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A la une / Témoignage

Préserver notre enfant après le divorce

Je lis souvent des témoignages sur des divorces qui se passent vraiment très mal, notamment pour les enfants, premières victimes de la séparation de leurs parents.

Je ne vais pas dans cet article faire l’apologie d’un système plus qu’un autre. Je ne vais pas non plus juger les histoires familiales des uns et des autres. Je vais simplement te raconter mon histoire, notre histoire, et te prouver que oui, des divorces réussis qui préservent les enfants, ça existe aussi.

portrait petit garçon

Crédits photo (creative commons) : J.K. Califf

Au départ…

Je me suis mariée avec le papa de mon fils 3 ans à peine après l’avoir rencontré. Nous nous aimions très fort, on passait des moments géniaux tous les deux, mais nous avons traversé aussi beaucoup d’épreuves. À chaque fois, nous avons surmonté ensemble, main dans la main.

En août 2009 , enfin je tombe enceinte. Mes antécédents étant ce qu’ils sont (je suis malheureusement habituée des fausses couches depuis toujours), je démarre cette grossesse très stressée. Pourtant, cette fois, c’est la bonne, notre bébé s’accroche. Je nous installe dans les 3 dans une bulle protectrice pendant ces 9 mois. Je veux me préserver au maximum, je suis en mode bisounours et licornes à paillettes. C’est peut-être pour ça que la suite fut une telle gifle.

Le 16 mai 2010, alors que mon terme est déjà dépassé d’une journée, je me réveille très angoissée. Quelque chose se passe mal, j’en suis sure. Ni une ni deux, mon mari m’emmène aux urgences. Je te raconterai cette journée cauchemardesque une autre fois… Disons simplement que mon fils est né malgré tout, qu’il a survécu malgré tout, et que nous sommes rentrés tous les 3 chez nous 15 jours plus tard.

Quand ça ne va plus

L’accouchement m’avait traumatisé. Lentement mais sûrement, je suis rentrée dans une spirale de dépression sévère et d’auto-dénigrement. Moi qui avait toujours assumé mon corps, voilà que je ne pouvais supporter que mon mari me touche. J’étais une jeune femme très sûre d’elle, pleine d’assurance, je me renfermais désormais sur moi même, me coupais de tout tellement je me sentais insignifiante. Mon rôle de maman seule me faisait du bien. Mais en même temps, dès que je posais les yeux sur mon petit guerrier, je pleurais de culpabilité, car je me rendais responsable de tout ce qu’il avait subi de douleur déjà si petit.

Mon mari a fait ce qu’il a pu. Bien sûr, il a parfois fait des erreurs, des faux pas, mais il a toujours fait ce qu’il a pu avec les armes qui étaient les siennes. Il a même renié une partie de sa famille par amour pour moi.

De mon côté, même si j’étais consciente d’aller mal, je ne voyais pas comment sortir de tout ça. J’ai repris le travail à temps partiel, mais ça a continué de nous éloigner l’un de l’autre encore un peu plus. Nous avons déménagé, pensant qu’un nouveau départ serait salutaire. On discutait toujours beaucoup.

Mais un jour, il a bien fallu se rendre à l’évidence. Tout l’amour que nous avions l’un pour l’autre avait été empoisonné par nos problèmes au fil des mois, par nos difficultés à réaliser chacun de notre côté que nous avions un souci à régler. Moi ma dépression, mes angoisses et mon passé. Mon mari son incapacité à me comprendre, son épuisement moral à se battre contre trop de choses depuis notre rencontre. Nous avons baissé les bras, tout simplement.

À la fin, la toute fin, nous nous sommes fait du mal et c’est ce qui nous a décidé à nous séparer. C’est là que nous avons décidé que malgré l’échec de notre mariage, nous ferions tout pour réussir notre divorce et surtout préserver K , qui avait à peine 2 ans.

Le divorce

Je ne vais pas te raconter toutes les étapes. Mais le jour où nous nous sommes retrouvés tous les deux, dans la salle d’attente du tribunal de Chartres pour signer nos papiers de divorce, nous étions secoués tous les deux.

C’est main dans la main que nous avons patienté. Comprenons-nous bien : nous étions absolument sûrs d’avoir pris la bonne décision. Mais mettre un terme à notre mariage officiellement fut une épreuve pour nous.

C’était un divorce par consentement mutuel, donc tout a été très simple. Le seul crédit que nous avions était celui de la voiture, donc l’argent n’a pas été un problème supplémentaire.

Finalement, ce dont nous avons discuté le plus fut le mode de garde pour notre fils. Nous étions très triste de lui imposer notre séparation, peut-être plus même que de nous séparer.

L’organisation de la garde alternée

Dès le départ, l’idée que K. ne puisse voir son papa que le weekend (et encore, pas tout le weekend, puisque son père travaille le samedi) m’était intolérable. Nous avons opté pour une garde alternée.

Du dimanche soir au mardi soir, et du jeudi matin au samedi soir, notre fils serait avec moi. Du mardi soir au jeudi matin, et du samedi soir au dimanche soir, avec son papa. Pour les vacances, tant que l’un ou l’autre ne part pas, on garde nos jours de garde tels quels, et quand son papa part voir sa famille dans le sud pour 10 jours, il embarque notre fils, et moi je le prend 10 jours de suite quand ils reviennent.

Parfois, si j’ai envie d’une sortie avec mon fils un dimanche, j’en parle à son papa, et nous trouvons un terrain d’entente. De même, s’il a besoin d’un dimanche pour lui. Nous communiquons énormément au sujet de notre loulou. Lorsqu’on le dépose chez l’un ou l’autre, nous prenons 5 minutes pour discuter des jours qui viennent de passer, de la moindre évolution, du moindre bobo.

Ça nous a semblé très important que l’enseignant de K. connaisse chacun d’entre nous, c’est pourquoi c’est son papa qui le dépose à l’école le jeudi matin. Nous emmenons ensemble notre fils le jour de la rentrée scolaire, et nous assistons aux réunions ensemble également. Dans la mesure du possible, nous assistons aussi ensemble aux spectacles de notre fils, et si l’un de nous est absent, l’autre filme pour que nous puissions le voir tous les deux.

Lors des fêtes de Noël, nous tachons de nous réunir tous les 3 pour un petit moment ensemble. Cette année, nous passons la journée du 24 ensemble. Idem pour les anniversaires de notre fils. Nous organisons une balade tous les 3 chaque année.

K. apprécie particulièrement ces moments où il peut profiter de son papa et de sa maman ensemble rien que pour lui.

Au-delà de ça, il fait parfaitement la différence entre la maison de papa et la maison de maman, et il a tout aussi parfaitement intégré l’idée que j’aime Mr Goldorak à présent, et que nous sommes aussi une famille avec lui. D’ailleurs, dans ses cahiers de dessin à l’école, il nous représente souvent tous les 4 ensemble.

Il a ses affaires chez nous et ses affaires chez papa. Ça nous amuse de constater qu’il joue avec certains jouets avec son papa, alors qu’il n’aime plus du tout les mêmes jouets chez maman. Il est à l’aise dans ses pompes, équilibré, il exprime ses sentiments et ses envies, il a beaucoup d’amis et il semble très heureux. Nous sommes tous les deux très fiers de lui.

Réussir à rester en bon termes

Là tu vas me dire, ok, c’est chouette, mais le fait que nous soyons restés amis aide pas mal a la bonne entente et tu as raison. Nous sommes conscients de la chance que nous avons d’être toujours aussi proches. Pour autant, ça n’a pas toujours été aussi facile.

Nous avons parfois eu des choses à reprocher à l’autre, autant nous concernant que concernant K.

Par exemple, son papa a commencé à jouer à la bagarre avec lui. Ça m’a beaucoup contrarié, car je le trouvais trop petit pour assimiler ce qui était du jeu et ce qui ne l’était pas. De son côté, il essayait d’inculquer des bonnes manières à notre fils, comme dire oui et pas ouais. Alors que pour moi, ce n’est pas si grave. Il y a eu aussi des choses plus graves, comme le partage des dépenses liés à K. ou la place de mon deuxième mari dans sa vie.

Mais à chaque fois, que ce soit en discutant ou en écrivant un courrier quand les choses devenaient trop tendues pour réussir à en discuter calmement, nous avons com-mu-ni-qué. C’est la base de tout. Et en faisant un pas l’un vers l’autre, on trouve des compromis.

Nous faisons également front commun envers K. Il essaie parfois de jouer sur le côté maman m’a puni mais mon papa va me sauver. Ou inversement. Nous soutenons toujours la décision de l’autre et si parfois nous avons des divergences d’opinions, nous n’en parlons JAMAIS devant notre enfant.
K. est un enfant et il garde sa place d’enfant, il n’a jamais été et ne sera jamais l’otage de ses parents.

K. a bientôt 5 ans maintenant, et il restera pour toujours la preuve que son père et moi nous sommes aimés très fort. C’est à ça que nous pensons quand parfois les choses se compliquent.

J’espère que mon témoignage pourra apaiser ceux qui le liront et se sentiront concernés. Le divorce ou la séparation fait mal dans tous les cas, mais il faut garder à l’esprit le bien être de nos enfants. Ils n’ont pas à souffrir de nos erreurs ou de nos échecs.

Et toi ? Tu as réussi à rester en bon terme avec l’autre parent de ton enfant après une séparation ? Tu aurais aimé pouvoir continuer à communiquer sans heurts, mais ça n’a malheureusement pas été possible ? Quelle solution de garde a été choisie ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !