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La GPA : toute une histoire

Je tenais à laisser un petit témoignage. Peut-être va-t-il m’attirer quelques commentaires haineux ? De l’incompréhension ? Je ne sais pas… Les gens ont l’air adorables, ici. Ça m’attirera certainement des questions : je comprends, quand même, que ce sujet peut susciter de la crainte, due au manque d’informations, à l’inconnu et aux mensonges véhiculés par les médias et certaines associations dont je vais taire les noms. Je vais essayer d’être clair et bref.

Je suis gay. Je l’ai toujours été, je pense, et c’est loin d’être un choix. Je fais partie de ces gays invisibles, la partie immergée de l’iceberg, ceux pour qui ce n’est pas marqué sur le front. Je suis écolo, je ne suis pas efféminé, je me fiche de la mode et autres frivolités. Mes amis hétérosexuels ont certainement fait plus de conquêtes que moi durant leur folle jeunesse.

Je dirais que, vivant à Paris, je n’ai jamais souffert de discrimination (sauf lors des manifestations sordides contre le mariage pour tous). Je suis un homme bien dans ses baskets. D’ailleurs, je ne me suis jamais perçu comme différent : je suis juste unique, et tous les êtres humains sont uniques.

Pour moi, être gay, ça a été à la fois facile et difficile :

  • Facile, car j’aime quelqu’un depuis quinze ans. J’ai la chance de connaître cet amour parfait, celui qui transcende tout et qui rend heureux.
  • Difficile, parce que depuis toujours, j’ai un désir d’enfant vissé au cerveau, et qu’homosexualité masculine est trop souvent synonyme de deuil de la paternité.

Mais voilà, mon désir était fort, obsédant. Je crois qu’en quinze ans, il ne s’est pas écoulé un jour sans que je n’y pense. Est-ce un désir égoïste ? Certainement, mais comme celui de tous les couples, homosexuels ou pas. J’ai envie de transmettre, envie d’aimer, envie de protéger, d’éduquer, de faire grandir, de faire découvrir le monde, la nature…

Un jour, j’ai découvert la coparentalité. Une amie m’avait dit que si elle ne se casait pas, je ferais un père idéal pour ses enfants. Ça a fait tilt en moi. Depuis ce jour, j’ai cherché un coparent. Une femme lesbienne ou une femme hétérosexuelle célibataire voulant avoir un enfant. Pour faire un peu comme un couple divorcé, les disputes et la haine (potentielles) en moins.

Voyant mes amies trouver des compagnons peu à peu, j’ai intensifié mes recherches. Je t’épargnerai les récits de mes rencontres, car finalement, ce n’est pas le sujet, mais j’ai découvert des femmes qui, pour X raisons, n’avaient pas trouvé le prince charmant à 40 ans, des femmes lesbiennes en couple, pleines d’amour, des femmes des fois un peu perdues, écrasées par la pression sociale… mais toujours des femmes touchantes, qui avaient comme moi un désir si fort d’être parent qu’elles envisageaient toutes les solutions.

Pour certains, avoir un enfant coule de source. C’est facile, les doigts dans le nez. Pour d’autres, c’est un chemin de croix. Une blessure à vif. C’est la vie. Mon ami, quant à lui, disait qu’il serait là, présent, mais comme un beau-père, un peu mis de côté.

J’ai failli avoir des enfants au moins quatre fois durant ces quinze années, mais je ne sais pas pourquoi, j’étais freiné. Ou plutôt, si, je sais pourquoi, maintenant. Il me manquait l’amour. Je crois qu’au fond de moi, un enfant ne pouvait être que le fruit d’un amour, d’une osmose sentimentale et intellectuelle. Je voulais un enfant pour mon ami et moi. Je ne voulais pas le partager, être un père du weekend, des vacances scolaires, je voulais être père à plein temps.

Et puis, un jour, mon ami m’a parlé de gestation pour autrui. (Je rentre dans le vif du sujet, maintenant.) Ayant travaillé aux USA, mon ami a l’esprit bien plus ouvert que moi. C’est un progressiste sans idées reçues, un esprit pur (c’est rare). Pour moi, la GPA n’était pas envisageable, mais alors pas du tout. Comment priver un enfant d’une maman, moi qui adore ma mère ?

Puis, j’ai vu des amies lesbiennes avoir des enfants par PMA, des enfants heureux, qui grandissaient dans des familles épanouies. Ça m’a fait réfléchir. J’ai aussi vu un couple d’amis hétérosexuels avoir recours à un don de sperme et d’ovocytes à l’étranger. J’ai vu mes amis garçons avoir des enfants, et finalement, être aussi doux, tendres, attentionnés que des mamans (bon, en même temps, ce sont des hommes évolués).

En parlant de la GPA à tous mes amis hétérosexuels, en couple classique, je n’ai reçu que de l’enthousiasme et des encouragements. J’ai alors découvert la GPA éthique des USA (90% des gays qui veulent des enfants passent par les USA ou le Canada, où les GPA sont éthiques et encadrées).

Gestation pour autrui

Crédits photo (creative commons) : Jeremy

Pour moi, l’éthique est une priorité. Une condition première. Là-bas, les mères porteuses, qui sont appelées « surrogates », font ça avant tout pour aider, par choix (ça peut paraître bizarre pour nous Français), et elles sont sélectionnées avec une grande minutie par des agences.

Elles ont toujours des enfants et sont toujours accompagnées, jamais seules. Elles voient un psychologue et un travailleur social. Elles doivent bien gagner leur vie, et donc appartenir au minimum à la classe moyenne. Elles ne portent pas leurs propres ovocytes (ça veut dire que les couples doivent faire appel à une donneuse de gamètes). Elles décident si elles acceptent un couple gay ou pas. Elles décident si oui ou non, elles acceptent l’avortement en cas de problème ou de grossesse multiple. Elles peuvent même choisir un couple selon sa religion. Elles n’ont pas de casier judiciaire (logique). Pas de problèmes de santé. Elles sont épaulées par une agence et un avocat.

Bien entendu, rien n’est laissé au hasard, aux USA, et on est loin de l’esclavage. Les surrogates décident, ne subissent pas, et surtout, elles savent que l’enfant qu’elles portent n’est pas le leur. En Californie, même avant la naissance, il est déjà officiellement aux parents d’intention. Elles n’ont pas honte d’être des mères porteuses. Elles organisent des fêtes où elles arborent des t-shirts disant qu’elles sont fières d’être des surrogates. Aux USA, il est facile de parler d’altruisme et d’argent dans la même phrase. Il n’y a pas de complexes. Tout est fait pour créer de bonnes relations.

Les donneuses de gamètes sont, quant à elles, ultra nombreuses aux USA. C’est une pratique très répandue, car rémunérée. Il y en a des non anonymes et des anonymes. Mais ça n’a rien à voir avec l’anonymat total des donneurs de gamètes en France, en Espagne ou en Belgique. Les parents choisissent (je sais, c’est bizarre) sur photographies, CV, texte descriptif, évaluation psychologique, questionnaire, et peuvent même les rencontrer. L’anonymat total n’est pas de mise. D’ailleurs, il existe un registre qui met en relation donneurs et parents.

Nous voilà lancés dans l’aventure GPA. Mais il nous a fallu un long moment pour comprendre, accepter l’idée. Des rencontres avec des couples gays d’associations homoparentales, des couples hétérosexuels infertiles qui sont passés par des FIV à répétition, des femmes sans utérus, des femmes qui ne peuvent pas porter d’enfant pour des raisons médicales. Ça chemine en moi, et je comprends que la souffrance de ne pas avoir d’enfant est partagée par beaucoup de gens.

Nous finissons par trouver une donneuse. Elle accepte une rencontre avec l’enfant dans le futur. Elle est belle, douce, sensible, mais surtout intelligente. Blonde, brune, yeux clairs ou foncés, on s’en fichait. On voulait une fille que l’on aurait aimée si nous avions été hétérosexuels. On est loin de l’eugénisme, hein… Elle a d’ailleurs des cancers dans sa famille, comme il y en a dans les nôtres.

Puis, nous rencontrons une super fille : notre mère porteuse de 33 ans. Elle est mariée, a trois enfants, est propriétaire de sa maison. Elle travaille, son époux aussi. Elle gagne bien sa vie (pour dire la vérité, mieux que nous). Elle est dynamique et adorable, et si elle veut aider un couple gay, c’est parce qu’elle a été touchée de près dans sa famille par des questions d’infertilité. Au début, timides, on se téléphone tous les jours, on s’envoie des photographies, on se raconte un peu nos vies, on rigole beaucoup. Une vraie et belle rencontre !

Nous trouvons une clinique américaine, qui s’occupera de la partie médicale. Nous avons aussi notre propre avocat. L’agence de notre mère porteuse nous fait passer un bilan psychologique. La clinique aussi. Nous voilà sur les rails… C’est allé très vite, finalement.

Alors, certes, c’est très cher, une GPA éthique. Ça fait hurler les opposants, d’ailleurs. Mais un enfant, ça n’a pas de prix, et un encadrement juridique strict est essentiel pour éviter les dérives. Je connais des couples qui se sont endettés, ont fait des crédits, vendu une maison, demandé de l’argent à leur famille, des couples qui ont économisé sur des années…

En France, la PMA coûte très cher aussi, mais elle est remboursée par l’État. Aux États-Unis, non. Notre surrogate touche 25 000€. Et il y a des extras, bien évidemment. Finalement, je trouve ça peu cher payé. Tout notre argent va à la clinique, à l’avocat et aux agences. Le prix est énorme, mais pas exagéré. Des avocats français prendraient aussi beaucoup pour ces services. Les médecins aussi. J’ai une amie française qui a fait des FIV avec un traitement lourd, et elle a reçu une facture de 45 000€. Évidemment, c’est la sécurité sociale qui a payé. En tout, nous, nous arrivons à un montant de 150 000$.

Depuis le début de notre parcours, nous avons rencontré des hauts et des bas, trop longs à raconter. Niveau émotions, c’est très difficile. Il y a des doutes, des attentes, des peurs… La distance n’arrange rien. Mais tous les intervenants sont très humains et sensibles, et ils nous aident beaucoup.

Serons-nous de bons papas ? L’enfant souffrira-t-il de l’absence de mère ? Notre mère porteuse gardera un lien avec nous (comme une tata), notre donneuse n’est pas anonyme, et nous avons beaucoup d’images féminines autour de nous. L’avenir nous dira comment ça se passe, mais si nous avons sauté le pas, c’est que nous savions au fond de nous que nous aimerions notre enfant et saurions le guider pour qu’il devienne un adulte heureux.

Voilà, je voulais être rapide, expliquer mon parcours, et montrer que la GPA était une aventure humaine. Aux USA, c’est loin d’être une vente d’enfant et une location d’utérus, une « commande », comme disent certains. Je sais que nous allons rencontrer des difficultés en France, mais nous les surmonterons. Je ne suis pas stérile par choix, car mon homosexualité n’est pas un choix.

Enfin, je terminerai par dire que j’ai rencontré beaucoup de couples, aussi bien hétérosexuels qu’homosexuels, qui passaient par une GPA, et qu’aucun d’eux ne passait par l’Inde ou d’autres pays pauvres. La GPA éthique n’a rien à voir avec la « GPA low cost » des pays pauvres. Rien du tout. Elles sont incomparables.

Merci de m’avoir écouté !

Et toi ? Comprends-tu ce désir d’enfant qui prend aux tripes ? Pourrais-tu envisager de passer par une gestation pour autrui ? Viens en parler !