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A la une / Vie de maman

Et si « Maman » ne rimait pas forcément avec épanouissement ?

Il n’est pas facile d’écrire cet article, car la souffrance maternelle est un sujet peu abordé. Quels sont les mots qui décriront correctement cet état ô combien ambivalent perdu quelque part entre l’amour profond que j’éprouve pour mon fils et ce sentiment d’emprisonnement que ressenti en permanence et qui m’a tant oppressé ?

Il est d’autant plus difficile de parler publiquement de ce mal-être car il semblerait que les mamans normales soient épanouies, heureuses, gagas. Si, si je t’assure, va sur insta et tu ne verras que ça. Comment ne pas se sentir nulle et surtout ne pas culpabiliser d’être malheureuse à cause de l’arrivée de mon enfant face à toutes ces vitrines parfaites, débordantes de guimauve et de paillettes ?

Or, la naissance d’un bébé est un bouleversement majeur dans la vie d’une femme, d’une famille. Il contraint à une réorganisation profonde du foyer et fait rentrer plus d’une personne dans la famille : avec l’arrivée d’un (premier) bébé arrivent aussi une maman et un papa en plus de l’homme et de la femme. Tout ce petit monde doit (re)trouver sa place. En vrai, si j’ai enfin le courage de te parler de mon vécu aujourd’hui c’est sûrement parce que je connais une fin heureuse.

Il y a un an, lorsque je recevais le mail qui m’apprenait que j’étais acceptée en tant que chroniqueuse tribulette j’étais ravie, motivée, et je m’étais fait tout un programme des sujets que j’avais envie d’aborder. J’étais alors dans mon neuvième mois de grossesse et je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer. Et puis le Lutin est arrivé. Et plutôt que de te raconter comment j’aurai mis en place un allaitement mixte en toute sérénité, j’ai malheureusement eu à te parler d’un allaitement compliqué à mettre en place ou de RGO, coliques et torticolis.

J’aurai vraiment aimé pouvoir partager mon bonheur d’être devenue maman, de mon épanouissement personnel face à ce petit être merveilleux. Mais ce fut loin d’être le cas. Il y a un an d’ailleurs, je te confiais que je ne m’étais jamais projetée dans ce rôle de Maman et que je craignais de ne pas m’y épanouir.

Outre la crainte de ne pas aimer mon fils, -je l’aime profondément depuis la seconde où nous nous sommes rencontrés- mes autres craintes, elles, se sont réalisées à plus ou moins grande échelle. La Maman que je suis est sur le point d’avoir un an, et quand elle regarde en arrière elle ne voit ni arc-en-ciel, ni licorne, ni paillettes.

Avec tous les inconforts qu’il a subit, le Lutin a passé ses premières semaines (et premiers mois), dans nos bras. Il était impossible de le laisser, ne serait-ce que le temps d’aller aux toilettes ou de prendre une douche, sans qu’il hurle instantanément. Autant dire que j’ai dû abandonner l’espace et l’indépendance dont j’ai tant besoin pour fonctionner, pour pouvoir l’accompagner dans ses débuts difficile. Abnégation qu’il disent. Soit. Ce n’est de toute façon que pour une période limitée, puisqu’en grandissant l’enfant est sensé gagner en autonomie, permettant aux parents de retrouver quelques instants d’indépendance. Sauf que j’aurai voulu savoir combien de temps. Faudra-t-il tenir un mois ? Deux mois ? Six mois ? Un an ? Plus encore ? J’ai un esprit très cartésien et j’ai BESOIN d’avoir accès à ces informations, j’ai BESOIN de tout planifier. Mais le Lutin m’a maintes fois démontré qu’il n’en avait rien à faire de mes plans, que ce soit à court ou à long terme d’ailleurs.

Ce temps, pour un café au calme le matin (ou n’importe quand dans la journée) ou pour plonger dans un roman m’aurait permis de souffler. Mais je ne l’avais pas et il m’a cruellement manqué. Et jour après jour je sentais s’ancrer à ma cheville un boulet de plus en plus envahissant. (Le boulet étant mon quotidien et non mon fils, je préfère le préciser).

Lorsque j’ai repris le travail, mon Lutin avait presque trois mois. Ces inconforts étaient toujours présents. J’étais épuisée physiquement, à force de nuits hachées et d’avoir à le porter constamment, et moralement, à force de questionnements et doutes face à ses inconforts et aux réflexions maladroites de mon entourage (le fameux et fabuleux « ton bébé est mal parce que tu es stressée », qui n’en n’a pas rêvé ?) . J’étais très proche de la dépression post partum, peut-être même que j’avais un pied dedans. La vérité c’est que la Femme en moi était ravie de pouvoir enfin se débarrasser du Lutin et du quotidien pour être dans un environnement d’adulte le temps d’une journée de travail. La Maman, par contre, culpabilisait à s’en faire des ulcères de laisser son petit cœur chez une assistante maternelle dont l’attention serait forcément partagée avec un autre bébé. L’idée qu’elle ait à le laisser pleurer, ne serait-ce que pour s’occuper de son petit camarade me broyait le cœur. Par chance nous avons une Nounou très à l’écoute des enfants. Un peu de la « vieille école » mais qui a l’avantage de posséder de nombreuses astuces pour aider les bébés inconfortables. Elle nous a en réalité beaucoup aidés et je lui en suis infiniment reconnaissante.

La Maman a vite été rassurée, laissant la Femme se concentrer sur son travail presque sans culpabilité, et une routine s’est installée, nous laissant alors nous empêtrer dans un quotidien infernal. Le fameux « métro, boulot, dodo », qui dans mon cas a plutôt été « métro, boulot, réveils multiples ». J’avais beau aimer mon fils, cela ne suffisait pas à m’apporter bonheur, satisfaction et encore moins d’épanouissement. J’étais ravie et fière de chacun de ses progrès, mais ces sentiments positifs, ces petites étincelles, ne faisaient pas long feu dans ma pénombre. Je me sentais tellement prisonnière de ce quotidien. Toutes les portes de sorties étaient désormais murées.

En grandissant le Lutin a énormément gagné en autonomie, et à partir du moment où il a su tenir assis, je pouvais enfin m’accorder un peu de temps. Sauf que ces moments me servaient à : faire à manger, des courses ou du ménage, gérer les stocks de consommables de la table à langer ou encore de tenter d’anticiper la garde-robe du Lutin (qui met déjà du deux ans, je te laisse compter combien de fois je l’ai refaite en entier ces douze derniers mois). L’éclate totale.

Et Chéri alors ? Quel rôle tient-il dans cette histoire ?

Eh bien il a été très présent et m’a beaucoup soutenu. Je pense que lui aussi a vécu des moments difficiles. Lui aussi a connu la fatigue extrême. Et le mari parfait dont je me vantais il y a un an (j’ai bien ris jaune en relisant cette chronique), ne partageait plus vraiment la charge mentale relative à notre foyer. Chéri avait donc perdu une majorité des réflexes acquis quant à l’organisation quotidienne, et il était en plus incapable de gérer tout ce qui touchait au Lutin. Penser à racheter du lait ? C’était pour maman. Penser à commander des couches ? Pour maman. Il n’y a plus de crème pour le change ? Toujours maman. Que mange bébé demain ? Encore maman. Comment protège-t-on un bébé dans une piscine ? Je pense que la question ne lui a même pas effleuré l’esprit. Et je pourrais continuer comme ça encore longtemps.

Si le Lutin n’avais pas été là, j’aurai été grandement tentée de fuir, loin, très loin. Et de laisser Chéri se dépatouiller tout seul. Sauf qu’aujourd’hui tout est différent. Le bien-être de mon Lutin reste ma priorité et je suis bien incapable d’oublier volontairement de chercher une tube de crème, prenant le risque de lui causer un érythème fessier, juste pour donner une leçon à Chéri. Non, je vais plutôt retourner dare-dare en chercher, priant d’arriver avant la fermeture de la pharmacie.

Nous étions tous les deux conscients de ces dysfonctionnements. Chéri voyait très bien que je ne tiendrais pas longtemps. Je sentais qu’il faisait de gros efforts pour prendre sa part mais qu’il ‘y arrivait pas. Régulièrement le weekend, il partait se balader avec le Poilu et le Lutin, m’offrant une heure ou deux de tranquillité. Mais ces petites bouffées d’oxygène ne suffisaient plus. Et puis incorrigible que je suis, une fois sur deux je profitais d’être seule à la maison pour ranger, nettoyer, cuisiner… J’étais même contente de pouvoir effectuer mes petites tâches dans le calme et la tranquillité. (Des baffes qu’elle mérite !)

Et puis un jour, le Lutin a su se déplacer à quatre pattes (vers ses 9 mois) ce qui a conduit à un énorme bond en matière d’autonomie, et les bouffées d’oxygène se sont faites plus régulières, au point d’avoir la sensation de pouvoir respirer à nouveau. En parallèle, il a également fait de gros progrès en matière de communication et sait désormais très bien se faire comprendre sur bien des sujets. Je crois que c’est ce que j’attendais car plus nous communiquons, plus je me sens Maman, plus j’ai la sensation de m’épanouir. Enfin, depuis une poignée de semaines nous dormons à nouveau convenablement, et le brouillard qui enfumait mes réflexions quotidiennes a laissé place à quelques éclaircies.

Crédits photo (creative commons) : the danw (Pixabay)

Tu mixes tout ça et tu obtient une Maman un peu plus sereine, qui prend même le risque de laisser plus de place à Chéri dans l’organisation quotidienne. Il y a des ratés, mais finalement ce n’est pas si grave que ça, car on arrive toujours à retomber sur nos pattes.

Voilà une année que notre vie a basculé et j’ai enfin la sensation que toutes les balances commencent à s’équilibrer, que chacun semble avoir la bonne place, à connaître et assumer son rôle. Un an c’est long. Jamais je ne me serais doutée qu’il faille aussi longtemps pour s’adapter à la venue d’un bébé.

Je me doute bien que ce récent équilibre est fragile car le Lutin n’a pas fini d’évoluer et de nous surprendre. Je pense aussi que je dois encore apprendre a faire taire la Maman pour laisser un peu de place à la Femme, mais je suis ravie de ne plus me sentir emprisonnée dans ma vie. Les issues de secours sont certes toujours murées, mais désormais cela ne m’angoisse plus. Je m’en fou, je suis bien où je suis et n’ai pas la moindre envie de fuite. Hasard ou non, je commence aussi à retrouver un semblant de libido.

Mon Lutin est sur le point de souffler sa première bougie et la Maman que je suis devenue est fière d’avoir surmonté toutes ces épreuves et encore plus fière de ce petit garçon qui m’émerveille au quotidien. On dirait qu’il y a finalement un happy ending, même si en réalité cette aventure ne fait que commencer.

Et toi ? Comment as-tu vécu l’arrivée de ton bébé ? As-tu aussi eu besoin de temps pour t’adapter ? Raconte-moi tout !

A propos de l’auteur

La trentaine passée, j'attends mon premier bébé pour Novembre 2018. La maternité n'était pas une question évidente pour moi et il m'a fallu beaucoup de temps pour que l'envie d'avoir un enfant s'installe vraiment. Et j'ai hâte de pouvoir en parler avec toi !