Vivre en famille : le bonheur, le bazar... et tout le reste !

690 jours


Publié le 1 février 2020 par Rigel

Moi c’est Numérobis. J’ai bientôt deux ans, et depuis 2-3 mois, rien ne va, mes parents deviennent nuls. Je commence à parler, et à dire l’essentiel pour moi. Faim, doudou, soif, ‘colat. Maman ne comprend décidément rien, quand je dis ‘colat, elle me serre fort pour un câlin, alors que vraiment, je m’en moque des câlins. Alors je dis ‘colat, ‘colat en pleurant et en me débattant, je vais chercher le petit banc pour ouvrir le placard et l’attraper. Mais papa m’attrape, me dit non, et ferme la barrière de la cuisine. Je pleure, je m’allonge par terre. Papa et maman me regardent sans rien faire, Choupinette me regarde et explique doctement à Papa et Maman « il dit qu’il veut du chocolat ». Au moins, ma grande sœur me comprend, elle.

Mais eux ne veulent rien écouter. Ils m’installent à table et essaient de me bourrer avec des légumes. Je suis en colère, je les attrape par poignée dans mon assiette et je les jette au sol en disant « pas bon ! ». Papa m’attrape, et me met encore au coin. Enfin, il dit que c’est le coin et que je dois y rester, mais je fais le manifestant pacifique écolo (je me laisse tomber au sol tout mou, je plie les jambes pour ne pas qu’on me remette debout). Je me calme enfin, parce que Papa m’a apporté une boite avec des embouts de tournevis, et m’autorise à jouer avec. Bon, ils font un peu d’efforts.

J’ouvre la bouche mécaniquement, mais maman a mal visé, et la cuillère pleine de purée atterrit sur ma joue au moment où je tourne la tête. Elle râle. Choupinette a avancé sur son repas, même s’il parait qu’elle mange à la vitesse d’une tortue. Elle a droit à une glace en dessert, et moi je dois encore mâchouiller des haricots. Je pousse mon assiette qui passe par-dessus le rebord de la tablette de la chaise haute. Je me penche, je contemple et je déclare « hé tombé ! boum ! ». Papa me fait les gros yeux. Je dépiaute gentiment la cire d’un babibel, trempe le babibel dans mon verre d’eau, plonge la main dedans pour le récupérer. Je mouille la manche de mon pull. Maman déroule la huitième feuille d’essuie-tout du repas en levant les yeux au ciel. Finalement, je n’ai pas envie de babibel « yayour ! yayour ! ». L’un de mes géniteurs m’apporte mon yaourt « suc’ ! suc ‘ ! ». Heureusement, je suis en train de réussir leur éducation et ils s’exécutent assez rapidement. Je m’applique à couvrir en intégralité la surface de la tablette, tandis que Papa fait la vaisselle et maman explique à Choupinette qu’il faut se tenir droite et ne pas laisser ses cheveux tremper dans son assiette. Maman se retourne et ne semble pas apprécier mon œuvre. Elle me descend manu-militari de ma chaise haute. Je galope vers la cuisine en quête du Graal. « ‘Colat, ‘colat ! ». Papa accepte enfin de me donner un petit bout de chocolat. Je l’enfourne dans ma bouche en entier, du chocolat fondu me coule sur le menton. La bouche pleine, je réclame « enco’e ». Maman dit non. Elle me dit toujours non. Je déteste qu’on me dise non. Je pleure.

Crédit photo (creative commons) : amarpreet25

Papa débarrasse. Je veux participer. Il me confie les cuillères à mettre dans le panier à couverts du lave-vaisselle. Je les mets, puis je fais coulisser le panier du bas pour le ranger. Je veux faire coulisser le panier du haut, et comme il est un peu loin, je monte sur la porte du lave-vaisselle. Il me dit non, me fait descendre et me fait sortir de la cuisine. Je pleure, parce que franchement, je n’ai le droit de rien faire dans cette maison. Heureusement, je vois un joli petit catalogue et un crayon avec un bouchon sur le bar. Je monte sur le gros pouf, et j’attrape le tout. Je m’installe tranquillement, j’enlève le bouchon et maman crie « non !  on n’écrit pas sur le chéquier de son Papa ! ». Je pleure. Je ne peux pas jouer avec ma nourriture, je ne peux pas aider, je ne peux pas dessiner.

Maman me prend dans ses bras, il me dit que je dois aller faire la sieste. Je sais que ça veut dire qu’elle va m’enfermer dans mon lit. J’aime bien mon lit mais je ne veux pas dormir. « non-non-non-non ! Pas po’té ! pas dodo ! ». Maman me dépose en haut de l’escalier, et ferme la barrière. Je suis coincé. Impossible de descendre jouer. Je vais vers ma chambre, j’avise mes petites voitures. Je veux jouer. Maman ne veut pas. Elle me met en body, sous ma couette. « non ! pas couette ! ». Je  la repousse avec mes pieds, en boule au bout du lit. Je me mets debout, et débarque tous mes doudous et mon oreiller de mon lit. Maman ferme les volets, je n’ai plus de doudous, il fait noir. Maman remet tout dans mon lit, me fait un câlin et me dit qu’elle revient après la sieste. Je suis très en colère et je pleure. J’attrape ma tétine, m’allonge, me glisse sous la couette, tout en pleurant et criant. Je m’arrête, j’ai sommeil. Ça me fatigue bien, d’essayer de faire plein de choses.

Bref, j’ai deux ans et personne ne me comprend.

Si on pensait que le Terrible Two de Choupinette était compliqué, on était en dessous de la vérité quand on voit comment ça se passe avec Numérobis ! Comment as-tu géré (ou subi !) cette période de transition pour ton petit ?


 


Commentaires

7   Commentaires Laisser un commentaire ?

Madame l'Abeille

Tes billets me font toujours autant rire! Le coup de monter sur la porte du lave vaisselle c’est du vécu chez nous aussi ! Pour nos filles, on essayait de mettre un mot sur les émotions qu’elles pouvaient ressentir même si la plupart du temps elles pleuraient toujours autant après (« Je vois que tu es en colère, je comprends « ). Et quand on voit que la colère est particulièrement intense on la prend en câlin forcé : en position foetale serrée dans nos bras, j’avais lu ça qqpart et ça marche de temps en temps. Bon courage ! Ça passe 😉

le 01/02/2020 à 08h19 |

Céline

Super chronique ! J’ai beaucoup ri et je reconnais ma fille de 21 mois à 100% 🙂

le 01/02/2020 à 10h55 |

Pomme

Mon numérobis vient de fêter ses deux ans, j’aurai pu écrire la même chose mot pour mot!
Ils sont nourris de fruits et de légumes mais les premières choses qu’il a su dire c’était « picht, cola, sississon » (chips, chocolat saucisson)…
C’est le champion du monde de la mauvaise idée, tout y passe!
Notre petit cœur si mignon s’est transformé en quelques semaines en troll des cavernes…
Numéro Un le regarde amusé se faire réprimander et fait le sage (genre) en rapportant toutes ses bêtises…

le 01/02/2020 à 11h11 |

Tifenn

18 mois dans quelques jours ici et ça ressemble sensiblement à ce train-train quotidien si ce n’est que les mots ne sont pas aussi bien formés mais l’idée est là quand même. J’avoue j’en ai ris à la lecture du billet. Mais au quotidien un peu moins 😅

le 01/02/2020 à 12h58 |

Elodie

Nous c’est le contraire 30 mois et je m’attendais à bien pire ( ça viendra peut-être !!). Il est très speed, toute la journée, il ne se pose jamais plus de 2min, il faut le surveiller en permanence et il a une créativité débordante pour trouver des bêtises à faire. Cependant, il ne fait que très rarement des crises ou des caprices, ce qui est déjà une excellente chose pour notre tranquillité mentale.

le 02/02/2020 à 05h31 |

Cricri2j

J ai beaucoup rit! Merci pour ce billet plein de réalités!
Ma 2ème à le même âge et on est en plein dedans (et on gère exactement comme vous)

le 02/02/2020 à 14h17 |

Maud (voir son site)

Marrante cette chronique !
Les colères de notre 2e de 23 mois sont bien plus fortes que ce que l’on connaissait avec notre aînée également. Mais en plus d’être frustrée par nous, ses parents, elle est frustrée par sa grande soeur aussi qui peut faire plus de choses qu’elle et qui la titille pour l’embêter.
Pas facile !

le 03/02/2020 à 15h31 |

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