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A la une / Témoignage

Ma grossesse par don d’ovocyte : nos interrogations

Durant l’année qui a suivi notre premier entretien avec le CECOS, nous avons effectué toutes les démarches demandées. La gynécologue et la cardiologue étaient d’accord sur le fait que je pouvais supporter une grossesse, qu’il n’y avait pas de contre-indication particulière.

Entre-temps, plusieurs amies ont fait la démarche pour nous parrainer et effectuer un don. Les trois ont été refusées pour des motifs divers : l’une avait un IMC un chouilla au-dessus de 30 (c’est dommage, surtout que l’IMC est de plus en plus remis en cause par les médecins et nutritionnistes), et les autres n’ont pas pu donner pour des raisons de santé.

Nous avons eu beaucoup de chance d’avoir ces fées dans notre entourage, qui se sont proposées spontanément pour nous. Même si malheureusement, elles n’ont pas pu aller au bout, leur geste nous a énormément touchés, merci à elles.

Le rendez-vous avec la psychologue s’est bien déroulé. Contrairement à ce dont nous avions peur, elle n’a pas cherché du tout à estimer notre aptitude à être de bons parents. Elle s’est contentée d’écouter et de répondre à nos interrogations. Mais nous n’avions pas vraiment d’interrogations à ce moment-là. Rien qui ne méritait qu’on s’y attarde, ou rien que nous ne voulions avouer.

Cependant, au fil des mois, je me suis régulièrement posé des tas de questions, ou alors on m’en a posé. Bref, voici le résultat de mes pérégrinations intellectuelles.

Couple devant la mer

Crédits photo (creative commons) : Jeffrey Keeton

Que pensons-nous du don de gamètes ?

C’est notre seule option pour mettre au monde un bébé, alors nous ne la remettons pas en cause. Bien sûr, nous aurions préféré pouvoir avoir une grossesse naturelle, ne pas faire autant de démarches, ne pas devoir sonder des amies, l’air de rien, pour voir si elles seraient partantes pour nous parrainer.

Nous aurions pu également envisager l’adoption, mais Monsieur Aragorn n’était pas prêt pour ce type de démarches (encore plus longues et éprouvantes) et je n’étais pas prête à faire le deuil d’enfants biologiques (même si non génétiques).

Je pense également que cette démarche est plus « facile » à appréhender dans le cas d’un don d’ovocyte que dans celui d’un don de sperme. Avec un don d’ovocyte, la mère porte l’enfant, le nourrit, lui transmet énormément de choses pendant la grossesse. Elle influence le devenir de l’enfant pendant neuf mois. Je me sens déjà heureuse de pouvoir partager ça avec mon enfant.

Devons-nous en parler à notre enfant lorsqu’il sera là ?

Il a fallu un peu de temps, mais j’ai fait le deuil de la conception « naturelle ». J’ai accepté que mon futur enfant n’ait pas ce petit apport de gènes de ma part. J’ai compris que cet enfant serait de toute manière le mien, que cette histoire serait la nôtre, qu’il n’y aurait pas de tabou.

Nos proches sont au courant. Je pense qu’il n’y a rien de pire pour un enfant que de sentir qu’il y a quelque chose qui le concerne dont tout le monde est au courant sauf lui. Alors le jour où il nous demandera comment on fait les enfants, on lui expliquera l’histoire des graines qui se rencontrent et arrivent dans le ventre de la maman. Et on lui dira que des fois, le papa ou la maman n’a pas de graines, et qu’alors une gentille fée ou un gentil monsieur donne une graine pour l’aider.

Avec Monsieur Aragorn, on a été d’accord de suite pour ne rien lui cacher : ce sera son histoire, il aura bien sûr le droit de la connaître.

Sommes-nous des monstres d’égoïsme de vouloir créer un enfant qui aura une inconnue dans son ADN ?

Je me suis posé cette question après avoir lu des témoignages d’enfants nés d’une PMA avec tiers donneur. Ils sont adultes désormais, et certains parlent d’un manque qu’ils ressentent. Ils ne recherchent pas un parent supplémentaire, mais juste cette part d’histoire qui leur fait défaut.

Après avoir effectué beaucoup de recherches, il s’agirait principalement d’enfants qui ont appris tardivement leur conception et qui ont senti toute leur vie qu’il y avait un tabou à leur sujet, sans jamais pouvoir mettre des mots dessus. Ces enfants se sont alors souvent imaginé des choses beaucoup plus sombres sur leur histoire, et en ont souffert.

Je me suis donc dit que, comme nous avions prévu d’en parler, ce problème ne se poserait pas. Mes amies m’ont beaucoup rassurée en m’assurant que les enfants se posent de toute manière beaucoup de questions en grandissant, quel qu’ait été leur mode de conception : « Si j’avais eu des frères, serais-je différent ? », « Si j’étais l’aîné au lieu du benjamin… »,  » Si j’étais né à une autre époque… » etc.

En toute honnêteté, je pense que beaucoup de mes craintes ont été inspirées par les idées de la Manif pour Tous. Si l’on met de côté les familles homosexuelles, clairement visées et dénigrées par ce collectif, la Manif a également fait beaucoup de dégâts chez les couples hétérosexuels en parcours de PMA. Mais elle oubliait l’essentiel : l’amour que l’on donnera à ces enfants, quel que soit notre modèle familial.

Nous ferons tout pour qu’aucun tabou ne se greffe sur l’histoire de notre enfant, pour qu’il puisse se sentir libre d’en parler ou de le garder pour lui, pour qu’il comprenne que nos démarches ont toujours été motivées par un très fort désir de parentalité, de partager et de ressentir cet amour inconditionnel.

Que ressentirai-je en portant un enfant issu d’une cellule qui appartient à mon mari et d’une cellule qui appartient à une inconnue ?

Impossible d’avoir la réponse à cette question sans être dans la situation.

Les articles traitant des échanges entre la mère biologique et le fœtus lors de la grossesse m’ont beaucoup aidée à rationaliser. Les témoignages de femmes qui ont eu recours au don d’ovocyte sur divers forums m’ont également rassurée.

Et je peux te l’affirmer, maintenant que je le porte : c’est notre bébé. Je n’oublie pas la donneuse, mais je ressens vraiment cet enfant comme le mien. Il ne serait pas ce qu’il va être s’il avait été porté par une autre femme que moi, et ainsi, je contribue tout autant à sa création.

Dois-je parler sur ce blog de mes états d’âme ?

Je pense que oui. Je me suis posé la question : si un jour mon enfant lisait ça, que ressentirait-il ?

J’espère avoir écrit mes articles sans maladresse, qui traduisent bien le fond de nos idées : nous aimerons nos enfants quel que soit leur mode de conception.

Quelles qu’aient été nos interrogations, nous les avons poussées jusqu’au bout, pour ne rien faire à la légère. Nous avons réfléchi, questionné, investigué… Et une fois passés tous ces questionnements somme toute plutôt sains, il ne reste que la certitude de l’amour que nous lui porterons, de ce que nous souhaitons pour sa vie et pour son avenir.

Et toi ? Tu as déjà réfléchi à ce qu’impliquait un don de gamètes ? Tu as déjà bénéficié de ce genre de don ? Qu’en penses-tu ? Viens en discuter…

Toi aussi, ça te plairait de nous raconter ta grossesse mois après mois ? Toutes les infos pour devenir chroniqueuse grossesse, c’est par ici !

A propos de l’auteur

Mariée depuis octobre 2013 avec Monsieur Aragorn, nous savions depuis plusieurs mois que l'aventure de la parentalité ne serait pas simple pour nous. Une pointe d'attente et un gros soupçon de destin nous permettent aujourd'hui d'attendre un heureux évènement pour octobre 2015. Je te propose de plonger dans notre histoire, qui est surtout mon histoire et que Monsieur Aragorn a accepté de partager et de rester à mes côtés malgré les difficultés.