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A la une / Récit de grossesse

Où accoucher en Angleterre ?

Je t’avais déjà expliqué comment se déroule le suivi d’une grossesse classique au pays des sandwiches au concombre. Aujourd’hui je vais te parler des options qui s’offrent à toi pour ton accouchement en Angleterre : à l’hôpital, à la maison de naissance ou à la maison.

D’abord il te faut savoir que c’est toi qui décides où tu as envie d’accoucher. Lors de ton premier rendez-vous avec la sage-femme, et selon tes réponses au questionnaire de santé, elle te recommandera d’accoucher plutôt ici ou là. Si ta grossesse s’annonce normale, elle te conseillera l’accouchement en maison de naissance ou à la maison. Si tu as des antécédents un peu compliqués, elle te proposera l’hôpital, voire la maison de naissance accolée à la maternité. Mais au final, c’est toi qui fais ton choix, et tu peux changer d’avis jusqu’au dernier moment. Tu n’as pas besoin de t’inscrire quelque part comme c’est souvent le cas en France. C’est vraiment ce que j’aime dans ce pays : à aucun moment, je n’ai rencontré de soignant qui t’oblige à recevoir tel geste médical, ou qui te fait culpabiliser parce que tu ne fais pas ce qu’il t’a proposé ou conseillé.

Avant de te parler des lieux prévus pour accoucher, je voulais aussi te faire un mini-point sur la gestion de la douleur. Ici, autant les professionnels de santé que les parents sont dans une option « déroulement physiologique » de la grossesse et de l’accouchement. Par exemple, c’est peu courant qu’une femme choisisse d’avoir la péridurale, même si elle va à l’hôpital (30% des Anglaises vs. 80% des Françaises). Les Anglaises sont plutôt sensibles aux effets indésirables de la péridurale (réduction de la mobilité et des sensations, augmentation du risque de naissance instrumentale). Pendant ma préparation à l’accouchement, une seule fille (Canadienne) sur 6 souhaitait prendre la péri. Les Anglaises l’ont regardé comme une bête curieuse ! En fait, j’ai l’impression qu’ici, les femmes veulent accompagner la douleur plutôt que la supprimer complètement. Les autres méthodes de gestion de la douleur sont les électrodes TENS (une petite machine envoie des courants électriques dans les électrodes collées en bas de ton dos, qui interfèrent avec le signal de la douleur), le gaz hilarant, et la péthidine (un dérivé morphinique).

Disclaimer : Ce que je vais te raconter vient de mes recherches sur le net, de mes discussions avec ma SF et de mon expérience personnelle. Je n’ai pas la prétention de savoir si c’est exactement pareil dans toutes les maternités de l’Angleterre, alors excuse-moi par avance si tu as accouché en Angleterre et que ça ne s’est pas passé comme je le décris. 

L’hôpital

C’est probablement l’option que tu connais le mieux. Une salle d’accouchement, des sages-femmes, des gynécologues et des anesthésistes, un bloc opératoire si ça ne se passe pas aussi bien que prévu. C’est le seul endroit où tu peux recevoir la fameuse péridurale. Même s’il y a des gynécos pas loin, ce sont quand même les SF qui vont te suivre pendant tout le travail et la naissance, si tout se passe bien. Elles peuvent aussi faire les forceps et la ventouse. Les gynécos s’occupent presque exclusivement des césariennes. A l’hôpital, tu peux aussi avoir accès à une salle nature ou une baignoire d’accouchement.

Une fois que tu as accouché, c’est là que ça devient pas cool, et assez différent de la France. Tu seras installée dans la grande chambre commune avec entre 3 et 11 autres jeunes mamans… Il y a des rideaux pour séparer les lits. Ton « box » se compose de ton lit, du berceau pour ton bébé et d’une chaise pour le papa, et les rideaux touchent tous les meubles. C’est très rare que le papa puisse rester dormir. J’ai passé une nuit et une journée à la chambre commune après mon accouchement en maison de naissance, et ce n’était vraiment pas une bonne expérience ! Les personnel est clairement en sous-effectif, on devait sortir à 10h le matin et on a finalement vu le médecin à 17h… Du coup tu attends dans ton lit, sans rien pouvoir faire et avec des mères qui beuglent au téléphone et des familles envahissantes à moins d’un mètre de toi. Les repas sont très succincts : j’avais coché « salade et fromage » sur ma fiche, j’ai eu une assiette avec une demi-tomate, trois feuilles de salade et du gruyère râpé saupoudré au-dessus ! Un vrai plat de roi pour se remettre sur pied après l’épreuve de l’accouchement !

Crédit photo : Kala Bernier

La maison de naissance

Il existe deux types de maison de naissance (MdN) : certaines sont collées à l’hôpital (MdN accolée), et d’autres sont des unités séparées (MdN autonome), ça veut dire qu’un transfert en ambulance est nécessaire si tu dois rejoindre l’hôpital. La MdN ou j’ai accouché est en fait l’ancienne maternité de l’hôpital qui a été transformée en maison de naissance (c’est souvent le cas pour les MdN autonomes, à cause de la réduction des budgets). La seule différence entre ces deux types de maison de naissance c’est que tu es plus souvent transférée à l’hôpital quand tu accouches en maison de naissance accolée à l’hôpital (40% vs 36% pour un premier enfant) parce que c’est facile, c’est au bout du couloir.

Il y a des critères à respecter pour avoir le droit d’accoucher en maison de naissance. Dans la mienne, tu dois avoir entre 18 et 40 ans, accoucher de ton premier au cinquième bébé, ne pas avoir de problème de santé ou de complications pendant cette grossesse ou une grossesse précédente (si tu as du diabète gestationnel, c’est foutu pour toi), un bébé qui se présente tête en bas, et tu dois être entre 37SA et 41SA+5. Certaines maisons de naissance rajoutent l’IMC avant grossesse dans leurs critères : si tu es en surpoids ou en sous-poids, tu ne pourras pas accoucher chez eux.

Dans les maisons de naissance, tu as plusieurs chambres avec un gros ballon, un fauteuil, un tabouret d’accouchement (comme sur la photo ci-dessous), parfois des sangles pour se suspendre, et une petite salle de bain avec baignoire. Il n’y a pas de lit médicalisé avec étriers etc., mais un genre de banquette basse pour que tu puisses facilement y monter, en descendre et t’appuyer dessus en étant à genoux. Et enfin, il y a forcément au moins une salle avec une baignoire d’accouchement.

 

Ici en Angleterre, tu peux aller jusqu’à la naissance en restant dans l’eau. L’eau reste toujours à 37 degrés (c’est important pour que le bébé ne ressente pas le choc thermique quand la tête sort, et qu’il commence à respirer sous l’eau !). Tu peux rentrer dans la baignoire quand tu arrives à 6 cm de dilatation. En fait, un bain chaud peut t’aider à te détendre et accélérer les choses en début de travail si le bain n’est pas trop profond. Si tu as de l’eau au niveau des seins quand tu es assise, il faut que le travail soit dans la phase active (donc vers 6 cm) car le volume d’eau peut ralentir le travail. Une sage-femme reste près de toi pendant tout le temps où tu es dans l’eau. Elle vérifie toutes les 15 minutes que le cœur du bébé bat comme il faut, et elle prend ta tension et ta température toutes les 30 minutes. Lorsque tu sens que ça pousse, une deuxième SF arrive : l’une s’occupera de toi et l’autre de ton bébé. Après la naissance, la SF te fera sortir de l’eau pour délivrer ton placenta : ainsi, si tu perds beaucoup de sang, c’est bien plus facile de mesurer la quantité au sec que dans une énorme baignoire !

A la maison

La plupart du temps, les femmes qui accouchent à la maison sont celles qui veulent un accouchement naturel, dans un environnement familier et calme, qui n’ont pas envie d’aller à la maison de naissance ou qui n’en ont pas près de chez elle. Il y a également un petit pourcentage de femmes qui préfèrent accoucher à la maison parce qu’elles refusent d’aller à l’hôpital mais ne rentrent pas dans les critères de la maison de naissance. Ça aurait pu être moi, si j’avais fait le test du diabète et qu’il était positif. Par contre, si tu as une grossesse vraiment très très risquée, il est possible que la NHS (la Sécurité Sociale en Angleterre) refuse de payer les SF pour t’aider à accoucher chez toi, donc tu devras payer toi-même ta SF privée.

Chez toi, tu peux aussi accoucher dans l’eau : hé oui, tu peux louer une baignoire d’accouchement, à installer dans ton salon. Deux SF viendront chez toi pour t’aider avec l’accouchement : une pour toi et une pour le bébé. Comme tu es chez toi, tu peux avoir autant d’accompagnants que tu le souhaites. A l’hôpital et la maison de naissance, c’est limité à 2 accompagnants (souvent le papa et une sœur/mère/copine ou une doula).

A partir du second enfant, et pour une grossesse sans complications, c’est aussi sécurisé d’accoucher à la maison que dans une maison de naissance : environ 1 femme sur 10 est transférée à l’hôpital. Pour un premier enfant, c’est un petit peu plus risqué d’accoucher à la maison : 45% de risques d’être transférée à l’hôpital vs 36-40% si tu accouches en MdN. J’ai cherché pour toi les raisons du transfert à l’hôpital (que ça soit à la maison ou en maison de naissance) :

  • 5% pour avoir une péri
  • 33% pour le travail qui se ralentit ou qui s’arrête après deux heures de poussée
  • 20% avant la naissance pour la santé du bébé (méconium dans le liquide amniotique, rythme cardiaque qui ralentit, prolapsus du cordon)
  • 18% après la naissance pour la santé de la mère (grosse déchirure, placenta qui ne sort pas ou qui vient en morceaux)
  • 5% après la naissance pour la santé du bébé
  • 9% d’autres raisons

 

Et toi, tu aurais aimé avoir ces alternatives ou tu n’abandonnerais ta péri pour rien au monde ? Et l’accouchement dans l’eau, ça t’aurait tenté ? Raconte-moi !