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A la une / Vie de maman

Une histoire de tétine, de doudous et de petits doigts

Avant d’être une maman en devenir c’est le genre de sujet qui ne me faisait pas du tout réagir. A la fois je voyais des bébés autour de moi avec une tétine et ça ne m’interpellait pas plus que ça. Et à la fois le pouce ou les doigts étaient une évidence, moi qui avais sucé mon index et mon majeur et qui ai été élevé dans une famille où aucun enfant n’a eu de tétine. Et même si j’ai quand même toujours été choquée par les enfants qui ont la tétine en permanence dans la bouche, tout ça me passait un peu au-dessus de la tête.

Et puis je suis devenue une maman en devenir.

Et pour moi il était hors de question que mon bébé ait une tétine. Il ferait comme ses parents, il trouverait son pouce ou ses doigts, le droit ou le gauche, comme il veut, mais il n’aurait pas de tétine. Impossible pour moi d’envisager de lui cacher son joli visage de bébé par un morceau de plastique aussi volumineux. Inconcevable pour moi de lui mettre du plastique dans la bouche alors qu’il était si petit et si vulnérable. D’ailleurs, mon bébé ça sera un bébé calme, comme sa maman, et il ne pleurera jamais (ah ah ah … ironie et désillusion !).

Malheureusement pour moi, dès la maternité Crapouillou s’est révélé être ce genre de bébé qu’on entend. Beaucoup. Souvent. J’ai eu le droit à la fameuse « troisième nuit affreuse ». Et alors qu’après deux heures de cris et de pleurs (de la part du bébé ET de la maman), quand je me suis résolue à appeler la puéricultrice de garde, celle-ci m’a montré une technique magique : le petit doigt. Parfaitement adapté à la bouche de bébé, disponible de suite, et avec le goût et l’odeur de maman en prime. De ce petit doigt, j’en ai usé et abusé. J’en ai passé des minutes et des heures à le laisser exprimer son besoin de succion. Pour l’endormir. Pour le calmer. Pour parfois aussi soulager mes seins endoloris.

Et j’en avais, des arguments, contre tous ceux qui voulaient absolument que je donne une tétine à mon bébé. Parce que je passais pour une extra-terrestre, d’être contre cette sacro-sainte tétine.

Et puis, quand Crapouillou a eu quatre mois, rien n’allait plus. (Un jour je te parlerais de cette sale période, et pourquoi je n’aime pas les bébés entre quatre et six mois). Entre autres, il avait décidé de prendre mon sein pour une tétine. Il ne s’endormait qu’au sein. Et en journée, je ne pouvais même pas le poser une fois endormi. Sans parler des couchers compliqués le soir, et des réveils ultra fréquents la nuit. Et du fait qu’il n’avait jamais manifesté la moindre intention de mettre son pouce dans sa bouche. Alors, timidement, honteusement, je me suis décidée à lui acheter une tétine. Elle a très vite été adoptée et nous a permis de résoudre certains réveils et de faciliter certains endormissements. Mais cette tétine est restée entre nous : personne ne savait qu’il avait une tétine. Elle restait cantonnée à son lit, on ne prenait jamais de photos de Crapouillou avec sa tétine dans la bouche, et même pour aller chez sa nounou on ne la mettait pas dans son sac. Tu l’auras compris : je n’assumais clairement pas cette tétine.

Elle est quand même rentrée petit à petit dans notre vie. Mais il y avait une règle : la tétine c’est uniquement pour dormir. Une fois la nuit ou la sieste terminée, on la range dans sa boîte jusqu’au prochain dodo.

Crapouillou a grandi, il a appris à s’endormir seul, dans son lit. Il a aussi appris à faire des siestes, à se caler sur un (pseudo) rythme. Et puis il avait ses doudous. Un doudou plat, appelé « doudou », et une peluche appelée « pand’ours » (mélange de panda et ours). Il s’y est attaché, doucement mais sûrement. Un bobo, un chagrin, un coup de fatigue : doudou et pand’ours étaient là. Crapouillou a toujours pu y avoir accès en toute liberté, mais là encore avec une seule règle à respecter : interdiction pour eux de sortir à l’extérieur. Doudou étant une pièce unique (fabrication artisanale), il était hors de question de prendre le risque de le perdre. Du coup, dès l’âge de 14-15 mois, Crapouillou était en mesure d’aller chercher ses doudous lui-même pour se réconforter après une chute ou une frustration quelconque.

Quant à la tétine, il a fini par vraiment s’y attacher aussi. Il a fallu plusieurs fois rappeler la règle : la tétine c’est dans le lit pour dormir (ou dans la voiture pour les longs trajets). Maintenant il va falloir réfléchir à une méthode pour s’en débarrasser et ça risque d’être une étape compliquée. Mais chaque chose en son temps !

Crédit photo : photo personnelle. A gauche : Pand’ours. A droite : doudou. Et cette fameuse tétine. 

Et puis P’tit Matelot est arrivé

Comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et qu’avoir des enfants c’est renoncer, un par un, à tous ses principes de base, j’étais beaucoup moins catégorique sur la question de la tétine pour P’tit Matelot. J’avais quand même une préférence pour que ce bébé arrive à trouver son pouce, mais si ça devait se terminer avec une tétine, après tout, tant pis.

Je lui ai donc quand même laissé du temps pour qu’il trouve son pouce. J’ai donc appliqué la même technique que pour Crapouillou : le petit doigt. Mais sans en abuser (du moins au début), je ne voulais pas l’habituer. Et puis, comme l’allaitement se passait beaucoup mieux, j’avais plus de facilité à la mettre au sein quand il en avait besoin – et tant pis si des fois c’était plus pour tétouiller que pour téter. Un peu avant ses deux mois, P’tit Matelot a trouvé son pouce, qu’il appréciait beaucoup. Il savait très bien le mettre dans sa bouche et s’apaiser de cette succion…quand il était calme. Quant à avoir l’idée de l’utiliser pour se calmer, ou s’endormir, ça ne lui ai jamais venu à l’esprit. Non, pour ça, il y a le doigt de maman et le sein de maman. C’est quand même tellement mieux. Ah oui, parce que P’tit Matelot a ses exigences, et même le doigt de papa, ça n’allait pas. C’est vite devenu ingérable, et invivable. D’autant plus avec un grand à gérer. Alors, une nuit où j’étais seule et que je n’en pouvais plus, j’ai ressorti la vieille tétine de Crapouillou. Et P’tit Matelot l’a prise… pour mâchouiller…mais jamais pour sucer, se calmer et s’endormir. On a essayé plusieurs fois, rien à faire. On a même fini par en acheter une autre, avec une forme différente (anatomique vs physiologique). Mais il n’en voulait pas. Pire, ça l’énervait dès qu’on lui mettait ce truc dans la bouche. Un comble ! Je dirais même, un double comble !

Alors un jour on a pris le problème à bras le corps et on a décidé qu’il était temps de le sevrer du petit doigt. Il approchait quand même de ses six mois ! Ça n’a pas été facile, mais en deux ou trois jours c’était fait. Résultat : P’tit Matelot n’a ni son pouce, ni une tétine. Enfin si, sa tétine est restée attachée à son doudou et il la mâchouille un peu pour se faire les dents.

Crédit photo : photo personnelle. Les doudous de P’tit Matelot

Pour lui aussi on a fait le choix d’avoir un doudou plat plus une peluche. Pour l’instant ni l’un ni l’autre n’ont de nom, mais il y est déjà très attaché : il leur fait un câlin quand on lui donne. Son doudou est de la même création que celui de Crapouillou. Mais sa peluche n’est pas celle qu’on avait été lui acheter avant sa naissance : pour une raison quelconque, je lui ai proposé un jour cette petite souris bleue qui lui avait été offerte et elle a l’air d’avoir été adoptée.

Au plus fort de la crise (entre les quatre mois et six mois de P’tit Matelot) je maudissais la terre entière et affirmais que le prochain bébé, c’est sûr, je lui fourrerais une tétine dans le bec dès la maternité. Mais cette certitude s’est déjà un peu étiolée et Dieu seul sait comment on procédera le moment venu. Peut-être que notre troisième enfant prendra son pouce pour s’endormir ? En tout cas je partirai avec beaucoup moins d’à priori et de principes que la première fois !

Edit : une heure après avoir écrit cet article, j’ai surpris P’tit Matelot en flagrant délit de suçage de pouce ! A la crèche elles m’ont confirmé qu’il le prend régulièrement, surtout lorsqu’il est fatigué. Les enfants nous surprendront toujours !

 

Toi aussi tu avais un avis tranché sur la question ? La tétine était une évidence ou pas du tout ? ça s’est passé différemment selon tes enfants ? Racontes !

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).