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La valse des échographies


Publié le 9 janvier 2020 par Lin Li-Aï

Nous sommes en juin, 13 jours après mon ovulation du Japon.

J’ai juré à Chéri que je ne ferais pas de tests en avance. J’ai juré que j’attendrais patiemment l’arrivée de mes règles. J’ai juré que non, je n’irais pas acheter un test de grossesse digital qui est fiable jusqu’à 4 jours avant la date supposée des règles.

Je peux bien tenir une journée, une toute petite journée de rien du tout.

La journée se passe bien et surtout, elle passe vite : nous passons l’après-midi dans un parc avec ma belle-famille. Nous rentrons, il est déjà tard.

Sauf que je fonds en larmes dans les bras de Chéri : j’ai toujours un test dans le placard de la salle de bain. Je ne peux pas attendre demain que mes règles arrivent (ou non). J’ai besoin de faire le test et si c’est négatif, au moins je n’attends pas plusieurs jours pleine d’espoir pour rien.

La nuit où tout a basculé

Chéri a choisi de me soutenir dans tous les cas : si je veux faire un test plutôt que d’attendre mes règles, aucun souci. Il a juste peur que je sois encore déçue comme toutes les autres fois où le test est revenu négatif.

Il est 4h du matin quand j’ai une envie pressante : mince que faire ? Je fais le test maintenant ? Si je ne le fais pas, est-ce que mon urine sera assez concentré quand je souhaiterais le faire au réveil dans moins de 3h ? Je réveille Chéri qui grommèle « fais ce que tu veux » et qui se recouche aussitôt.

Tant pis, je ne peux plus attendre, je pars faire mon test. J’ai beau avoir fait au moins 10 tests (1ère grossesse comprise), je relis attentivement la notice.

Et c’est parti…. Il faut attendre en théorie 3 à 5 min…. Moins d’une minute après, tremblante, je vois le résultat s’afficher «  CHERI, JE SUIS ENCEINTE » hurlant à travers la porte des WC.

Crédit photo (creative commons) : Julia Fiedler – Pixabay

Il ne répond pas. Il s’est rendormi.

Je débarque en 10 secondes dans la chambre, le test en main et je réveille Chéri, je passe 10 min à lui demander de relire le test, de me confirmer que je ne suis pas folle, de me confirmer que je suis enceinte.

Je suis sonnée. Heureuse mais j’ai très très peur. Être tombée enceinte au Japon, c’est trop beau. Forcément, il va m’arriver quelque chose : ça ne peut PAS bien se passer.

Chéri est confiant : peu de chance que ça se reproduise.

Quand l’angoisse s’installe

Je fais une prise de sang qui confirmera la grossesse. Mon résultat en poche, je pars à mon rendez-vous gynécologue (rappelle-toi, pour démarrer le Clomid) : je lui annonce et elle est ravie, me rassure sur les chiffres des fausses couches multiples. Je n’arrive pas à me calmer. L’angoisse est complètement ancrée en moi.

Elle me propose un deal : on fait une echo de datation vers 6 SA pour voir s’il y a un cœur puis une à 9SA (date à laquelle ma première grossesse s’est terminée) ET elle me donne une ordonnance pour faire une fois par semaine un dosage des bhcg (car la première fois, le taux n’avait plus augmenté).

Moyennement rassurée, je me dis que au moins, si un malheur arrive, je vais vite m’en rendre compte.

6 SA et l’échographie de datation

J’ai de violentes nausées qui arrivent. Ça contraste énormément avec ma première grossesse car je n’avais eu aucun symptôme. Ça aurait dû me rassurer mais non, je suis trop focalisée sur mon angoisse.

6SA + 3, nous faisons l’échographie de datation qui montrera un petit cœur qui bat cette fois à la bonne vitesse. Sur papier, tout va bien pour le moment. Mais je n’arrive même pas à être émue, à m’attacher à ce qui est en train de grandir au creux de mon ventre : et si ça recommençait ?

La première fois je m’étais projetée très loin… là, je n’arrive pas à voir plus loin que le jour même.

7 SA au Portugal

Il y a plus de 4 mois, nous avions organisé avec mes amies un voyage entre filles au Portugal. Et ça tombe PILE pendant la semaine où j’ai perdu mon premier bébé. J’en suis malade, je veux annuler mais Chéri m’en empêche, mes copines (au courant) aussi : ça va me faire du bien.

7SA+4, je perds beaucoup de sang. Je sors des toilettes et je ne peux plus m’arrêter de pleurer. Ça y est, ça a recommencé. Je le savais, je n’aurais pas du partir. Je suis en train de faire une fausse-couche et je suis loin de mon Chéri.

Mes amies ne savent plus comment me calmer. Il est 23h. Une amie prend les choses en main « On va à l’hôpital ». Nous n’avons pas de voiture, nous sommes dans une toute petite ville, il est tard… je veux laisser tomber.

Elles se motivent toute à chercher et nous voici en taxi en route pour l’hôpital le plus proche. Ils nous annoncent qu’il n’y a pas d’urgences gynécologique et qu’il faut aller dans un autre hôpital (30 min de route !). Deuxième hôpital, rebelotte : pas d’urgence gynécologique mais la personne a l’accueil sait où il faut aller. Il appelle même un nouveau taxi pour nous.

Nous voici donc à plus de 1h20 de notre logement à 2h du matin dans un hôpital qui -grâce à dieu- cette fois, a bien des urgences gynécologiques. L’infirmière vient me chercher en salle d’attente après 45 min d’attente et refuse que mes amies (même une !) ne m’accompagnent.

Je baragouine comme je peux en anglais ce qu’il se passe. La gynécologue aussi aimable qu’une porte de prison me fait l’échographie et cache l’écran. Elle regarde pendant 5 min sans un mot, repose la sonde et part faire son compte-rendu. Je suis sous le choc. Complètement tétanisée, je demande à l’infirmière (présente pendant l’examen) qui me dit « oui oui, on a vu le cœur, ça correspond à une grossesse de 7SA+4 ». Je demande si je peux voir l’embryon, si on peut refaire l’examen, si je peux écouter le cœur. Je suis seule, dans un pays étranger dont je ne maîtrise pas la langue, je viens de vivre les montagnes russes, j’ai eu une fausse couche dont elle est au courant et je n’aurais pas un mot gentil ou rassurant.

Elle me rendra juste le compte-rendu (sans image !) en m’expliquant que j’ai un épanchement sanguin important (d’où les saignements) et que je dois faire une échographie à mon retour en France pour suivre son évolution.

Il est 5h du matin et je sais que j’ai des copines en or.

8SA et de retour en France

Je suis complètement traumatisée par mon passage aux urgences portugaises. Je prends rendez-vous en catastrophe au centre de radiologie près de chez moi (ma gynécologue étant en congés). L’échographiste prend le temps de me montrer mon bébé, le cœur, de mesurer sa taille complètement cohérente. Il voit aussi l’épanchement qui est important : presque 2/3 de la poche utérine – si la taille augmente, ça craint.

Crédit photo (creative commons) : Ryan Mc Guire – Pixabay

9 SA et la fin des prises de sang

La gynécologue m’avait dit d’arrêter mes prises de sang hebdomadaire à 9 SA (le taux atteint son max à 9SA et que donc, ça ne sert plus a rien de suivre). Ces prises de sang étaient importantes pour moi : tous les mercredis, j’attendais avec impatience (mais la boule au ventre) le résultat.

9SA, c’est aussi l’échographie que m’avait promis ma gynécologue. C’est donc ma 4ème échographie depuis le début. Je lui explique tout : le Portugal, l’épanchement, mon angoisse malgré les échographies hebdomadaire sur le dernier mois.

Elle a beau me parler du placenta qui prend le relai du corps jaune (ou quelque chose comme ça ?), elle a beau me montrer cet embryon qui grossit parfaitement, je ne suis pas bien. Il faut tenir 3 semaines encore. Je ne vais pas y arriver même si cette grossesse a déjà « dépassé » la première.

10 SA et les vomissements

Depuis 9 SA, les nausées ont remplacé les vomissements. Je vomis plus de 10 fois par jour, je n’avale plus rien. Je fais un malaise au bureau…et je dois donc l’annoncer à mes chefs plus tôt que je n’aurais voulu pour ne pas les inquiéter.

Je suis amenée aux urgences….où la Sage-femme m’explique qu’ils vont faire une échographie pour vérifier que tout va bien à cause de ma chute. Et c’est partie pour la 5ème échographie.

11 SA

Les vomissements s’intensifient. Ça ne va pas du tout. Mon généraliste essaye au moins de me rassurer : plus je vais mal, plus bébé va bien. Il me sort même une étude qu’il avait lu comme quoi les fausses couches sont beaucoup plus rares chez les femmes souffrant de vomissements.

Je suis arrêtée pour 2 semaines.

12 SA ou l’heure de l’échographie T1

Crédit photo (creative commons) : Medical Prudens – Pixabay

Ma gynécologue est en congés et c’est donc sa collègue qui prend exceptionnellement le relai. Elle est désagréable, je ne la sens pas. Dans la salle d’attente, l’angoisse monte. Elle a plus d’une heure de retard quand elle nous invite à nous installer.

Je démarre en lui disant – pour faire tomber un peu la pression – que « elle ne sait pas à quel point j’en suis malade » [suite à ma fausse couche] et tout de suite, elle donne le ton « Parce que vous pensez que je ne peux pas comprendre ? vous pensez qu’il ne m’ait jamais rien arrivé dans la vie ?! »

OKAY. Ça, c’est fait.

L’examen commence…et je vois le cœur « J’ai vu le cœur ! J’ai vu le cœur ».

« Est-ce que vous pourriez ne pas me parler ? Je suis concentrée, je dois faire mes mesures pour le compte-rendu »

*Rester zen, restez zen*

Mon mari se met à filmer l’écran pour qu’on puisse garder une trace (surtout qu’elle ne nous explique rien !) et elle finit par le voir « C’est illégal de filmer un examen médical, vous me rangez ça immédiatement ».

Cet examen devient une torture. Elle ne nous expliquera rien. Elle ne nous parlera pas. Je pourrais juste lire qu’elle estime mon ovulation pile au jour théorique (et donc au love hôtel !) et que je dois envoyer un papier. Voila, terminé.

Je sors du cabinet avec le plus beau des papiers au monde « Je déclare Mme X ayant un état de grossesse évolutive ». Nous allons pouvoir l’annoncer à nos familles…. et se détendre un peu ? Pas si sûr….

Comment s’est passé ton premier trimestre suite à une fausse couche, une GEU ou une IMG ? Comment l’as-tu vécu ? Dis-moi tout !


Pendant la grossesse, tu t’imaginais épanouie, heureuse, avec un joli ventre rond, et bien sûr, il y a de ça. Mais tu n’étais peut-être pas tout à fait préparée pour les vergetures, les coups de pied dans la vessie à 2 heures du matin et les galères administratives. On ne te la refera pas deux fois. Avec le guide hyper complet et concentré de Dans Ma Tribu, tu sauras exactement ce qui t’attend après l’accouchement. Clique ici pour en savoir plus.

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Commentaires

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Virg

Je ne commente pas l’attitude des professionnels de santé, ça n’en vaut pas la peine, et tout le monde pensera la même chose : inadmissible.
En revanche, cette angoisse diffuse, je la reconnais bien. J’ai eu le même parcours avec un oeuf clair. Si je m’étais écoutée, nous n’aurions rien annoncé à personne avant l’écho du 5ème mois, voire l’accouchement. On ne sait jamais … 😉

le 09/01/2020 à 08h19 |

Lin Li-Aï

Ton commentaire m’a fait rire parce que j’ai eu l’impression de me lire.
Je pense que (hors famille proche), j’aurais pu l’annoncer… à l’accouchement.
C’est un « mauvais exemple » mais j’ai annoncé l’arrivée de notre bébé sur Facebook (pour ma défense, je n’ai pas 1000 amis ahaha) 2 semaines avant le terme parce que j’étais morte d’inquiétude de finalement avoir à annoncer une mauvaise nouvelle (principalement parce que je suis traumatisée de l’article sur la grippe et la mort in utero d’un bébé à 38 SA).. 🙁

le 15/01/2020 à 11h54 |

MmeExpat

J’ai fait une FC à 9SA et les deux grossesses qui ont suivi ont été bien plus angoissées que la toute 1e (celle avant la FC). Surtout que nous avons besoin de passer par la PMA pour toute grossesse.
J’ai eu la chance de tomber sur des gynéco super gentils pour les grossesses après la FC.

Pour cette grossesse, j’ai eu moi aussi des saignements trés importants à 7SA. Je suis allée aux urgences, persuadée que je refaisais une FC et que j’allais probablement avoir un curetage. J’ai été prise en charge très rapidement. La gynéco était adorable, m’a proposé de ne pas regarder l’écran si c’était trop difficile, ce que j’ai refusé. Je savais ce quon était censé voir à 7SA. Et contre toute attente, il y avait un embryon dont le coeur battait. Il mesurait 6mm, l’hématome qui causait les saignements mesurait 6cm donc 10x plus. C’était quitte ou double, la gynéco a été honnête avec moi en me parlant des risques et m’a souhaité bonne chance. Et en effet, on a eu une chance folle car le bébé a continué de se développer malgré l’hématome qui a désormais disparu. Je suis à 26SA et mon bébé va bien.

Je suis vraiment désolée pour toi que tu sois tombée 2x sur des gynéco si peu humains. J’espère que le reste de te grossesse s’est mieux passée et que tu as pu te détendre un peu (c’est pas évident après une FC).

le 09/01/2020 à 10h02 |

Lin Li-Aï

6 cm d’hematome !
Comment as-tu réussi à rester sereine ? après la fausse-couche + cette hématome qui menaçait cette grossesse ?
Et comment vis-tu cette grossesse maintenant que tu démarres (presque) le 3ème trimestre ?

(Et tu connais le sexe ? 😀 )

le 15/01/2020 à 11h56 |

Madame Fleur (voir son site)

Je ne peux qu’imaginer ton angoisse, mais ton récit m’a beaucoup peiné pour toi. Ce n’est pas facile de gérer l’après fausse couche. Je trouve que tu es tombé sur des personnels soignants inhumains. Et quel stress lors de ton séjour au Portugal.
Je te trouve bien courageuse d’en parler, cela doit remuer de douloureux souvenirs.

le 09/01/2020 à 13h52 |

Lin Li-Aï

Merci beaucoup Madame Fleur :-*
C’est difficile à l’écriture et c’est parfois difficile d’y repenser (souvent à des dates-clés) mais maintenant que j’ai ma fille, je dois quand même reconnaître que c’est plus facile. Plus facile maintenant que je sais qu’elle est « sortie » de moi en allant bien et qu’aujourd’hui, elle va bien.

J’ai par contre très peur d’une deuxième grossesse et de ne pas savoir gérer mes angoisses.

le 15/01/2020 à 12h02 |

Camille

Merci pour ce texte.
Ca me rappelle tellement ma grossesse miraculeuse à la deuxieme FIV. Cette angoisse au fond de moi… qui ne me quittait pas!
Je n’arrivais pas à pouvoir l’annoncer, ma soeur me pressait car elle voulait l’annoncer à nos cousines. Moi je voulais juste attendre d’avoir accouché pour l’annoncer. 😉

le 10/01/2020 à 10h19 |

Lin Li-Aï

Je me sens moins seule Camille !
Mes proches ont eu du mal à comprendre que je sois restée très fortement angoissée jusqu’à la fin.
Pour eux, j’aurais dû nettement m’apaiser après l’écho T1…
DU coup, tu as annoncé ta grossesse… à la naissance ? 😀

le 15/01/2020 à 12h07 |

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