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A la une / Témoignage

Notre séjour en néonatalogie – Partie 1

Le lendemain de la naissance de petit koala, j’émerge réellement et je réalise peu à peu que ma grossesse est finie et qu’un nouveau combat commence.

Je n’ai que des vagues souvenirs de la veille, mais une question permanente en tête : pourquoi ?

Le défilé des soignants continue dans ma chambre. Prise de tension, retrait de la sonde urinaire, estimation de la douleur, vérification de la cicatrice devant laquelle tout le monde s’extase parce qu’elle est « parfaite ». Je souris et je mange, affamée surement par la journée de la veille. Je souris oui, mais au fond de moi je suis en panique totale. Je n’ai pas le courage d’appeler la néonat, encore moins d’y descendre. Mon mari se charge de prendre les nouvelles de notre fille et de me faire le rapport. Je ne ressens rien, même pas le besoin d’être avec elle. Je ne me sens pas légitime. J’ai échoué dans ma première tâche de maman qui était de la couver 9 mois pleins.

Crédit: Rawpixel – Pixabay

La découverte de la néonatalogie

Vers 16h, je me décide enfin à prendre mon courage à 2 mains pour aller voir ma fille. Au fond de moi je n’en ai pas envie, j’ai peur, mais mon mari est là et m’accompagne. Le transfert du lit au fauteuil roulant est horriblement douloureux. Ça me tire énormément et je souffre le martyr.

Quand on arrive dans le couloir qui précède la néonatalogie, je suis prise d’angoisse et j’éclate en sanglots. Je veux faire demi-tour, mais mon mari insiste pour qu’on continue, en m’assurant que ça me fera du bien. Il me faudra un bon quart d’heure pour réussir à me calmer pour rentrer pour la première fois pleinement consciente dans cet univers qui sauve les bébés nés trop tôt.

Je rencontre les puéricultrices, très douces et gentilles avant d’être emmenée jusqu’à ma fille, ma toute petite fille qui dort, branchée de partout. Je m’en veux, intérieurement je lui répète que je suis désolée, et j’ose à peine la toucher. Je me pose une multitude de questions : est ce qu’elle se sent seule, abandonnée, est ce qu’elle a peur ? Mais elle est si paisible.On me donne les résultats de ses premiers tests sanguins et on m’explique qu’on va commencer à l’alimenter, maintenant qu’elle respire vraiment bien seule et qu’elle a plus de 24h. Ce sera d’abord 5ml de lait maternel (provenant du lactarium) par sonde envoyé sur une durée d’1h30, pour ne pas agresser son système digestif encore très fragile. Tout le long du processus, on voit la quantité de lait dans la seringue diminuée, en même temps que j’apprivoise doucement ma fille toujours imperturbable dans son sommeil. Je me risque à demander un peau à peau, qu’on me refusera poliment. Les conditions n’étaient pas assez sécuritaire pour toutes les 2, avec un début d’alimentation, une respiration encore fragile, et beaucoup de bradycardie. Je suis effondrée au fond de moi même si je comprends.

Nous restons jusqu’à la fin de l’alimentation, qui se solde par un reflux immédiat et impressionnant. Le lait que je vois ressortir de la bouche de petit koala me fait craindre qu’elle ne s’étouffe, je panique, je me remets à pleurer, à paniquer. Mon homme décide qu’il est temps pour moi de retourner me reposer.

Dans la soirée, Lhomme va reprendre des nouvelles de petit koala. L’alimentation ne se passe guère mieux et il faut qu’ils investiguent un peu. On lui demande si j’ai commencé à mettre en place mon allaitement, en précisant qu’elle accepterait peut-être mieux mon lait. J’en parle à la sage-femme qui me dit que pour l’instant, je dois me reposer, je suis encore beaucoup trop faible avec une tension à 6 pour me lancer dans ce combat là.

Récupérer et faire connaissance

Au matin du second jour, j’ai la visite de mon gynécologue. On discute un long moment; il me laisse le temps de poser toutes les questions que je veux, même si pour l’instant, il n’a pas vraiment de réponses à m’apporter. Il ne sait pas pourquoi ça s’est dégradé si vite autant chez ma fille que chez moi, ni pourquoi son cœur a fait ce petit arrêt (nous ne saurons que 7 mois plus tard que j’ai été victime d’infarctus multiples du placenta). Il reste quand même positif, me félicite d’être arrivée jusque-là et d’avoir été si courageuse, des mots qui font du bien et mal à la fois. Mon mari est au travail et je me retrouve seule pour la première fois depuis la naissance, à devoir gérer mes hormones et émotions, ainsi que la douleur post-partum.

Heureusement pour nous, la clinique où j’ai accouché se trouve à 10 minutes de son boulot. Il me rejoint donc sur sa pause déjeuner pour aller en néonat, chose absolument impossible psychologiquement pour moi sans lui. Le passage dans le couloir entre le bloc et la néonat est toujours compliqué et je pleure encore, mais, une surprise nous attend : même si petit koala a perdu du poids, elle n’est plus en soins intensifs. Elle a rejoint une couveuse classique.

Et seconde surprise, on me propose de faire un peau à peau rapide avec elle. On nous explique qu’il faut éviter de la caresser à cause de sa peau très fragile, mais que le contact avec ses parents devraient lui donner un boost salvateur. Précautionneusement, je regarde les auxiliaires la sortir de sa couveuse, et venir l’installer sur ma poitrine. J’ai enfin l’opportunité d’avoir ma fille dans mes bras, 48h après sa naissance. Je me contente de la regarder encore et encore, sous tous les angles possibles, elle qui tient parfaitement dans le creux de mon bras. Ça n’aura duré que 10 minutes, mais c’était les 10 plus belles minutes de la journée.

Crédit: photo personnelle

Elle m’auront fait énormément de bien car en retournant dans ma chambre, la Sage-femme m’annonce que j’ai récupéré assez de force pour me lancer dans le tire-allaitement : stimulation toutes les 3 heures jour et nuit. J’ai très mal, je n’ai rien qui sort malgré de très longues minutes de stimulation, mais je sers les dents.

Le lendemain, c’est férié. Lhomme reste avec moi et nous faisons plusieurs allers-retours en neonat dans la journée. On découvre pour la première fois notre fille éveillée, ce qui permet aussi à l’équipe de nous apprendre à faire ses soins en phase d’éveil: changer sa couche, prendre sa température, des petites choses anodines mais tellement essentielles pour que nous nous sentions utiles et que nous créions un lien avec notre fille. Impossible pour moi de le faire, j’ai peur de mal m’y prendre et je ne tiens toujours pas debout. Alors, c’est Lhomme qui s’en charge, avant d’avoir droit à son tour à son premier peau à peau.

C’est aussi le jour du premier biberon pour petit koala. 10mL de lait donné par son père, qu’elle tète très difficilement et lentement, mais qui permet de voir qu’elle a un semblant de réflexe de succion. Bien évidemment, elle ne l’a pas terminé, mais c’est déjà un grand pas pour nous, on ne se focalise que sur ses progrès.

Le 4eme jour de vie est le plus dur pour moi, je suis en plein baby-blues. Je veux rentrer chez moi mais je ne veux pas m’éloigner de petit koala. Je commence à vraiment réaliser la chance qu’on a eu, et je pleure toute la journée, malgré la visite de la psychologue de maternité. Heureusement, ce jour tombe entre 2 jours fériés et Lhomme a pu le poser, donc il reste encore avec moi. je ne vais voir ma fille qu’une fois en début d’après-midi, mais pas longtemps car je ne peux toujours pas marcher et j’ai des tranchées abominables. Il y a quand même du positif: j’ai eu ma montée de lait et maintenant c’est moi qui alimente ma fille. De son côté nouvelle petite victoire, pour petit koala, elle n’a plus de perfusion. Elle réagit de mieux en mieux, même si elle perd toujours du poids. On est au plus bas qu’elle ira: 1,5 kg. 

Mais à partir de là, ça ira de mieux en mieux pour moi et pour elle, et je t’en parlerai la prochaine fois.

A propos de l’auteur

Après avoir raconté mon mariage sur Mademoiselle Dentelle, je passe de l’autre coté pour te parler de mon approche de la maternité. Je suis devenue maman en 2018, et ce fut un grand chamboulement qu’il me tarde de te raconter. Si tu veux suivre nos aventures au quotidien, je t’invite à me retrouver sur instagram sous le pseudo el_m_b