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A la une / Témoignage

Comment j’ai finalement réussi à adopter mon fils…


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Il y a quelques mois, je te parlais de mon parcours du combattant pour devenir la mère légale de mon fils. Je t’ai laissée au moment où mon épouse signait le consentement à l’adoption de son fils par sa compagne (donc moi, si tu suis bien !) devant un notaire, fin décembre 2013.

Nous avons décidé de prendre une avocate, pour nous aider à constituer notre dossier. Afin de prouver aux magistrats que oui, je m’occupais bien de mon enfant. Que oui, j’étais bien sa maman aux yeux de tous, sauf aux yeux de la loi.

Nous avions une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes depuis la naissance de Théophile : que se passerait-il si ma chérie venait à disparaître ? Mon fils et moi pourrions être séparés ! Et s’il y avait une urgence médicale ? Je ne pourrais pas rester au chevet de mon enfant, ni même aller le chercher à l’hôpital sans l’accord de ma compagne ! Plus concrètement, je n’ai pas pu être « déléguée de parents d’élèves » à l’école, parce qu’il fallait avoir l’autorité parentale… celle que le TGI de Versailles m’avait refusée en 2012 ! J’étais sa maman, et pourtant, à chaque fois que je disais « mon fils », j’avais l’impression d’être une usurpatrice… Moi qui l’avais tant voulu, tant désiré, moi qui l’aimais de toutes mes forces…

Enfant arc-en-ciel

Crédits photo (creative commons) : Sharon & Nikki McCutcheon

Après notre échec devant le tribunal de grande instance (TGI) de Versailles en 2012, nous avons lâchement décidé de ne pas être les premières à déposer un dossier dans ce tribunal.

D’autres l’ont donc fait avant nous (bravo les filles, vraiment !). Malheureusement, nous avons appris fin avril 2014 que leur demande d’adoption avait été rejetée par le juge. Il a en effet argué que le recours à la procréation médicalement assistée, illégal en France pour les couples homosexuels, rendait l’adoption de l’enfant impossible. Les mamans auraient été coupables de « fraude à la loi ».

Devant cet échec, nous nous sommes senties assommées. Alors que dans d’autres juridictions, ces adoptions ne posaient pas de problème, chez nous, elles devenaient impossibles ! Nous avons même pensé à déménager, à louer un appartement ailleurs. Je me suis renseignée partout pour savoir si c’était envisageable, mais il a rapidement fallu se rendre à l’évidence : nous devions rester dans notre juridiction, sinon nous aurions commis une faute et l’adoption aurait été également compromise…

Un jour, pendant la sieste de Théophile, j’ai appelé une avocate. Mon fils s’est réveillé juste après que j’aie raccroché. Je précise qu’il dormait à l’étage supérieur et que j’avais téléphoné dans la pièce la plus éloignée de sa chambre, porte fermée…

Au réveil, il était en sueur, à tel point que j’ai dû le changer ! On est descendu et on a commencé à lire des livres. Je lui ai donné à boire, et tout à coup il s’est mis à pleurer, hurler, sans pouvoir s’arrêter. Il est « coutumier » de ces crises, et je sais qu’il y a toujours quelque chose derrière. Mais là, je ne voyais pas quoi… J’ai essayé de le réconforter. Il pleurait et hurlait : « Je n’arrive pas à être bien ! » et « J’ai mal ! ». Je lui demandais où il avait mal, je lui nommais même des parties du corps (la gorge, la tête, le ventre, le dos ?). Il disait qu’il ne savait pas, qu’il n’était pas bien et qu’il ne pouvait pas s’arrêter. Il gesticulait des bras et jambes en s’accrochant à moi et en pleurant.

J’ai tenté la musique, le sirop pour la toux, l’eau, la fenêtre ouverte pour avoir de l’air frais, les massages… Il pleurait, pleurait, pleurait, et disait qu’il ne pouvait pas se calmer. Je l’ai assis sur moi et j’ai dit : « C’est l’adoption ? » Il a respiré profondément et m’a dit : « Oui ». A-t-il entendu quelque chose quand je téléphonais ? Franchement, ça me parait improbable…

Je lui ai demandé s’il voulait que je lui explique. Il m’a dit que oui. Et j’ai parlé.

« Tu sais que pour faire un bébé, il faut une graine de monsieur et une graine de dame ? Et donc pour te faire, tu sais que maman et moi, nous sommes allées chercher une graine de monsieur à l’hôpital. Un monsieur qu’on ne connait pas mais qui a donné sa graine pour qu’on puisse t’avoir ? »

Il m’a dit oui. Alors j’ai continué :

« Eh bien, il y a des gens qui pensent que, parce qu’on a fait ça et qu’on est deux mamans, on n’est pas une vraie famille. Pour qu’on soit une vraie famille dans la tête de ces gens-là, il faut qu’on ait un papier qui s’appelle l’adoption. Mais c’est juste un papier. Et ce sont des problèmes de grands.

Toi, tu es un petit garçon. Tu n’as pas à gérer les problèmes des grands. Toi, ton boulot de petit garçon, c’est de jouer, d’apprendre, d’aller à l’école, de faire des bêtises aussi un peu, mais pas de gérer les problèmes des grands. C’est maman et moi qui sommes inquiètes pour cette adoption, c’est vrai, mais ce n’est pas ton problème à toi.

Et tu sais, je vais te dire autre chose : ce n’est pas un problème très grave, parce que nous, on sait qu’on est une famille. On s’aime, on sera toujours tes deux mamans, on sera toujours là pour toi, et personne ne peut nous enlever ça. Tu le sais ? Nous on est une famille, quoi qu’il arrive, tu comprends ? J’aime ta maman Mayé, elle elle m’aime, toutes les deux on t’aime, et toi tu nous aimes. C’est ça qui compte, pas le reste. Et pour toute la famille, c’est pareil, avec les papys, les mamies, les tatas et les tontons… On est une famille, c’est ça qui est important, et ça c’est sûr, tu vois ? »

Il faisait oui avec la tête. Puis il m’a dit : « C’était ça qui me tracassait. » Je lui ai demandé : « Est-ce que ça va mieux maintenant ? » Et il m’a répondu : « Est-ce que j’ai loupé l’heure du goûter ? »

Tu en tires les conclusions que tu veux, mais moi, ça m’a encore plus donné la rage. La rage de me battre pour mon fils et pour notre famille…

Les rebondissements ne se sont pas arrêtés là : en octobre 2014, saisie notamment par le TGI d’Avignon, la Cour de Cassation a émis un avis selon lequel, finalement, la PMA ne constituait pas une fraude à la loi. Elle n’était donc pas un obstacle pour les adoptions intra-familiales. L’espoir est revenu dans notre foyer… Et avec raison, puisque en décembre 2014, nous avons appris que des enfants avaient pu être adoptés par leurs mamans « sociales » dans notre juridiction versaillaise !

Nous avons alors constitué notre dossier, demandé des attestations à nos proches et réuni plus de vingt témoignages, tous plus adorables les uns que les autres, affirmant que nous étions une famille, que Théophile était un enfant heureux avec ses mamans, et qu’il était temps que je puisse l’adopter officiellement. Nous avons également joint des photos, de nous, de la famille élargie (grands-parents, arrières-grands-parents, oncles, tantes, cousins…), des photos qui respiraient le bonheur. C’était d’ailleurs bizarre de constituer une requête comme celle-là : à la fois humiliant de devoir demander des témoignages pour prouver que nous étions de bons parents, et très gratifiant de constater qu’en fait, les gens avaient une belle image de nous !

Fin janvier 2015, nous avons finalement déposé le dossier complet au tribunal, par l’intermédiaire de notre avocate. L’attente a commencé…

Fin avril, n’ayant aucune nouvelle de notre dossier, j’ai appelé notre avocate pour savoir si elle en avait (sait-on jamais, hein ?)… Elle s’est renseignée et a fini par obtenir l’info le jeudi 7 mai : le jugement était prévu le mardi suivant, soit le 12 mai ! Sans convocation à une audience, ce qui voulait dire qu’a priori, notre dossier allait passer sans problème ! J’ai su aussi que le parquet ne s’était pas opposé à la demande…

À ce moment-là, j’ai été tellement soulagée ! J’ai appelé tout de suite ma chérie au boulot pour le lui annoncer, j’ai appelé mes parents… C’était une vraie bonne nouvelle, comme on n’en avait pas eue depuis longtemps !

Le mardi 12 mai, j’ai pensé toute la journée à ce jugement. Je n’arrivais pas à me l’enlever de la tête, même si je savais que je ne saurais rien le jour-même…

Le lendemain matin, j’ai fait des pieds et des mains pour obtenir des infos, et l’avocate a fini par me dire que normalement, c’était bon ! J’ai essayé en vain d’appeler le tribunal… Finalement, je suis allée faire quelques courses en bas de chez moi, et quand je suis rentrée, le facteur était en train de distribuer le courrier.

J’ai attendu sagement, et il m’a dit, en me tendant une enveloppe de papier kraft : « Ah bah ça, ça doit être pour vous ! » Un recommandé avec accusé de réception et le tampon du TGI de Versailles dessus ! Autant dire que je ne m’attendais pas à le recevoir si vite !

En ouvrant l’enveloppe et en voyant écrit noir sur blanc que l’adoption était prononcée, j’ai éclaté en sanglots toute seule chez moi !

Puis je suis allée chercher mon fils à l’école, et je lui ai expliqué qu’enfin, on avait le papier pour l’adoption, que les tracas étaient finis et qu’on était bien reconnus comme une famille. Il m’a écoutée mais n’a rien montré de particulier…

En arrivant dans l’appartement, il a vu l’enveloppe et les papiers sur la table de la cuisine. Il m’a demandé : « C’est ça, les papiers ? » J’ai dit que oui. Alors, il a voulu que je lui lise. Puis il a dit : « Bon, je vais écrire mon nouveau nom ! » (En effet, il a changé de nom de famille avec cette adoption, puisque nous avons ajouté mon nom à celui de ma compagne). Je lui ai donné une feuille, il a écrit son prénom (en fait, il l’a écrit en rébus : T O fil ) et m’a demandé d’écrire son nom en entier (un peu dur, ça, encore !). Enfin il m’a dit : « On le met avec les papiers ! »

Affaire classée, en somme…

THEOETNANOUE

Crédits photo : Photo personnelle

Un peu plus tard, pendant qu’il se lavait les mains avant de passer à table, il m’a dit : « Et tous ceux qui disent qu’on n’est pas une vraie famille… Eh ben, je vais leur envoyer le papier, moi ! »

Il nous reste à recevoir le nouvel acte de naissance de notre fils, afin de pouvoir le faire inscrire sur le livret de famille qu’on a reçu lors de notre mariage. Le premier livret de famille, où je n’apparais pas, pourra être détruit (ou alors on le gardera en souvenir de toutes ces années d’attente…) !

Voilà, la boucle est bouclée pour nous. Nous sommes une famille. Nous sommes tous les trois vraiment soulagés. Nous pensons encore à celles et ceux qui galèrent, pour avoir un enfant, pour l’adopter, pour avoir juste les mêmes droits que tous les autres citoyens. Il reste du boulot mais petit à petit, on avance, et ça fait du bien à nos enfants.

Et toi, tu as entrepris de telles démarches ? Tu as connu des rebondissements dans l’adoption de ton enfant ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Nous sommes deux mamans de 39 et 42 ans, et nous avons un petit garçon de 5 ans, par FIV avec don d'embryon de l'une à l'autre. Nous nous sommes mariées en 2013 et notre fils est légalement protégé par ses deux mamans depuis 2015, grâce à une adoption "intrafamiliale" par sa maman dite "sociale".