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A la une / Vie de maman

Le corps des femmes

Dernièrement, je discutais avec une proche, qui m’a dit avoir eu recours à une IVG. Cette discussion m’a interpellé, car c’est la quatrième femme dans mon entourage direct. Alors j’ai vérifié. Il y a environ 220 000 IVG par an en France. Soit environ une grossesse sur cinq. 20% des grossesses se terminent donc en IVG. Ce chiffre me semble tellement énorme… Cela m’interroge sur la place de la femme, du corps des femmes, de la manipulation qui en est faite et du poids de la culpabilité résiduelle qu’il peut y avoir.

Celles que je connais

La première femme que je connais qui y a eu recours, c’était ma grand-mère. Elle ne m’en a jamais parlé directement, cela fait partie des secrets de famille. Ma grand-mère et mon grand-père avaient déjà deux enfants, et compte-tenu de leurs revenus et de leurs conditions de vie, ne souhaitaient pas agrandir leur famille. A l’époque, la contraception hormonale était inexistante (la pilule a été légalisée en 1967), et les IVG tout aussi interdites (jusqu’en 1975). Cette IVG avait alors été réalisée au début des années soixante, par l’une de celles qu’on appelait alors les faiseuses d’ange. Ma grand-mère a failli mourir d’hémorragie. Je n’ai jamais su exactement comment elle avait été soignée, ce qu’il s’était réellement passé, mais je sais que mon grand-père avait décrété que si un nouvel enfant devait arriver, ils l’accueilleraient, parce qu’il était inconcevable que sa femme risque une nouvelle fois sa vie.

La seconde femme que je connais y a eu recours un peu plus tard, au début des années 1970. Comme c’était encore interdit en France, et que c’était encore une adolescente, ses parents l’ont conduit en Angleterre, avec les frais et la logistique qu’un tel voyage posait à l’époque.

Les deux dernières que je connais sont des amies, des jeunes femmes dynamiques, qui ont une trentaine d’années. L’IVG s’est imposé à elles car ce n’était pas le bon moment pour avoir un enfant, pour des raisons de stabilité de couple, de stabilité professionnelle ou financière. L’une d’elle, malgré le fait que ce soit un acte médicalisé, a failli mourir d’hémorragie interne (oui, même au XXIème siècle…).

Crédit photo : Kat Smith

Mon point de vue sur la question

Jusqu’à être enceinte de Choupinette, les IVG ne me perturbaient pas plus que ça, bien que je sois catholique et que l’Eglise soit extrêmement claire sur le sujet. En gros, une grossesse non voulue n’est pas un bébé potentiel, et voilà. Ma mère m’avait répété que si je tombais (boum !) enceinte pendant mes études, il n’y avait pas vraiment d’option possible, et que je ne pourrai pas garder le bébé. Que pour faire un bébé, il fallait un couple stable et une situation idéale (comme si elle existait !). J’ai porté Choupinette, je lui ai donné la vie. Je me suis extasié pendant des semaines sur la facilité apparente qu’une simple fusion de gamètes puisse créer un mini-être. Et je me suis interrogée : est-ce que l’IVG consiste juste à décrocher un embryon qui n’est pas un être humain ? Je ne sais pas.

Je n’ai, par bonheur, jamais eu à faire ce choix. Mais l’une de mes amies qui a eu à le faire m’a dit « tu sais, notre enfant aurait eu 4 ans et demi. Il serait déjà à l’école. C’est un choix affreux que nous avons du faire, c’est dur physiquement sur le coup, et maintenant encore, c’est dur quand on y pense. » Alors il me semble que ce que les médias « mainstream » ont tendance à nous présenter comme un choix binaire « oui, tu le gardes et tu l’assumes, non, tu ne le gardes pas et tu passes à autre chose » est bien trop simpliste. J’en ai déjà discuté avec M. Tad, alors même que je suis enceinte de Numérobis (qui est un bébé désiré) : nous ne souhaitons (pour le moment) pas avoir de troisième enfant. Mais si un petit troisième s’invitait par surprise (et même un 4ème), nous l’accueillerions. Parce que nous avons la capacité de le faire, et parce que je refuse d’être confrontée à une décision que je pense ne pas pouvoir assumer. Et si plus tard, Choupinette est enceinte par accident, j’espère pouvoir lui prêter une oreille attentive, et lui apporter le soutien nécessaire pour qu’elle fasse un choix éclairé, qu’elle ne regrettera pas. Et quel que soit son choix, je serai là pour l’épauler.

La place des hommes

La responsabilité de l’IVG  porte sur la femme. Déjà, parce que c’est elle qui la subit dans sa chair. C’est elle qui va devoir au mieux avaler un médicament et souffrir, au pire, subir un acte chirurgical et… souffrir. Si elle a de la « chance », son compagnon sera là pour la soutenir, et ne lui dictera pas sa conduite sous forme de « bon ben tu avortes, on n’en veut pas de cet enfant ». Ont-ils le droit de donner leur avis sur le sujet du corps de leur compagne ? Oui je crois, mais dans ce cas, quelle est leur place en temps que géniteur ? Un choix à 50% ? Comment se positionner par rapport à la paternité potentiellement imposée ?

Trop souvent, le contrôle des naissances porte sur les femmes, l’homme faisant confiance à sa compagne pour assurer et assumer cette responsabilité. Les contraceptifs hormonaux, qui font gonfler, qui ont des effets secondaires néfastes, c’est une histoire de bonnes femmes, puisqu’eux, ne peuvent pas tomber enceinte. Sauf que… Pourquoi les hommes ont le droit de voter des lois à la place des femmes sur ce genre de problème de société, si eux-mêmes ne prennent pas en charge une partie de cette responsabilité ? Cela pourrait passer par exemple par l’apparition (enfin ?) d’une pilule pour hommes. Comme ça, la responsabilité serait partagée. Sauf que les premiers essais cliniques montrent des effets secondaires indésirables (acné, prise de poids, irritabilité, troubles de l’humeur ou encore baisse de la libido… ça t’évoque quelque chose de connu ?!). Il y a aussi le préservatif, qui certes n’est pas sexy ni agréable dans un couple stable, mais qui au moins, présente les mêmes inconvénients pour les deux membres du couple.

Enfin, pour ceux qui ne souhaitent plus d’enfant, il existe la contraception masculine définitive (vasectomie), qui est beaucoup moins lourde en terme d’acte chirurgical qu’une ligature des trompes et est réversible dans 80% des cas. Et, cerise sur le gâteau de l’inégalité, un homme qui, en France, a recours à la vasectomie, est autorisé à conserver son sperme. Alors que la conservation des ovocytes est interdite pour les femmes qui ont recours à une ligature (ou obturation) des trompes. Bref, on a encore du chemin à faire sur ces sujets là…

Et toi, quel est ton point de vue sur le sujet ? Est-ce que tu penses que les femmes doivent être les seules responsables puisqu’elles portent les enfants, ou que leurs compagnons doivent au contraire s’impliquer beaucoup plus ?

A propos de l’auteur

Je suis Rigel, mariée, maman d'une Choupinette née début 2016, et de Numérobis, de début 2018. Je n'aime pas le matin et le dimanche soir. J'aime les plannings bien organisés, le sport et le chocolat.