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A la une / Récit de grossesse

Le passage à vide du deuxième trimestre

Nos familles, amis et collègues sont donc enfin au courant et les statistiques sont avec nous : la probabilité que cette grossesse n’aille pas au bout est extrêmement faible : 1%. Et pourtant, je vais passer la totalité de ce trimestre (et du suivant) rongée par l’angoisse.

Le passage à vide

J’appelle cette période « passage à vide » car entre 12 et 22 SA (entre la T1 et la T2), tu n’as normalement aucun moyen de t’assurer que tout va bien… ni de te rassurer en sentant ton bébé bouger au quotidien. En effet, en moyenne pour une primipare, on ne sent notre bébé bouger que vers 20 SA : certaines chanceuses peuvent le sentir beaucoup plus tôt évidemment mais la moyenne, c’est plutôt à la fin du 4ème mois soit près de 2 mois après l’échographie T1 !

Le fait de l’annoncer à nos proches a intensifié mon angoisse car je me revoyais lors de ma première grossesse à faire marche arrière et à devoir annoncer ma fausse-couche. Je n’arrivais pas à passer à autre chose et j’avais du mal à imaginer cette grossesse aboutir. J’avais du mal à imaginer « avoir de la chance » car pour moi, ce n’était pas un état « normal » que vivent des centaines de milliers de femmes chaque année mais bien une chance.

Credit photo (creative commons) : Ben White sur Unsplash

Je suis à 17 SA quand je pars compléter mon dossier à la maternité choisie. L’hôpital m’indique que je dois bloquer dans mon agenda au moins 3h (examens, rencontre sage-femme, etc) : je me mets donc en tête que j’aurais le droit à « une échographie de mi-parcours entre T1 et T2 ».

Arrivée sur place, je dois faire des prises de sang, un prélèvement d’urine… et j’attend ma rencontre avec la sage-femme.  Je suis appelée et quand je me rends dans la salle d’examen, je ne vois aucune machine pour réaliser l’échographie. Il y a seulement une table, une chaise et une sorte de « fauteuil de sage-femme ». J’en oublierais presque de dire bonjour « on ne va pas faire d’échographie aujourd’hui ? ». Elle me répond que non, que le rendez-vous sert à connaitre nos antécédents médicaux, à comprendre mes souhaits quant à l’accouchement et c’est tout.

Je réponds tour à tour aux questions « administratives » mais je suis de plus en plus mal, l’angoisse m’envahit à nouveau comme une liane qui m’étouffe. J’ai les larmes aux yeux, je n’arrive plus à suivre et je lui explique que je ne sens toujours pas mon bébé. Elle a beau me donner les chiffres, me dire que c’est beaucoup trop tôt pour sentir mon bébé, que c’est normal, je n’arrive pas à me détendre. Elle me fournit les coordonnées de la psychologue attachée à la maternité et le note simplement dans mon dossier « angoisse +++ » (avec mon accord).

Le rendez-vous est terminé, je dois sortir…. Et je fonds en larmes. Je veux voir mon bébé, je veux savoir s’il va bien, je veux savoir si je ne porte pas encore la mort. Je n’ai toujours pas de ventre à 4 mois de grossesse, je ne ressens ni bulles ni petits coups. Je n’ai rien sur quoi me raccrocher pour tenir le coup. Je vide tout, je ne m’arrête plus de pleurer et la sage-femme est complètement désemparée… quand elle me demande d’attendre 2 minutes.

Elle revient avec une de ses collègues (sage-femme échographe) qui avait fini son service…et lui a demandé si elle pouvait me faire une rapide échographie pour que je puisse voir mon bébé parce que je n’arrive pas à me rassurer. Sa collègue accepte et sur le chemin pour aller dans une salle avec machine, elle me rassure à nouveau : c’est rare mais elle comprend mon angoisse. C’est bête mais juste d’entendre « je comprends » alors que je ne me sens pas légitime sur ma peur depuis le début (c’est vraiment irrationnel !), je me sens mieux. Et puis je vais voir mon bébé !

La découverte du sexe à la maternité

Attention, voici le moment le plus « honteux » de ma grossesse mais en plus d’être une GRANDE angoissée, je suis une éternelle impatiente.

Me voici donc sur la table d’examen, le gel sur le ventre prête à voir mon bébé. Je suis seule – mon chéri n’ayant pas pu poser sa demi-journée (et l’hôpital nous ayant dit que sa présence n’était pas indispensable). Elle me montre à nouveau le cœur et mon petit bébé qui gigote. Je pleure de soulagement. Tout va bien.

Je sens que l’échographe va éteindre la machine… mais je sais qu’il est déjà possible de savoir le sexe à ce stade avec une quasi-certitude…. Alors je demande – l’air de rien – « c’est toujours une fille ? ». Je n’ai absolument aucune idée de si je porte un petit garçon ou une petite fille mais je décide de tenter en priant qu’elle prenne 1 min de plus pour regarder et me dire….

« Ah on va regarder si vous voulez ! »

Je suis sans voix. Ça a marché. Dans quelques secondes, je saurais si j’attends une fille ou un garçon.

« Aucun doute, on voit bien la graine de café ! Vous voyez ? Eh bien, on ne voit rien entre les jambes justement ! Une petite fille oui ! »

Crédit photo (creative commons) : Mon Petit Chou Photography sur Unsplash

Et me voila qui pleure. Pour la première fois, je pleure de bonheur. Pour la première fois, pendant quelques secondes, mon angoisse disparaît pour ne garder que ce moment extraordinaire de ma grossesse : j’attends une petite fille !

L’échographe me remettra même une photo du visage de profil de mon bébé en me disant de m’accrocher à cette jolie frimousse et de tenir le coup. Elle ne saura jamais à quel point sa gentillesse et son écoute m’ont apaisé et m’ont touché !

La découverte du sexe par mon chéri

Ayant pris ma demi-journée, je décide de foncer au centre commercial pour concocter une petite valisette pour dévoiler à mon chéri le sexe : la maternité m’ayant remis un ÉNORME sac d’échantillons de biberon, lingettes and co, j’ai l’idée de rajouter une petite boite. Je ferais semblant de lui montrer le soir les « cadeaux » qu’il y a dedans ensemble.

Je trouve une petite valisette neutre, une guirlande en tulle rose et une petite carte à Sostrene Grene. Je fais mon premier achat de vêtements bébé ce jour-là également en prenant un petit pyjama rose et des chaussettes roses et blanches (j’aurais mis avec plaisir du vert ou du jaune, mais ça aurait été quand même moins parlant pour mon Chéri !). Je glisse l’ensemble dans la valisette et j’écris sur la carte « C’est une fille ! ».

J’attends Chéri de pied ferme. Je bous d’impatience de lui dire…. Quand il m’annonce qu’il a des choses à terminer et qu’il ne sera pas là avant 21h (au lieu de 19h habituellement). Nooooon, comment je vais tenir ?

Moment honteux numéro 2 : je n’en peux tellement plus de ne pas pouvoir le dire…. que je l’annonce à ma « belle-belle-sœur » (rappelle-toi, celle qui a eu une FC le même jour que moi et qui ensuite est tombé enceinte 1 semaine avant : on est devenu très proche et il ne se passe pas une seule journée sans qu’on échange).

Chéri arrive et le plan se met en marche. Je lui montre les 3 (!!) sacs que ma remit la maternité avec les dizaines d’échantillons. Il pose les papiers, les brochures et les échantillons ou cadeaux un par un à mesure qu’il regarde… puis il prend la valise et l’ouvre : « bah dis donc, ça va les cadeaux ! Ils font ça à toutes les femmes qui accouchent là-bas ? C’est con, ils font comment pour celles qui attendent un garçon ? ».

Moi à ce moment précis :

Crédit photo (creative commons) : Statue au jardin des Tuileries

Je lui fais les gros yeux : « Oh il y a une carte dedans, c’est quoi ? ». Il le lit…. « hein ? » *changement de visage avec petits yeux mouillés* « Quoi ? Une fille ? Non c’est vrai ? C’est une fille ? C’est sûr ? Comment tu sais ? ». Je lui expliquerais toute l’histoire…et il me promet qu’il ne m’en veut pas de l’avoir su sans lui, que ça ne change rien. On passera ensuite les prochaines semaines à se dire « hey…chéri…. c’est une fille !! ».

J’annoncerais à nos familles que nous savons maintenant le sexe avec certitude… et que nous l’annoncerons à tout le monde en même temps : nous réunirons donc nos 2 familles !

L’annonce à la famille

Nous avons fait « simple » et amusant : j’ai acheté 2 ballons noirs (toujours à Sostrene Grene) et des confettis (violet, rose et doré). Le jour de « l’annonce », nous avions demandé à tout le monde de deviner : tout le monde (16 adultes et 4 enfants !) parie sur une fille. Chéri voulait une fille absolument alors personne n’imagine un petit garçon. Nous gonflons nos ballons…. Nous faisons monter le suspens…. Et POUF on les explose en même temps !

Tout le monde se marre, certains pleurent de joie : ça devient concret. J’attends une petite fille !

Les nausées, mon poids et moi

Je ne t’en ai que très peur parler jusqu’à présent et pourtant de 6 SA…jusqu’à 22 SA environ. J’ai vomis jusqu’à 10 fois par jour sans pouvoir avaler quoique ce soit pendant près de 6 mois.

A 3 mois, j’ai été hospitalisé car j’avais perdu plus de 10% de mon poids d’avant grossesse. Aucun traitement n’a fonctionné : du vogalène, primperan… en passant par le donormyl (utilisé à la base comme somnifère) jusqu’au Zophren (utilisé normalement pour les personnes suivant une chimio). Rien n’a fonctionné… à part le temps.

Crédit photo (creative commons) : Volodymyr Hryshchenko sur Unsplash

Je suis donc à 6 mois de grossesse… et malgré mon mini gabarit, je n’ai pas pris un gramme. Je n’ai même pas de ventre du tout. Déjà que je n’arrive pas à me projeter dans cette grossesse, je ne ressens pas mon bébé, je n’ai pas de ventre et j’ai des vomissements : où est le 2ème trimestre de bonheur que l’on m’a vendu ?

Les premiers coups

Je suis à 20 SA chez ma gynecologue pour le suivi du 6ème mois : elle me propose de faire une échographie (pour elle, la dernière remonte à la T1) pour me rassurer (quant aux coups que je ne sens pas et mon ventre inexistant) : le bébé va bien et est même légèrement au-dessus des courbes. Mon ventre ne veut donc rien dire. Elle prend le temps de me montrer mon bébé… qui bouge sur l’écran et la je réalise : « Mais… j’ai senti une sorte de gargouillis au moment où je l’ai vu bouger… c’est ça ? c’est vraiment mon bébé ? »

Je passerais les prochains jours les mains collés sur mon ventre – ultra concentrée pour le plaisir de la ressentir.

A 23 SA, je la ressens bouger absolument tous les jours – presque toute la journée.

Les chiffres et moi

J’ai du mal à te retranscrire par écrit (surtout maintenant que ma fille est née et que finalement, tout va bien) mon stress mais pas une seule journée ne se passait sans que je ne m’inquiète ou que je n’imagine le pire.

Le summum de mon stress est arrivé à 24 SA. A 24 SA, je sais que le bébé peut être inscrit dans le livret de famille en cas de malheur… et c’est également « l’âge » où le bébé a des chances de survie (même minimum) si un accouchement doit avoir lieu.

De 24 SA jusqu’à 34 SA (à 34 SA, on sort de l’extrême prématurité), je passerais mes semaines (et surtout mes mercredis – jour de changement de semaines) à regarder les nouvelles chances de survie de mon bébé.

C’est ainsi que se termine mon 2ème trimestre de grossesse… à 28 SA et  80% de chances de survie en cas d’accouchement prématuré. 

Est-ce que je vais me détendre ? Est-ce que je vais arrêter de passer ma vie à l’hôpital ? Absolument pas !

A propos de l’auteur

29 ans, Maman d'une petite fille de février 2019, mariée à Chéri (d'origine chinoise), survoltée et angoissée, je te raconte ici ma fausse couche, ma grossesse sous stress (le mien !) et mon nouveau quotidien de maman avec un bébé koala !