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A la une / Témoignage

Que se passe-t-il lorsqu’une grossesse s’interrompt ?

Ce que tu vas lire ici va sérieusement manquer de glamour, et ne va pas t’aider à passer un bon weekend. Je te conseille même, vois-tu, si tu n’es pas concernée, de ne pas forcément me lire. En revanche, si un jour tu as le malheur d’être dans mon cas, ça pourrait te servir de revenir lire ces lignes…

Voici l’histoire de ma fausse couche et de tout ce que j’aurais bien aimé savoir avant que ça m’arrive.

Je suis tombée enceinte totalement miraculeusement, après 4 ans d’essais et une FIV. Je dis miraculeusement, car cette grossesse est arrivée de façon spontanée, entre deux tentatives médicales. Tu imagines aisément à quel point nous avons été fous de joie : non seulement ça avait marché, mais en plus de façon naturelle ! Et cerise sur le gâteau, nous allions pouvoir dire au revoir aux traitements, aux rendez-vous à 7h du mat, aux anesthésies et autres réjouissances !

Bien sûr, juste après avoir été fous de joie, nous avons stressé. Étais-je bien enceinte ? L’embryon allait-il bien ? Mais en même temps, un tel miracle ne pouvait pas conduire à une catastrophe, ce serait quand même un coup vraiment moche du destin…

Tu te doutes de la suite, à la première échographie, problème : l’embryon est trop petit. « Ovulation tardive, ça arrive tout le temps ! », me dit-on. En gros, tu crois avoir conçu tel jour, et en fait non, tu as conçu 12 jours plus tard. Euh… 12 jours ? Ça me semble énorme.

Nous nous inquiétons énormément pendant les 8 jours qui nous séparent de la seconde échographie. Je garde un tout petit espoir (je me trompe + l’échographiste se trompe + la machine a mal mesuré… Tu vois à quel point l’espoir est ridiculement petit). Mais la deuxième échographie ne nous laisse aucune chance d’espérer : le rythme cardiaque n’est plus perceptible.

questionnement

Crédits photo (creative commons) : David Goehring

C’est à partir de là que commence le chemin très solitaire d’une « patate chaude »…

Le médecin échographiste qui m’a reçu et annoncé ce résultat n’est là que pour échographier : il me renvoie donc vers le service PMA (procréation médicale assistée) du grand hôpital qui me suit.

Aucune réaction de leur part à la réception de mes résultats. J’envoie un mail pour demander ce que je suis sensée faire ensuite. Je reçois assez rapidement un appel d’une infirmière, qui me répète ce qu’a dit le médecin : soit j’attends que « ça » parte tout seul, soit je vais aux urgences gynécologiques pour me faire prescrire le médicament qui provoquera l’expulsion de l’embryon. J’aurais pensé qu’ils me feraient venir dans le service pour me prescrire ce qu’il faut, mais non.

Je n’ai pas envie d’attendre trois heures aux urgences gynécologiques, comme je l’ai déjà fait, je réponds donc à l’infirmière que je vais plutôt aller voir ma gynécologue de ville. Je demande donc un rendez-vous rapide à la secrétaire de ma gynéco, en expliquant mon cas : « j’ai fait une fausse couche et je voudrais que le Dr M. me prescrive le médicament qu’il me faut ».

Deux jours plus tard, me voilà dans le bureau de ma gynéco, à qui j’explique les choses plus précisément. Mais petit souci : elle ne prescrit pas ce médicament…. Je ne demande pas vraiment pourquoi (j’imagine que, comme elle n’a pas de machine pour faire des échographies, avec laquelle elle pourrait vérifier elle-même, elle ne souhaite pas prescrire ce médicament qui permet, disons les choses crûment, d’avorter). Elle m’oriente donc à son tour vers les urgences…

Leçon n°1 : avant de prendre rendez-vous demande à parler directement à ton gynécologue, histoire de voir avec lui ce que tu dois faire. Ça t’évitera d’y aller pour rien.

J’enchaîne donc avec les urgences, et leur attente de non pas trois, mais quatre heures, cette fois. Lorsque je suis enfin reçue, l’interne m’explique qu’il est trop tôt et qu’on doit obligatoirement attendre 8 jours entre deux échographies qui indiquent un arrêt du rythme cardiaque de l’embryon avant de prescrire ce médicament…

Je résume : échographiste -> service PMA -> gynéco de ville -> urgences gynéco -> « revenez dans 8 jours ». Tu visualises mieux la partie « patate chaude » de mon histoire ?

Leçon n°2 : sache qu’il doit s’écouler du temps entre le moment où tu apprends ta « grossesse arrêtée » et le moment où tu auras le droit de provoquer ta fausse couche. Certains comptent 7 jours, d’autres 10, semble-t-il. C’est sans doute une sage précaution (arrive-t-il que l’embryon ressuscite ???). J’espère juste pour toi qu’avoir un embryon mort dans ton ventre ne te pose pas trop de problèmes psychologiques. Encore une fois, appelle avant de te déplacer.

Le bon jour enfin arrivé, je retourne aux urgences (cette fois, je sais à quelle heure arriver pour ne pas attendre) et j’obtiens enfin ma prescription. Deux jours de prise, trois fois par jour. On me prévient que je pourrais saigner pas mal et que ça peut faire mal, et on me prescrit un arrêt de travail. Je dois revenir 8 jours après, pour vérifier que tout a été expulsé.

Je me rends à la pharmacie, achète le médicament et rentre chez moi. J’ouvre la notice et là, franchement, j’hallucine : ce qu’on prescrit pour provoquer la fausse couche n’est pas du tout un médicament pour provoquer les fausses couches. C’est un médicament contre les ulcères, dont la notice ne parle que d’ulcère. La liste des effets secondaires est longue comme le bras, et classée par ordre de fréquence. Les contractions n’arrivent qu’en catégorie quatre des effets secondaires ! Il y a donc beaucoup plus de chance d’avoir des nausées, des éruptions, des migraines, la diarrhée, de la fièvre que des contractions !

Je suis totalement abasourdie. Aucun laboratoire n’a jugé bon de fabriquer un médicament particulier à ce cas ? Prendre des doses de cheval d’un médicament fabriqué pour tout autre chose donne un effet « apprenti sorcier » totalement angoissant dans une situation qui l’est déjà passablement. Ça donne l’impression que ma situation n’existe pas, puisqu’il n’existe aucun médicament officiel. C’est une sensation très étrange.

Autre conséquence de la non spécialisation de ce médicament : dans la boîte qu’on me donne, j’ai de quoi provoquer trois fausses couches… Pratique si j’ai des amies qui veulent avorter sans passer par l’hôpital, hum.

Leçon n°3 : ne t’attend pas à ce qu’on te prescrive un médicament adapté à ton cas, dont la notice t’expliquera ce qui va se passer.

Je commence donc à prendre le médicament, prescrit pour deux jours. Premier jour, j’ai mal au ventre et je perds quelques caillots. Deuxième jour : je n’ai quasiment pas mal au ventre et je continue à perdre un tout petit peu de sang. Mais bien moins que quand j’ai mes règles. Un voyage en train un peu flippant (et si « ça » arrivait là maintenant au milieu du wagon ??) et un mariage plus tard, me voici le jour de l’écho de contrôle. Je sais que tout le monde ne saigne pas pareil, et j’ai quand même perdu quelques « morceaux », j’ai donc un doute mais un espoir quand même que ça ait fonctionné.

Leçon n°4 : le médicament peut donc ne pas fonctionner… Tu peux par conséquent te retrouver 15 jours après l’annonce de l’arrêt de ta grossesse avec un embryon totalement encore en place…

Represcription pour trois jours cette fois, nouvelle écho dans 8 jours. Re-prise du médicament….

Leçon n°5 : si tu as un doute sur le fait que le médicament fonctionne, crois-moi, c’est qu’il ne fonctionne pas. Parce que, bon sang, quand il fait vraiment effet tu ne peux pas ne pas le savoir. Je te passe les détails biologiques (crois mois, c’est mieux) mais sois en sûre : si ça fonctionne tu le sauras.

J’attends la nouvelle échographie dans quelques jours (à l’heure où j’écris je suis encore en plein dedans) mais je ne m’inquiète pas sur le fait que l’embryon sera parti (ou alors c’est que vraiment je suis maudite). Pour quand j’irais faire mon échographie de contrôle, on m’a demandé de venir à jeun, afin de pouvoir pratiquer une aspiration s’il n’était pas parti. C’est sans doute directement ce qu’on m’aurait fait si je n’avais pas supporté le médicament la première fois (car au final, malgré les effets secondaires apocalyptiques possibles, je n’ai pas eu grand-chose).

Pour l’instant, c’est un peu tôt pour avoir du recul et savoir comment surmonter ce genre d’épreuves au niveau psycologique. Mais je voulais témoigner de mon expérience, afin de peut-être t’aider si, comme moi, tu te retrouve dans cette situation pour la première fois, et que tu cherche des informations sur internet. J’espère que tu seras alors moins surprise de comment les choses se passent, et que tu réussiras ainsi à les affronter plus facilement.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Mariée, 40 ans, parisienne et future maman... de jumeaux ! Quand ils seront là en janvier 2016, on tâchera de résoudre l'équation petit appart et seulement deux bras par adulte avec deux enfants, leurs rythmes et leurs besoins + tout ce que ça implique comme nombre de couches, de biberons, de meubles, de poussettes etc. Mais avec un peu d'ingéniosité et de débrouillardise (et autant d'humour et de recul que nos nuits sans sommeil nous le permettront) on va s'en sortir, j'en suis sûre !