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A la une / Récit d'accouchement

Une maternité d’enfer – Partie 1

Ce séjour, ce long séjour sera l’événement le plus douloureux de ma grossesse. Mais en même temps je partais avec un a priori assez négatif sur ce service. En effet c’est de mon point de vue un service dans lequel se côtoie trop de territoires professionnels (infirmières, puéricultrices, sages-femmes, gynécologues, pédiatres auxiliaires de puériculture, aides-soignants, ash…) sans compter tous les intervenants occasionnels (diabétologues,  anesthésistes et infirmiers anesthésistes, diététiciens, psychologues, assistantes sociales …).

Enfin bon, c’est assez souvent un joyeux bocson (de ce que j’ai pu observer) et c’est vrai que je m’attendais contrairement à certaines à avoir des différences de discours puisque chaque corps professionnel a aussi sa culture. Finalement ce n’est même pas ça qui a été le plus choquant durant ce séjour.

Le retour en chambre

Crédits photo (creative commons) : Corgaasbeek:

Je viens d’avoir ma césarienne, un essai de tétée d’accueil, peu concluant. Je remonte en chambre avec le brancardier et mon gynécologue.  Je retrouve donc l’homme et le Haricot. Le Haricot dort, et l’homme le regarde ébahi, il est aux anges. Je suis un petit peu plus perplexe. Je t’avoue que là tout de suite, je ne me sens pas transportée par sa présence, d’autant plus qu’il a vraiment une drôle de tête. Je le regarde dormir et moi aussi je m’endors…

L’infirmière arrive avec l’auxiliaire de puériculture et se présente. Elles prennent mes constantes, vérifient mon involution et ma hauteur utérine, mes lochies, mes seins me font une petite toilette, me réinstalle. Elles me donnent  aussi des antalgiques à prendre en systématique les premiers jours. Cette scène dure 20 min, elles sortent la porte se ferme, le silence…..

15 minutes plus tard, la sage-femme arrive se présente, fait son entretien d’accueil, veut revérifier mon involution (qui vient d’être fait il y a 15 min). Je fais donc de la résistance en lui précisant que c’était très douloureux et qu’on venait juste de faire la vérification. Elle s’agace, j’entends même un : « Ah ces soignants, quand c’est à l’hôpital ça croit toujours tout savoir ». J’écourte l’entretien, je lui dis que j’ai vraiment besoin de dormir.

La porte se ferme, le silence….

15 minutes plus tard, la cadre sage-femme arrive et me remonte les bretelles, j’aurais paraît- il été agressive avec sa collègue, elle ne le tolère pas. Je lui rappelle qu’il y’a un temps de repos nécessaire entre les vérifications. Que de plus, j’avais pas mal saigné au bloc, il serait donc malvenu, d’exclure ce temps de repos. Elle me dit que ce n’est pas à moi de décider, je le comprends, je lui fais juste remarquer que j’ai mal et que je voudrais juste qu’on me laisse dormir. Elles feront la vérification au prochain tour et s’arrangeront avec l’infirmière pour ne pas doubler inutilement le soin.

La porte se ferme le silence…

Il est 16h. J’ai accouché à 11h, je n’ai eu qu’une mini tétée d’accueil. Mon fils dort toujours. J’appelle, la sage-femme mais elle ne se déplace pas et me demande par l’interphone ce que je veux. Je lui réponds que mon fils n’a pas tétée depuis un moment, que je suis diabétique, que je m’inquiète pour sa glycémie (déjà limite au dernier tour). Elle me répond qu’elle connaît son travail et qu’on ne réveille pas un enfant qui dort. Je n’ai pas le temps d’objecter elle raccroche. Vaille que vaille, je prends mon fils et tente de le faire téter. La douleur, l’affreuse est de retour, j’ai l’impression que mon sein est pris dans des tenailles, puis, qu’on y enfonce des aiguilles.

Je remarque aussi que le Haricot n’est pas content, au début assez mou, il semble réunir ses dernières forces pour téter, mais rien ne semble sortir. Je rappelle, je tombe sur l’infirmière, je lui explique. Je lui dis qu’il faut lui refaire une glycémie.  Elle appelle la puéricultrice, après la mesure, elles se regardent, l’infirmière sort pendant que la puéricultrice stimule mon fils pour le mettre au sein. Elle n’y arrive pas. Elle me dit qu’il va falloir orienter mon fils vers la néonatalogie. Sa glycémie est trop basse. Il ne veut pas prendre le sein. Je sors de mes gonds et pointe leurs incompétences, dans une tirade mêlée de jurons et de pleurs. J’ai beau ne pas être transportée dans un tourbillon d’amour passionnel, je n’ai aucune envie qu’il soit loin de moi.

Crédits photo  (creative commons) : Brooke Raymond

Je leur propose de garder mon bébé auprès de moi tant qu’elles ne mettront en place que des compléments (De toute façon, même s’ils le perfusent dans la foulée, ils vont d’abord essayer de lui donner des compléments, pas besoin de néonatalogie pour du resucrage per os). Si son état ne s’améliore pas, alors j’accepterai qu’il aille en néonatalogie. Vu ma veine tu te doutes que ça n’a pas été le cas. Elles reviennent chercher le Haricot et l’emmènent accompagné de mon mari. Les consignes sont claires, pas de biberon, le complément sera donné à la seringue, pas d’essai de perfusion plus de deux fois.

Mon fils s’en va avec mon mari, je me maudis d’avoir pensé qu’il avait une drôle de tête.

Mon mari m’appelle : « Ils ne veulent pas que je reste avec lui pendant la perfusion c’est normal ? » Il n’ose pas s’imposer. Je demande donc à rejoindre mon mari et mon fils. Hors de question me dit-on, je ne dois pas bouger.

J’insiste

Elle refuse.

J’insiste encore

Elle refuse toujours

Je crie, je pleure, elle cède et va me chercher un fauteuil.

Le temps que j’arrive, Elles avaient déjà perfusé mon fils. La g… a essayé 4 fois en tout, sans passer la main, je bous, j’en veux à mon mari.

Il est 3h du matin, je suis épuisée, Haricot aussi, l’homme aussi.

La lumière s’allume, j’émerge difficilement, normal il est 4h. L’infirmière vient recontrôler la glycémie de mon fils, elle est encore très basse. Elle le resucre, lui parle, réexplique la perfusion à mon fils, pourquoi elle a essayé plusieurs fois, et pourquoi elle n’a pu faire autrement. C’est à lui qu’elle parle, mais c’est moi que ça apaise (je range donc discrètement le scalpel que j’avais pris pour me venger). Elle ne méritait peut-être pas le titre de garce suprême finalement (On gardera juste garce ).

Si tu me situes, c’est notre première nuit en néonat. L’infirmière passe toutes les heures jusqu’à 8h puis ensuite ce sera toutes les 2h etc…Moi je fais l’aller-retour entre ma chambre et le service. Donc entre 0h et 6h Je propose à mon mari de dormir. Haricot dort contre moi, sous ce profil il est bien plus joli, mais quelque chose me chiffonne toujours. Je ne sais pas encore trop ce que c’est.

A 6h j’appelle, l’aide-soignante du service, vient me raccompagner dans ma chambre. Au tour de constante ma glycémie est catastrophique 0,4. Je ne l’ai même pas sentie. Je me resucre, diminue ma dose d’insuline. 15 min plus tard, 0.42. Je la recontrôle.0.41. je me resucre et enlève ma pompe à insuline. 20 minutes plus tard, je suis à peine à 0,6. Je me sens moins mal et m’endors.

Il est 8h, le petit déjeuner arrive, je suis à 0.4. Je demande de la confiture. On m’objecte que je suis diabétique. Oui mais là je suis en hypoglycémie. Elle vérifie avec l’infirmière, je peux avaler autant de confiture que je veux.

Je mange, me douche et appelle pour qu’on m’emmène en néonat. Elles sont embêtées, il leur manque quelqu’un, elles n’ont pas le temps tout de suite. Je les comprends.

Je me lève et j’avance vers le service qui heureusement pour moi n’est pas très loin. J’ai mal. En arrivant mon mari, s’énerve parce que je me suis levée seule mais je m’en fiche un peu. Il est hors de question que je reste dans ma chambre à regarder les murs. Il décide de rentrer prendre un petit déjeuner et se doucher, peut-être même faire une sieste. Il reviendra une heure plus tard. Il me dit qu’il lui était impossible d’attendre à la maison, il comprend que j’ai du mal à rester dans ma chambre en maternité. Il repartira vers 17h pour revenir vers 22h et rester la nuit avec nous. On a trouvé notre rythme, celui où personne ne dort (rassure toi on aura tout le temps de le regretter).

Petit homme restera 3 jours en néonat, jusqu’à la disparition des hypoglycémies. Par la suite nous serons placés le Haricot et moi en unité kangourou. L’unité kangourou a pour but de favoriser le lien mère-enfant dans des situations où il y aurait pu/dû avoir une séparation.

En y arrivant, je comprends qu’on ne sortira pas rapidement de cet enfer. Oui pour moi les premiers jours c’était l’enfer. Devoir se battre pour tout, avoir l’œil sur tout, alors que la seule chose dont j’avais vraiment besoin était de dormir, m’a fichu un coup. Je me suis demandé pendant longtemps si c’était pareil pour tout le monde ou si j’avais un niveau d’exigence élevé. Le pire c’est qu’à ce moment-là je pensais qu’on avait passé le pire.

A propos de l’auteur

Je suis une fille ( ça j'en suis sûre!), jeune ( faut le dire vite.) drôle ( oui, même si je suis la seule à rire ) Je suis enceinte de mon premier humain miniature, et je vis cette grossesse plutôt au jour le jour. Disons que comme il était pas prévu pour tout de suite, on a pas eu le temps de faire un power point avec plan détaillé. Je viendrais donc m'épancher ici sur cet état soi-disant merveilleux qu'est la grossesse.