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Tu es une fille – Lettre ouverte à PetitePerle

PetitePerle,

J’ai eu tellement de mal à écrire cet article. A être juste sans te faire peur. Je voulais destiner ce billet aux lectrices mais les premiers mots qui me viennent te sont adressés.

Source : Pexels

Je me rappellerais toute ma vie de ce jour où Docteur Gynécologue nous a annoncé « une petite puce ». J’étais ravie, le prénom était déjà choisi bien avant que tu ne te retrouve au chaud dans mon ventre.

Et puis j’ai réfléchi à la relation que nous allions avoir toutes les deux. Tout le monde me disait qu’une petite fille était collée à son papa, était dans la rivalité avec sa maman. J’ai souvent été bien plus proche de mon papa que de ma maman mais je n’ai jamais eu de rivalité pour elle. Elle est ma mère, je suis sa fille. Point. J’ai toujours adoré sa façon de s’habiller, si féminine et élégante. Elle était pour moi un modèle.

Ma maman

Elle me parle souvent de la relation qu’elle avait avec sa mère, à une époque où, dans une famille nombreuse de dix enfants, sa mère lui apprenait à être une bonne femme de maison. Elle sait récurer à la perfection une cuisine, repasser une chemise délicate ou cuire un filet mignon. Jamais elle n’a eu de relation privilégiée ou tendre avec sa maman.

Elle me raconte souvent comment un jour, jeune adolescente, elle est arrivée en pleurant chez ses parents sur son vélo, le pantalon blanc tâché de sang et qu’elle hurlait qu’elle allait mourir. Sa mère lui a ri au nez en lui disant que c’était des trucs de femme, sans lui en expliquer plus.

Ma maman n’a pas été très câline avec moi. Avec le recul, comment lui en vouloir avec des triplées ? Mais elle a toujours été très prévenante. Elle m’a parlé rapidement des règles, des changements que mon corps allait subir. Je savais que je pouvais lui confier beaucoup de choses et que c’est ce qu’elle attendait. Ma première visite chez le gynécologue pour prendre la pilule, c’était avec elle à mes côtés.

Ma maman s’est secrètement élevée contre le modèle patriarcal et sexiste dans lequel elle a grandi. Elle m’a toujours dit de ne JAMAIS dépendre d’un homme. Elle m’a toujours poussée à être une femme accomplie, épanouie et indépendante.

Je ne me sens pas féministe car pour moi, cela est non-sens. Je ne m’étendrais pas car ce n’est pas ici le sujet.

Papa vs. Maman

Papa est un peu bourrin. Il pense que si tu te prends une claque, tu dois la rendre en plus fort. Je ne partage pas cette idée, mais soit ! Il admire beaucoup ton indépendance et ton caractère affirmé. Pour ça, tu lui ressemble énormément. Mais vous n’avez pas du tout la relation utlra-fusionnelle que tout le monde m’annonçait.

Je suis plutôt dans la pédagogie bienveillante. J’essaie de te donner confiance en toi, valoriser des réussites et te prouver que rien ne t’es impossible. Je pense qu’on apprend beaucoup de nos échecs ou de nos erreurs.

La relation fusionnelle c’est avec moi. Est-ce que l’accouchement difficile nous a rapprochées ? Certainement. Nous nous sommes apprivoisées l’une et l’autre et je suis persuadée que ce temps de connaissance et de rencontre a créé un lien particulier entre nous.

Tout ce que je veux te dire

Je suis terrorisée par tout ce que tu devras subir, ma fille. Je ne pourrais pas te protéger de tout et cela me rend malade. Je ne pourrais pas t’empêcher d’avoir peur quand tu rentrera seule soir, je ne pourrais pas t’empêcher d’avoir des peines de cœur ou des amitiés difficile.

Mais je pourrais te donner les billes pour être plus forte dans cette société machiste et sexiste. Et accessoirement péter les genoux de celui ou celle qui te fera du mal.

Je sais que tu devras lutter pour gagner autant qu’un homme, que tu devras être sans pitié car tu seras moins crédible qu’un homme.

Je veux que tu sois une guerrière ma chérie.

Je ne veux pas forcément que tu fasse de longues études, juste que tu sois heureuse dans ton travail. Je ne veux pas forcément que tu gagne des millions (quoique pour payer la retraite de ta vieille maman…) mais que tu puisse vivre convenablement sans compter les euros à la fin du mois.

Je ne veux pas que porter cette jupe te fasse craindre des jugements.

Je ne veux pas que tu aies peur de ton corps. Ton père a été élevé dans le secret des menstruations : avec deux grandes sœurs à la maison, il n’avait jamais vu un tampon de sa vie. Il estime que c’est sale. Alors que j’hurle au scandale quand, dans les publicités, on nous montre le joli liquide bleu remplaçant le sang des règles. Je t’apprendrais à utiliser une coupe menstruelle si te le souhaite (c’est grâce à mes copines chroniqueuses que j’ai dis adieu aux tampons !). Tu verras qu’il n’y a AUCUN tabou sur ton corps de fille. D’ailleurs, tu as eu des mini-règles le lendemain de ta naissance, et même une montée de lait. J’avais regardé avec étonnement ces petites gouttes perler de ton petit téton légèrement gonflé !

J’ai parfois regretté que tu ne naisse pas avec une paire de testicules. Voilà c’est dit. Et ça me fait mal au cœur. Même ton père s’accorde à dire que tout est souvent plus facile pour un garçon… Mais c’est à toi de changer la société de demain ! C’est ton futur devoir de citoyenne !

 

C’est terrible car en écrivant cet article, j’ai l’impression de préparer un champion pour un combat de boxe. Je me sens comme le vieil entraîneur expérimenté qui va lâcher son poulain sur le ring de la vie (punaise c’est magnifique ce que j’écris…)

J’espère ne pas t’avoir fait trop peur, et sache que maman et papa seront toujours là pour toi.

Source : Pexels

Et toi ? Pense-tu qu’il est difficile d’élever une petite fille dans notre société ? Est-ce vraiment plus facile avec un garçon ? Quelle image de la femme veux-tu donner à ton enfant ?

A propos de l’auteur

Salut moi c'est Doupiou ! Je suis mariée, maman d'une PetitePerle née à l'été 2015 et d'un petit Barbouille né peu avant le printemps 2018. Tatouée, motarde, fan de foot mais aussi très coquette, addict aux robes et aux talons : je suis pleine de contradictions ! Je viens ici te raconter mon quotidien avec mes deux enfants et mes expériences de la parentalité. J'essaie toujours de positiver !