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A la une / Récit de grossesse

Apprendre à lâcher prise pendant la grossesse

Bon, j’ai mis du temps à me décider à écrire cet article. Je l’ai appelé « Apprendre à lâcher prise pendant la grossesse », mais son propos est beaucoup plus large.

Si, comme moi, tu es complètement beaucoup un peu maniaque du contrôle, que tu as du mal à déléguer et que tous les médecins que tu croises te répètent d’arrêter de vouloir tout planifier, cet article pourra peut-être t’aider (ou au moins, te faire te sentir moins seule).

Comprendre qu’on ne contrôle rien

Alors, je ne sais pas toi, mais moi, depuis assez jeune, j’ai tendance à vouloir tout diriger (mes parents te diront peut-être que j’étais surnommée « petit chef » dans mon enfance, mais je le nierai jusqu’à la mort).

Donc j’ai choisi très tôt ce que je voulais faire comme études (oui, en CP, je disais déjà vouloir être ingénieure en informatique, ce qui faisait beaucoup rire mes maîtres/maîtresses d’école) et j’avais déjà plus ou moins annoncé le style de vie que je voulais avoir plus tard. De plus, je n’ai jamais aimé dépendre des gens pour quoi que ce soit (même le bricolage, je préfère le faire, plutôt que d’appeler mon père), et pour me laisser abattre par une maladie, il faut vraiment qu’elle me cloue au lit, sinon je continue ma vie comme si de rien n’était.

Mais ça fait déjà quelques années que mon corps m’a gentiment fait comprendre que je pouvais bien vouloir décider ce que je voulais, lui, il n’en ferait qu’à sa tête.

Ça a commencé par les allergies et les intolérances alimentaires, dont je t’ai parlé dans un article pour Sous Notre Toit. Et puis, au moment de faire un bébé, je me suis repris cette réalité en pleine tête : notre corps fait ce qu’il veut, et il se fiche de ce que l’on planifie.

Après une grossesse extra-utérine, une psychothérapie, un petit miracle pile le mois où je ne voulais pas vraiment tomber enceinte et un premier trimestre chaotique, je commence doucement à me faire au côté incontrôlable de la vie.

Femme enceinte détendue

Crédits photo (creative commons) : Charlie Davidson

Accepter de partager son corps et de passer en mode couveuse

La grossesse, c’est merveilleux, sentir son bébé bouger, c’est irréel et magique, avoir la possibilité de porter la vie, c’est une chance incroyable. Oui, mille fois oui, mais…

Cette vie qu’on aime déjà plus que tout nous rend malade à en crever, pompe toute notre énergie, tape dans nos intestins quand on veut manger, ou décide de tester des mouvements de kung-fu au moment où l’on essaie de dormir. Notre bébé n’a pas le même rythme de vie que nous, nous fait développer sans raison des aversions pour certains aliments que l’on aimait (coucou merveilleux mari qui échange son assiette avec moi au restaurant, parce que la première bouchée de mon plat me déclenche une méga nausée), et il devient PRI-O-RI-TAIRE !!

Eh oui, en tant que future maman, on devient prioritaire à la caisse des supermarchés, pour les places assises des transports en commun et pour les prises de rendez-vous chez le médecin (véridique : il suffit de prononcer le mot « enceinte » et le rendez-vous chez le cardio est programmé la semaine prochaine au lieu du mois prochain).

Mais pour notre corps, la priorité, c’est la petite crevette ! Tout ce que l’on mange lui est donné en premier. Elle devient le membre le plus important du duo et nous, nous devenons… une couveuse. Autant dire que c’est difficile à appréhender, comme sensation, quand on aime tout contrôler…

Ajoute à ça l’attitude de l’entourage, qui a tendance à vouloir nous surprotéger, et tu te sens soudain comme Blanche-Neige attendant la délivrance sous sa cloche de verre (bon, pour elle, c’est le Prince, pour moi, c’est l’accouchement… mais vu que mon bébé est un petit mec, c’est aussi un peu mon prince, que j’attends, finalement !).

Le travail n’est pas une priorité

Une de mes plus grosses difficultés, dans ce cheminement pour apprendre à lâcher prise, a été la question de mon travail.

Ce n’est pas que je sois féministe (enfin… je ne me décris pas comme ça. Oui, je crois profondément à l’égalité homme/femme au travail et dans la vie quotidienne, mais je n’aime pas l’image que les gens mettent derrière ce mot quand ils vous l’attribuent…), mais je ne me suis jamais vue en femme au foyer dépendante d’un homme.

Dès que j’ai pu prendre mon indépendance vis-à-vis de mes parents, j’ai sauté sur l’occasion, et je n’ai pas épousé mon mari pour qu’il m’entretienne. Je suis très fière de participer à 50% aux frais de notre foyer, et j’adore travailler. L’année dernière, je me suis retrouvée un mois et demi au chômage, et ça a été très difficile à vivre pour moi. L’inactivité, rester à la maison à tourner en rond (alors que j’organisais mon mariage, donc que j’avais quand même de quoi m’occuper), ça a été très difficile.

Autant dire que quand les médecins ont commencé à évoquer les arrêts de travail, j’ai eu plutôt tendance à faire de la « résistance ».  Je négociais pour ne pas être arrêtée de manière trop longue, et pour pouvoir retourner au boulot régulièrement. J’ai même tenté de mettre en place du télétravail, pour pouvoir continuer à travailler de chez moi les jours où je ne me sentais pas capable d’aller au bureau.

Jusqu’au jour où mon médecin m’a dit qu’elle m’aimait bien, que me voir régulièrement dans son cabinet, c’était sympa, mais qu’au bout d’un moment, il allait falloir arrêter de rigoler et accepter la réalité…

On n’a pas toujours la grossesse qu’on imaginait

Et la réalité, c’est celle-ci. On a beau faire de jolis plans sur la comète (« Ma grossesse ne m’empêchera pas de vivre, ça ne changera rien à mon quotidien, je vais travailler jusqu’au bout, voire décaler la prise de mon congé maternité pour partir deux semaines plus tard, et avoir deux semaines de plus après l’accouchement pour profiter de mon bébé… »), bah on n’a pas toujours ce que l’on veut. Et y renoncer peut parfois être difficile.

Accepter d’être arrêtée définitivement à 5 mois de grossesse (ou plutôt 3 mois, en fait, ça dépend de si on compte les trois ridicules jours de travail que j’ai faits avant d’avoir tous les médecins contre moi, puisque j’ai chopé une rhino-pharyngite suite à cette reprise), ce n’est pas toujours facile.

C’est simple : je le vis un peu comme un échec. Un échec dans mon rôle de femme. Bah oui, mon corps n’est pas capable de vivre une grossesse sans que je ne doive adapter mon style de vie. Être arrêtée dans le cadre d’une grossesse à risque, je l’aurais accepté (enfin, je crois), mais là, ma grossesse est normale, c’est juste mon corps qui ne suit pas le rythme. J’ai l’impression de lâcher mes collègues, de profiter du système de santé… Bref, je culpabilise.

Alors, après avoir lu tout ça, tu dois te dire : « Elle, lâcher prise ? Pfff… Ça n’en a vraiment pas l’air. »

Oui, dans cet article, j’ai repris toutes les difficultés que j’avais rencontrées. Oui, j’ai encore du mal à accepter d’être arrêtée, même si je n’ai plus le choix (trente minutes de remontage de bretelles par ma sage-femme m’ont vaccinée : j’ai décidé d’arrêter de m’opposer aux décisions du corps médical). Oui, j’aurai passé presque toute ma grossesse en arrêt de travail.

Mais oui, j’ai de la chance, car ma grossesse se déroule bien, et bébé est en pleine forme. Oui, j’aimerais me souvenir de cette grossesse comme d’un joli moment, et non comme d’un calvaire perpétuel. Oui, je ne suis pas alitée, donc je suis plutôt libre de mes mouvements : je peux cuisiner, faire du sport prénatal, préparer l’arrivée de bébé.

Et la finalité dans tout ça, c’est d’avoir un bébé en bonne santé, non ? Alors mes besoins d’indépendance, ma « conscience professionnelle » (comme dit ma sage-femme), mon « féminisme »… Tout ça, finalement, ça peut attendre.

Et toi ? Tu as aussi été arrêtée très tôt dans ta grossesse ? Comment l’as-tu vécu ? As-tu aussi eu l’impression de perdre le contrôle durant ces neuf mois ? Viens raconter ton expérience !

Toi aussi, ça te plairait de nous raconter ta grossesse mois après mois ? Toutes les infos pour devenir chroniqueuse grossesse, c’est par ici !

A propos de l’auteur

Mariée a un mari hyper protecteur depuis ma grossesse extra utérine j'ai commencé par être piquée par le virus des blogs grâce à mademoiselle dentelle avant de découvrir les deux autres blogs "Dans ma tribu" et "Sous notre toit". Je suis la maman chat d'une grande minette de salon qui ne porte de félin que le nom. Mais surtout la maman comblée de Petit Habitant et Petit Excité qui ont 18 mois d'écart. Je viens te raconter mon quotidien de maman et mes grossesses qui pourraient mieux se passer 😉 !