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A la une / Vie de maman

Mes suites de couches, pas si douces

S’il n’est pas toujours évident d’avoir des informations pratiques sur la grossesse ou l’accouchement (c’est-à-dire, quand tu ne connais pas Dans Ma Tribu), je trouve que cela devient carrément difficile en ce qui concerne les suites de couches. Et pourtant, je suis de celles qui aiment mieux savoir où elles vont mettre les pieds, et qui préfèrent savoir et anticiper, mêmes les parties pas jolies jolies.

Alors, si c’est aussi ton cas, viens, je te raconte comment ça s’est passé, très concrètement, pour moi (ce n’est peut-être pas le moment pour siroter ton thé) ; mis à part que j’avais un bébé, que je dormais peu, etc… Rassures-toi, comme pour les grossesses et les accouchements, cela diffère d’une personne à l’autre ! Tu n’auras probablement donc pas exactement les mêmes choses ! Mais je me dis que plus on a d’exemples, moins on a de surprises…

Les classiques

Juste après avoir rejoint notre chambre, je me dis que j’aimerais bien manger : cela fait plus de 24h que je n’ai rien dans le ventre, et entre temps, j’ai, disons, fait un joli petit effort physique. Déjà qu’une promenade me creuse…. Je tire donc bien la tête devant le poisson bouilli accompagné de ses légumes flagadas qu’on m’amène. Sauf qu’en fait, je n’arrive pas à finir. Tu me diras, une bonne tartiflette m’aurait peut-être plus mise en appétit que ce cliché ! Mais ouf, mon appétit redevient normal dès le lendemain.

Tu en as probablement entendu parler, après un accouchement, ton utérus doit se « vidanger », tu expérimentes donc les lochies. En clair ? Tu rattrapes toutes les règles que tu n’as pas eues pendant neuf mois ! Joie. La maternité fournissait des serviettes jetables géantes, mais très honnêtement, au bout de deux ou trois jours, des serviettes normales m’ont suffi. J’avais complété mon stock de serviettes lavables, sans trop savoir combien seraient nécessaires, ni quelle taille. En fin de compte, j’ai réussi à tenir avec ce que j’avais, mais quelques-unes de plus n’auraient pas été de trop pour pouvoir avoir un roulement plus confortable et une gestion des lessives plus zen.

Par contre, je regrette d’avoir acheté les super-grandes-spéciales-maternité : la taille que j’utilisais jusque-là pendant mes règles était bien suffisante après le retour à la maison. Le flux a fortement ralenti au bout de trois semaines, et c’était fini en un mois.

Crédits photos : photo personnelle

Pour te donner une idée, mon stock était composé de : 1 max, 3 plus, 5 médium, et 1 smart (toutes de chez Plim), ainsi que de deux vieilles moches d’une autre marque qui ne sont pas sur la photo.

Au début, dès que j’arrive près de la porte de la salle de bain, j’ai une envie pressante, mais alors pressante, qui arrive soudainement ! Cet effet disparaît très vite, en un ou deux jours.

Au troisième jour, j’ai ma montée de lait. C’est réellement impressionnant. Mes seins, qui avaient déjà beaucoup gonflé pendant la grossesse, deviennent énormes, et durs comme des cailloux. En dessous, j’ai le ventre typique du post-partum : encore bien gros, mais clairement plus un ventre de femme enceinte, bien rond et tendu ; il est désormais plutôt moelleux dirons-nous ! Quand je me vois dans le miroir, j’ai l’impression d’être face à une de ces divinités féminines primitives dont les statuettes illustraient mes livres d’histoire. Ah, le voilà le secret pour avoir un corps de déesse, il suffit d’accoucher ! Ahum.

Contrairement à beaucoup, la montée de lait n’a pas été douloureuse pour moi. Il faut dire que j’avais bénéficié de bons conseils pour que les jours précédents soient bien gérés et m’y préparent bien, et j’ai encore été bien entourée le jour même pour gérer ce virage délicat (je ne peux pas détailler ici, ce serait trop long, mais je tiens à le dire : renseignes-toi sur le sujet, et en amont ! on n’est jamais trop informée pour allaiter !).

Le troisième jour, c’est aussi le jour de la chute des hormones, alors je suis préparée à n’être peut-être pas dans mon assiette. Eh bien, non, aucun baby blues de mon côté (ouf !!). En fait, j’ai même le contraire, si cela existe : j’ai l’impression de déborder de bonheur. Littéralement : par moments, je pleure de joie, d’émotion, de reconnaissance de la chance que j’ai de connaître des moments aussi merveilleux.

Crédits photos (creative commons) : Sharon McCutcheon

Par contre, j’ai beaucoup de mal à réaliser que, le lendemain, nous allons retourner chez nous. En fait, j’ai passé ces derniers jours dans une bulle merveilleuse ; et j’ai bien du mal à croire, qu’en dehors de cette chambre dont je ne suis quasiment pas sortie, le reste du monde a continué d’exister. Mon monde est devenu cette chambre, ce bébé, cette vie. Et j’y suis bien. Quand je pense à d’autres lieux, je suis bouleversée à l’idée d’y retourner, sans mon gros ventre, mais avec mon bébé. Le parking de la maternité ? La route du retour à la maison ? Les rues de notre quartier ? Chez nous ? J’y ai marché quand on est arrivés pour accoucher, j’y ai conduit pendant la grossesse à chaque rendez-vous, j’y ai promené pendant tout mon arrêt, et encore la veille d’accoucher, j’y ai tant vécu… et là, je vais les retrouver. Aux yeux de tous, ils sont tout identiques à ce qu’ils étaient il y a quelques jours… Mais, pour moi, ils sont changés à jamais, car, désormais, il y aura mon fils qui y sera avec moi. Cette pensée est tellement énorme, tellement incroyable, tellement merveilleuse… et pourtant tellement vraie !

Et la surprise dont je me serais bien passée…

On m’avait dit, qu’après un accouchement sans péridurale, on se retrouvait bien plus rapidement sur ses pieds. Et effectivement, je n’ai pas de souci pour le « premier lever » après le retour en chambre. (Cela consiste simplement à se mettre debout, sous la surveillance d’une infirmière, potentiellement pour aller aux toilettes). Mais je n’arrive pas à rester debout longtemps. Je me sens faible, je tourne, je m’essouffle, ça ne va pas. Alors bon, je me remets sur mon lit et je me dis que ça va aller mieux bientôt. Après tout, je manque de sommeil, d’aliments, et j’ai été un peu secouée (conditions dans lesquelles je fais parfois des petites baisses de tension) ! Sauf que non. Je ne me lève que pour aller aux toilettes, et cela me demande un gros effort. Il me faut plus de 24h pour réussir à tituber jusqu’à la zone de change regarder Papa Ours changer notre bébé. Encore un peu plus pour me sentir assez confiante pour aller prendre une douche. Et pourtant, qu’est-ce que j’en avais besoin ! M’aurait-on menti ? Ou bien les filles ayant eu la péridurale sont-elles dans un état encore pire ? Troisième jour, ma tension est un peu remontée, j’arrive à sortir de la chambre, aller au bout du couloir et revenir. Quel exploit dis donc. La veille de la sortie, je demande à ce qu’on vérifie mon taux de fer, comme cela avait été prévu (et oublié). Patatras, je suis à nouveau dans une belle anémie. Bien pire que celle durant la grossesse. Allez, nouvelle perfusion de fer, on connaît la rengaine !

À cette difficulté s’ajoutent des douleurs du côté de ma cicatrice, qui, bien que pas si intenses (en même temps, je viens d’accoucher : je pense qu’il va s’écouler un peu de temps avant que je qualifie une douleur d’intense !), sont tout de même bien gênantes, et surtout permanentes et épuisantes. Je mets un temps fou à m’asseoir ou me relever. Simplement quand, assise dans le lit, je réajuste ma position, ou me déplace de quelques centimètres, je prends mille précautions, et grimace à tout va. Le personnel, mes sœurs, mes copines me rassurent : « c’est normal Madame, c’est la cicatrice ; ne vous inquiétez pas, ça va passer en quelques jours ». Alors je prends religieusement mes cachets d’antidouleurs, toutes les 6h. Waouh, j’avais cru que je n’étais pas très douillette, mais là, je ne m’attendais pas à cela. Le jour de la sortie, cela fait déjà 4 jours, je ne sens aucune amélioration, et commence à en avoir marre de prendre autant de temps pour chaque mouvement (non parce qu’à côté de ça, je m’occupe d’un petit bébé aussi désormais…). Je demande une petite vérification : l’infirmière vérifie gentiment et avec une douceur adorable : la cicatrice est parfaite, les points ont commencé à cicatriser, tout va bien. Bon, je vais prendre mon mal en patience alors.

Une fois rentrés chez nous, notre nouvelle vie s’organise. Contrairement à ce que je redoutais, étant une grande marmotte, je ne souffre pas de la fatigue. Les hormones, la joie ? Je déborde d’énergie ! Bon, il faut aussi dire que je me ménage : je fais des nuits de 12h (enfin, je suis 12h dans mon lit, si on retranche les coupures, on arrive à un nombre d’heures de sommeil tout petit, mais bien plus que si je me couchais à minuit !), et, quand ce n’est pas assez, une petite sieste (mais assez peu passés les premiers jours).

Par contre, j’ai toujours aussi mal. Toujours autant de difficultés à m’asseoir, à tenir debout, à bouger. Je ne sors donc que très peu, et cela me pèse. Après une pauvre promenade de 50m car je voulais vraiment prendre l’air, je rentre chez nous, et m’effondre sur le canapé en pleurant, de douleur, d’épuisement créé par la douleur, de frustration. Psychologiquement c’est dur : je n’ai jamais été aussi impotente ; même pendant la grossesse, je n’ai jamais été aussi diminuée ; même l’accouchement, ce n’était pas aussi difficile ; et surtout, je ne m’y attendais pas. Les sciatiques et autres difficultés de la grossesse, j’en avais entendu parler ; l’accouchement, je me doutais que ce ne serait pas un massage californien ; la fatigue de la jeune maman, je m’y attendais ; mais cette douleur permanente et épuisante, pas du tout. Je vis assez mal d’être aussi diminuée, de dépendre autant de Papa Ours, qui essaie de limiter les dégâts en faisant tout ce qu’il peut. Sauf que c’est frustrant de ne pas pouvoir aller se servir un verre d’eau soi-même, parce qu’on vient juste de s’assoir, et de devoir demander. Puis demander à ce qu’il vienne prendre le verre pour le reposer. On m’avait dit que ça passerait en quelques jours, c’est combien exactement « quelques jours » ??

Je me fais l’effet d’une droguée, à prendre mon antidouleur toutes les 6h, très précisément. À toujours savoir l’heure de la prochaine prise. À quasiment pouvoir dire l’heure en fonction de l’intensité de la douleur (l’effet du médicament).

Crédits photos (creative commons) : Brett Jordan

Au bout de deux semaines, mes pertes deviennent grises. Et sentent mauvais. Puis, il faut dire ce qui est, carrément puantes. Mais la journée défile (petit bébé oblige), sans que j’y prête plus attention que cela. C’est peut-être que la fin des lochies approche ? Le soir, Papa Ours me montre le petit papier récapitulatif qu’on nous a donné à la sortie de la maternité. Les pertes odorantes, c’est un motif de consultation en urgence. J’envoie un texto à ma sage-femme avant de me coucher, elle pourra le lire demain matin.

C’était une bonne idée : elle débarque le lendemain dans la matinée, et semble soucieuse. « On va regarder si vous n’avez pas une infection ou s’ils n’ont pas oublié une compresse » dit-elle. Elle est désolée de devoir « m’examiner », mais les pertes odorantes, ce n’est pas normal. Prélèvement vaginal à envoyer au labo, c’est fait. Et puis, par acquis de conscience, elle me fait un toucher vaginal pour vérifier que rien ne traîne là-dedans. C’est là que je vois sa mine s’allonger : « ah oui, c’est ça ». Hein ? « Il y a une compresse oubliée. Je suis désolée, je vais devoir y retourner pour l’enlever ». Ah mais non, ne soyez pas désolée, allez-y, enlevez-la !! Aussitôt après qu’elle ait retiré la chose (je ne te raconte pas l’aspect – ni l’odeur – de la compresse imbibée de sang depuis quinze jours), je me sens mieux. Quelques heures après, j’ai retrouvé toute ma mobilité : je marche, je me penche, je m’assois, je sautille, je m’accroupis, wouhou, les possibilités sont infinies ! Quel bonheur de pouvoir à nouveau bouger ! Je n’ai plus cette sensation permanente de pesanteur et de douleur « en bas », j’oublie complètement mes cachets, mes pertes redeviennent normales… quelle liberté !

Je suis tout à la fois ravie de retrouver mon état normal… et un peu dégoûtée d’avoir eu autant de difficultés « anormales » pour mes deux premières semaines avec mon bébé. En fait, on n’est pas censée être aussi diminuée après un accouchement, et pas aussi longtemps. OK, bonne nouvelle, j’aurais bien aimé le savoir plus tôt ! Mais bon, je relativise assez facilement en me disant que ce n’est rien de très grave, et que j’ai eu beaucoup de chance que ma sage-femme réagisse aussi rapidement, et que le problème soit réglé. Et surtout, que je n’ai aucune conséquence grave à long terme (en particulier, aucune infection).

Et toi, comment se sont passées tes suites de couches ? Tu y étais préparée, ou bien tu as été prise par surprise ?

A propos de l’auteur

Un petit Ours va bientôt rejoindre la famille Ours ! Il va tomber dans une marmite un brin écolo, un brin geek, mais pas que ! Et en attendant, je vais te raconter ma grossesse tranquille, en long, en large et en travers (bavarde, moi ?).