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A la une / Témoignage

Quand j’ai appris que les fausses couches précoces étaient si courantes…

J’aimerais parler d’un des plus grands tabous de la grossesse : la fausse-couche. Quand on s’est lancé dans l’aventure bébé avec mon mari, on connaissait déjà ce chiffre, comme une épée de Damoclès : 20% des grossesses se terminent en fausse-couche sur les trois premiers mois. C’est triste, mais on s’y était préparé. C’est un risque à prendre, on croisera les doigts et on ne restera surtout pas tout seuls.

Ce qu’on ne savait pas, c’est qu’il y a un deuxième chiffre qui est plus inquiétant : il y a 50% de fausses-couches sur les deux premières semaines de grossesse…

Apprendre ces risques de fausse-couche à nos dépends…

Jour J

J’ai la surprise de voir un + sur mon test urinaire. Je m’étais imaginée cet instant pendant des mois. J’étais sûre que j’allais me mettre à pleurer, sauter de joie, etc. Mais je me sens surtout sentie vide d’émotions. Je me répète que je me trompe sans doute, et que je lis mal le test. Pour être sûre, j’en refais un dans la journée, positif également, mais je n’arrive toujours pas à y croire ! Je ne peux pas croire que je sois enceinte car, à part l’absence de règles, je n’ai aucun symptômes…

Je décide d’appeler mon médecin pour qu’il confirme la grossesse par une prise de sang. L’assistante médicale est très surprise que je sois si pressée de confirmer par un test sanguin du fait qu’il s’agisse d’une grossesse désirée. Elle me rassure en m’affirmant que les tests urinaires positifs sont fiables, et que je peux vraiment me considérer comme enceinte, que ça arrive de ne pas avoir de symptômes évidents, etc. Elle est vraiment très gentille et compréhensive, et me propose de revenir le lendemain pour la prise de sang.

Puisque l’assistante semble si sûre, c’est sans doute moi, avec ma toute première expérience de grossesse, qui suis un peu perdue. Je décide de faire mon annonce à mon mari le soir, avec une jolie lettre de bébé qui lui annonce qu’il va être papa. Je lui précise que j’ai rendez-vous le lendemain pour confirmer cette grossesse, mais que tout devrait être normal. On passe une merveilleuse soirée, à se projeter, à parler prénoms, déco, annonces aux familles, etc.

Jour J+1

Comme prévu, je vais faire cette prise de sang. On m’avertit que j’aurais la réponse le lendemain. Je passe le reste de l’après-midi à faire les boutiques, à regarder les vêtements de grossesse ou pour enfants, à feuilleter des livres sur le sujet, sans rien acheter par superstition.

Le soir, je constate que j’ai quelques pertes de sang. Je suis vite inquiète, mais je sais que ça peut être des règles anniversaire alors je ne panique pas trop. Mais au fond, je me prépare à le voir partir.

Les règles anniversaire, c’est quoi ?

Il arrive que certaines femmes subissent un phénomène très peu connu nommé « règles anniversaire ». Il s’agit d’un léger saignement, survenant à la date théorique des règles chez la femme enceinte. Généralement, ce phénomène survient chez les femmes ayant déjà eu plus d’un enfant, mais cela peut aussi arriver chez les femmes qui connaissent leur première grossesse. Ces règles anniversaire peuvent souvent être très abondantes ou juste être de petites taches de couleur un peu claire ou marron.

fausse couche précoce : quelque chose de courant qu'on nous dit si peu

Crédits photo (creative commons) : b0jangles

Jour J+2

En me levant le matin, je sais que quelque chose cloche. J’ai mal au ventre comme pour lors de mes menstruations, et mes pertes de sang sont plus importantes que la veille. Je décide d’avoir la confirmation du test sanguin avant de m’alerter. Si ça trouve, ce sont mes vraies règles et ça prouverait que je ne sais vraiment pas lire un test de grossesse… Pourtant, dans la matinée, je reçois un message de mon médecin qui confirme ma grossesse d’une semaine !

J’éclate alors en sanglots dans les bras d’une amie lui apprenant « l’heureuse » nouvelle et ma quasi-certitude que j’allais le perdre dans la journée. Je téléphone aux urgences gynécologiques, qui confirment mes inquiétudes. Même si c’est un processus naturel, il est préférable que je m’y rende pour être certain qu’il n’y aura pas de complication, surtout que mes saignements deviennent de plus en plus abondants.

La fin est sans surprise. La doctoresse certifie que j’ai fait une fausse couche. C’est avec beaucoup de douceur et de tact qu’elle nous apprend que c’est tout à fait normal, et que 50% des grossesses se terminent ainsi dans les deux premières semaines. En général, ces fausses-couches passent inaperçues, car on les confond avec des règles abondantes (mouais, les miennes étaient brunes avec plein de caillots dégueux, je ne vois pas comment j’aurais pu confondre). Elle nous dit également que dans leur jargon, ils appellent ça une « grossesse chimique ». Sans l’exprimer clairement, elle essaie de nous faire comprendre qu’il n’y a pas eu de grossesse réellement, il n’y a eu qu’une réaction chimique, rien de plus. Elle termine avec plein de douceur, de réconfort et des mots d’encouragement.

Nous rentrons chez nous, déçus et tristes évidemment. On pleure dans les bras l’un de l’autre. On y avait tellement cru. Pourtant, nous sommes conscients que mon corps a fait un bon boulot en ne laissant pas s’installer un fœtus non-viable. On se console comme on peut, en se disant que le prochain sera le bon. Nous appelons nos amis et famille pour nous aider. Et on parle avec eux. Et on parle, et on parle, et on parle beaucoup.

Pourquoi tant de désinformation ?

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi notre société insiste tant à nous faire croire que la grossesse, c’est tout rose, avec des papillons et des licornes. Pourquoi j’ai dû activement chercher pour connaître ces 20% de fausses-couches sur les trois premiers mois ? Pourquoi je n’ai jamais entendu parler de ce 50% sur les deux premières semaines ?

Évidemment, le conseil de ne pas faire de test avant deux semaines de retard s’éclaire soudain. Ce n’est pas parce que le test n’est pas fiable de suite : c’est seulement que le risque de fausse-couche se faisant passer pour des règles est trop élevé pendant ces deux semaines !

Après la tristesse, je me sens indignée. Pourquoi on ne nous prévient pas ? Paraît-il que c’est pour préserver les femmes, que c’est horrible de faire un enfant avec ces épées de Damoclès au-dessus de nos têtes, que c’est plus simple de dire qu’il n’y a pas eu de fausse-couche.

J’ai été enceinte pendant une semaine. Je n’ai pas peur de le dire, et je n’en ressens aucune honte. Je n’aime pas qu’on me cache la réalité sur mon corps, sous prétexte qu’on ne me juge pas apte à affronter la vérité. On cache les réalités de la grossesse, on fait des montagnes pour des processus naturels et sains. La conséquence est qu’on se sent seul quand ça nous arrive. La culpabilité n’est jamais loin et surtout on est choqué d’apprendre la réalité de cette façon. Nous nous sommes sentis terriblement bêtes et ignares. Heureusement, tous les professionnels de santé que nous avons croisés ont tous été compréhensifs, plein de tact et réconfortants.

Notre entourage a été très étonné que nous en parlions si ouvertement. Je ne comprends pas. La grossesse, les fausses-couches, les douleurs, la joie… ce sont des choses naturelles. Pourquoi ces tabous ? Pourquoi avons-nous donc peur à ce point de communiquer sur ces sujets ? J’ai besoin d’en parler. J’ai besoin d’attirer l’attention sur ce sujet et de dire « Hey ! Ça m’est arrivé et je sais que je suis pas la seule ». Est-ce que la tristesse aurait été atténuée si nous savions dès le début qu’il n’y avait qu’une chance sur deux pour qu’il s’accroche ? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Mais je crois par contre que je ne me serais pas sentie aussi choquée.

Ce que nous a appris cette épreuve

Paradoxalement, mon mari est plus affecté que moi. Peut-être parce que c’est mon corps et que je comprends très bien le travail qu’il a fait, pour lequel je l’ai remercié. Il ne faut pas oublier que le rôle de « spectateur » est tout aussi difficile et lourd à porter.

Il m’a dit en me serrant fort contre lui : « J’avais peur de ne pas être prêt à être papa. Vu comme je suis affecté, vu comme j’ai mal qu’il soit si vite parti, je sais maintenant que je suis prêt. Je n’éprouve aucun soulagement, aucun réconfort à me dire que c’était sans doute trop tôt. J’ai trop d’amour à lui donner… ».

Nous réalisons également que ça avait fonctionné. Ouaip, rien que ça. Nous sommes fertiles tous les deux, et ça, c’est quand même une grande nouvelle après 5 mois d’essai ! Je suis beaucoup plus sereine maintenant. Je sais que je n’ai pas de problème, que ce n’est pas de ma faute. J’ai beaucoup moins cette pression sur les épaules.

Nous sommes aussi heureux qu’il soit parti si vite. Même en ne se projetant que pendant 2 jours, la douleur et la tristesse étaient intenses. Nous avons une pensée sincère pour tous les couples qui le perdent à 3 mois et plus…

Et enfin, la dernière leçon : je vais éviter les ascenseurs émotionnels en attendant 2 semaines de retard avant de faire un test de grossesse.

La vie est quelque chose de merveilleux, mais aussi d’horriblement complexe. En fait, c’est sans doute la chose la plus complexe dans l’univers ! Et comme très souvent en biologie, il faut d’innombrables ratés pour une réussite. C’est ce qui fait le miracle de la vie. Nous avons appris dans la douleur quelques réalités. Loin de nous abattre, nous sommes prêts plus que jamais à relever le défi. Cette épreuve, aussi courte et aussi intense qu’elle a été, a renforcé notre couple et notre désir d’être parents.

Et toi ? Tu as vécu une fausse-couche après avoir fait un test de grossesse très précoce ? Tu connaissais ces chiffres ? Viens en discuter !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

J'ai 25 ans et viens tout juste de me marier. Nous vivons tous les deux en Suisse avec nos deux chats, mais nous aimerions beaucoup agrandir la famille ! J'adore la couture, le bricolage, le steampunk, les jeux vidéos, la cuisine... bref, je ne m'ennuie jamais !