dernières semaines, elle n’est pas impactée. J’en profite pour dire à M. B que je trouve qu’elle est bien plus calme qu’avant. Il me prend au sérieux tout en essayant de me rassurer, et même si je dois le revoir dans 3 semaines, il me prescrit une ordonnance pour des monitorings à domicile 1 jour sur 2.

Oui ça me rassure, mais rapidement ensuite, il m’annonce qu’il souhaite m’hospitaliser à 36 SA. Il est motivé par le déroulé de ma grossesse et ma glycémie qui a du mal à s’équilibrer. Il veut s’assurer que la fin soit particulièrement bien surveillée, et également induire un déclenchement de l’accouchement entre 38 et 39 SA. Je l’entends et le comprends, mais c’est un véritable choc pour moi, et je suis bouleversée. Moi qui pensais avoir un congés prénatal tranquille, c’est passé à la trappe.

Le lendemain, j’ai mon premier monitoring à domicile. Il a lieu en soirée, à 19h. Je n’ai pas mangé, je suis fatiguée mais globalement souriante. Petit koala bouge toujours peu, mais elle réagit à mes sollicitations.

Le monitoring ne se passe pas très bien. La sage-femme trouve que le tracé n’est pas normal. Elle me fait changer de position, ce n’est pas mieux. Et puis, une contraction arrive, et le cœur de petit koala ralentit. Bon, on attend pour voir si c’est un hasard. La contraction suivante, même histoire. On arrête le monitoring, et elle me demande de me préparer pour aller aux urgences maternité. « Ce n’est surement rien, mais je préfère ne pas prendre de risque ».

En plein déni, puis tout s’est accéléré

Quand nous avons pris la route pour la clinique, j’étais détendue. Je croyais la sage-femme et j’étais persuadée que je serais de retour chez moi dans le milieu de la nuit. Je suis donc partie les mains dans les poches. A la clinique, les sages-femmes regardent le monitoring à domicile et ne semblent pas choquées. On m’installe dans une salle et on me remet sous monitoring pour une demi-heure à l’issue de laquelle on renchaîne sur une seconde demi-heure. A ce moment, n’ayant pas eu de contraction entre temps, je me dis que c’est surement parce qu’ils veulent confirmer ou non le ralentissement du cœur, mais en fait que nenni. Je saurais seulement le lendemain que c’est parce que le tracé était mini-oscillé que le monitoring s’est éternisé sur 3 longues heures.

Car oui, après avoir vu le tracée à domicile et celui de la première heure, le gynécologue de garde a refusé de me laisser sortir, sans m’expliquer pourquoi, parce qu’il voulait avoir l’avis de M.B avant, puisque lui connaissait bien mon dossier. Mais même là, je ne me suis pas inquiétée plus que ça. On m’a admise en hospitalisation dans le service des grossesses pathologiques, on m’a posé un cathéter, et je ne me suis même pas posée de question.

Photo personnelle

Cette insouciance m’a suivi les 2 jours suivants. Je n’ai jamais pris l’ampleur des choses. « on vous garde ce soir par précaution ». D’accord, demain midi au plus tard je serai chez moi. « Je vous garde au moins jusqu’à jeudi. » Oui, c’est typique, M. B est toujours aussi précautionneux. « Vous avez vu l’anesthésiste ? il faudrait le faire rapidement ». Mais j’ai encore du temps devant moi, pourquoi ?

A J3, on m’annonce que ma cétonurie est positive. Quésako ?  En gros, je ne produis pas assez de sucre pour mon corps tout en étant résistante à l’insuline. Le serpent qui se mord la queue. Je dois rapidement joindre ma diabéto pour savoir ce que je dois faire. Heureusement, la cétonurie n’est pas accompagnée de glucose dans les urines, elle est rassurante. Mais elle me met en garde : si jamais M. B veut me faire l’injection de corticoïdes, ma glycémie risque de s’emballer.

Et elle tape dans le mille car quelques heures après, M. B  vient me voir et m’annonce qu’il préfère me faire l’injection des corticoïdes. C’est en entendant cette phrase que j’ai réalisé le danger, et que mes illusions se sont envolées. J’avais ouvert la porte du risque de prématurité. M. B m’a expliqué que ce n’était encore là qu’un principe de précaution, mais qu’il préférait assurer la maturation des poumons de petit koala dès maintenant. Principe de précaution ou pas, ça commençait un peu à sentir mauvais pour moi. Je vais recevoir 2 injections à 24h d’intervalle et l’efficacité sera à 100% qu’au bout de 48h. Le soir, on a eu une lueur d’espoir. Le monito a été bon, et petit koala a bien réagi, bien bougé.

Mais ça n’a pas duré. A J4, j’ai attendu avec impatience de savoir si je pouvais rentrer chez moi pour le weekend. Négatif. « Les monitos ne sont pas bons, je ne préfère pas vous laisser partir. Je ne suis pas là ce week-end, mais j’ai laissé des consignes au cas où ». Au cas où… cette phrase a raisonné dans ma tête, comme si un compte à rebours s’était déclenché.

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b