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Après avoir eu si peur de ne jamais pouvoir avoir d’enfant, la grossesse de ma fille a été la période la plus heureuse de ma vie. Enfin tous mes rêves se réalisaient. J’allais avoir un bébé, une petite fille tant rêvée, tout se passait à merveille. Ma plus grosse angoisse s était envolée.
J’ai pensé que tout ce dont j’avais rêvé était à portée de main: un bel appartement, un mari génial, une famille en bonne santé, des amis, un Ville que j’aime, une bonne situation professionnelle. Je n’avais pas de complexe. Bien sûr, parfois je me trouvais inintéressante, et cela m’attristait, mais dans l’ensemble je me disais que ma vie était enviable et que les gens devaient certainement se dire cela en me regardant enceinte et si épanouie.

Et puis ma si petite fille est née. Et le ciel nous est tombé sur la tête.

A cet instant précis, lorsque j’ai compris qu’elle allait être très malade, voire qu’elle allait mourir, j’ai eu l’impression que rien ne serait plus jamais pareil. Que j’étais tombée dans un gouffre, un puit sans fond dans lequel aucune lumière ne pourrait jamais exister.
J’ai vécu ces dix jours de vie au début avec honte. Honte que sa naissance ne soit pas le plus beau jour de ma vie, honte qu’elle soit malade, honte de ma détresse.
Puis j’ai pris chaque moment l’un après l’autre. J’avais peur qu’elle meure. Et peur de mourir aussi avec elle. Mon insouciance avait disparue, mon enthousiasme, ma joie, mon sourire. La vie que j’avais connue, ma sécurité, mon avenir avec elle. Il y avait un avant et un après.

Nous avons donné à notre bébé tout l’amour possible, j’ai senti à la minute où j’ai posé mon regard sur elle mon attachement à elle. Certaines mamans disent qu’elles ont eu du mal à réaliser au début. Cela n’a pas été mon cas. Nous avons pris notre rôle de parents à cœur. Plus les jours passaient et plus nous commencions à comprendre la violence de ce que nous étions en train de vivre. Et plus la perspective d’une vie sans elle a commencé à nous traverser l’esprit. Nous avons pris du temps avec elle pour lui dire à quel point nous l’aimons, nous lui avons chanté des chansons, lui avons dit à quel point nous étions fiers d’elle, que nous avions préparé sa chambre. Je lui ai dit merci pour cette grossesse. Merci de vivre ces quelques jours avec nous. Nous lui avons caressé la tête, les yeux, les mains les pieds, le torse. J’ai embrasse sa petite bouche. Nous avons profité de son odeur, de ses petits bruits de bébé, de ses très rares pleurs, de ses jolis yeux ouverts et vifs. Changé quelques couches, donné un bain, un biberon. Mis un petit body. Passé de la crème sur son petit corps de bébé. Elle a rencontré deux de ses tantes, et maman. Elle a été baptisée. Les infirmières et médecins se sont occupés d’elle avec énormément d’amour. Et nous avons pu être avec elle pour ses derniers moments. Elle est partie entourée d’amour. Nous lui avons dit que c’était ok de partir. Que nous l’aimerions toute notre vie, que nous ne l’oublierions jamais.

Tous ces moments si durs.
Et en même temps si beaux.
Nous sommes devenus parents.
Et nous avons été les meilleurs parents du monde.

Notre enfant n’aura jamais souffert. Elle n’aura été accompagnée que d’amour du jour de sa conception à sa mort. Et encore aujourd’hui. Son histoire n’est pas un tabou. Elle est dans le cœur de nos amis, collègues, famille élargie et bien sûr dans notre cœur et dans nos pensées pour toujours. Notre fille a eu une si courte et si belle vie.

Quand elle est partie cela a été le néant. Qui suis-je? Qu allons nous faire? Quel est le sens de la vie? J’avais une bonne étoile jusqu’à ce jour, où est elle? Dieu existe il? La vie après la mort existe t elle? Que vont penser tous les gens en nous voyant? En connaissant notre immense malheur?

Je me suis demandée que faire de tous mes espoirs et de tous mes rêves. Je souffrais tellement de son absence, de tout cet amour que je ne pouvais plus lui donner, de cet avenir envolé. Je ne pouvais pas respirer ni voir le monde tel que je l’avais connu. Tout m’était étranger.
Encore aujourd’hui tout m’est étranger. Je me demande en quoi croire désormais. Et j’essaie de trouver l’origine de ma souffrance.

Parfois quand je pense à la vie de mon enfant, je me dis que c’est une belle réussite. Parfois je me dis que tout ça est tellement injuste. Et je suis en colère. Et puis très vite je me raisonne. Pourquoi suis je en colère? La vie et la mort sont les seules constantes de l’existence. La vérité c’est que je ne sais plus comment avancer. Le lendemain de sa mort, je ne pensais qu à une seule chose. L’amour des vivants. Je ne voulais que cela. Me reconnecter avec mes semblables. Et montrer que nous étions debouts, que la vie continuait.

Et puis les jours passent et l’absence est si pesante. L’amour des autres ne suffit plus.
Je dois intérioriser son absence. Trouver une histoire, une leçon de tout ça. En faire quelque chose de beau dans notre vie. Dans notre histoire. Car à part la fin, tragique, c’est une merveilleuse histoire d’amour dans notre vie. Une histoire d’amour qui aura duré 38 semaines et 14 jours exactement. Si tant est que cette histoire soit finie, ce qui n’est pas le cas.

J’ai beau savoir que nous vivons le pire, je n’arrive pas à nous trouver malchanceux. Nous souffrons mais nous avons eu la chance d’avoir eu un enfant, d avoir pu lui dire à quel point nous l’aimons, d’être ensemble et entourés. D’être jeunes. D’avoir la vie devant nous. Certains choisissent de voir le pire dans une histoire comme celle ci. Je crois que j’ai envie d’y voir le meilleur. Alors que faire de mon insouciance envolée? De ma joie, de mes rêves? Est ce que je peux être heureuse malgré tout?

Je sais que mon bébé ne reviendra pas. C’est un fait. Je sais aussi que je ne l’oublierai jamais. Que mon amour pour elle est immortel.
Elle m’a permise d’être maman.
Alors oui je ne pensais pas vivre mes premiers pas de maman ainsi. Dans la maladie. Dans la mort. Mais j’ai compris aussi qu’être parent c’était se mettre en péril. Que la souffrance serait immense, aussi immense que l’amour que l’on porte à son enfant. Personne n’est à labri. Aujourd’hui, je sais que nous aurons d’autres enfants. Je sais aussi que rien ne se contrôle. Le contrôle que je pensais avoir sur ma vie était une illusion. Je sais aussi à quel point nous sommes forts. Je sais aussi à quel point je suis affectée par les regards des autres. Sur ce drame. Je n’ai jamais aimé ces gens qui racontent leurs histoires douloureuses à n’importe qui. J’ai toujours eu du mal avec la souffrance et le chagrin. Maintenant je sais.

Je sais que cela ne tue pas. Je sais aussi que tout est éphémère. Que tout est possible, que tout peut arriver. Que personne n’est à l’abri. Et surtout pas moi.
Je sais que l’on ne contrôle pas ce qui arrive, mais que l’on peut choisir la manière dont on voit les choses. Et même dans le pire, choisir de voir le monde à travers des lunettes roses. Pour s’émerveiller toujours et choisir la gratitude quoi qu’il arrive.

C’est difficile de se rappeler de la personne qu’on était avant. Avec nos rêves et nos illusions. J’essaie de m’y raccrocher, parfois cette personne me manque. Et puis je me dis que ce que j’imagine toujours, mes rêves et mes projections n’arriveront jamais. Cela ne veut pas dire que la réalité ne sera pas aussi belle que ce que j’ai imaginé, juste que ce sera différent. C’est vrai aussi pour mes angoisses (bonne nouvelle). Peut être que cela me libérera. Je crois aussi que, peut être, j essaierai d’arrêter de vouloir contrôler ce que je ne peux contrôler. La vie. Le regard des autres (100% faux de celui que j’imagine).

J’aime cette réflexion qui dit que notre mental donne notre perception de la vie. La vie, elle, est. Simplement. J’aime aussi penser que je suis. C’est tout. Je ne suis pas triste ou joyeuse ou à plaindre ou à envier. Je suis. Et chaque personne portera sur moi un regard qui lui est propre et qui sera différent de son voisin. Et c’est très bien. Et cela ne doit avoir aucune espèce d’influence sur mon bonheur.

Alors oui mon enfant n’est plus là. Mais mon enfant a eu une belle vie. Mon enfant sera aimée. Mon enfant est une leçon de vie pour tous. Et même si jamais je n’aurai voulu que ce qui s’est passé se produise, je ne dois pas avoir honte de son histoire et de notre histoire. Mais vivre avec le meilleur de ce qu’elle nous raconte. Le chagrin et la souffrance n’apportent pas plus d’amour à mon bébé. La vie, le fait de continuer à croire que nous allons avoir d’autres enfants en bonne santé, et d’avancer comme nous l’aurions fait si elle était vivante est la plus belle manière de continuer à porter son amour avec nous.

Car si elle était en vie, j’aurais gardé mes rêves et mes espoirs. Alors je décide qu’elle est toujours en vie. Et que la vie doit être belle et heureuse pour ne pas ternir ce si beau souvenir de son passage parmi nous.

A propos de l’auteur

Maman citadine de 34 ans, la maternité est mon combat, mon idéal et nourrit mes réflexions au quotidien sur la vie et le sens à lui donner.