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A la une / Vie de maman

Quand le retour au travail ne se passe pas bien : les expériences de Doupiou, Die Franzoesin et Miss Chat

Doupiou, Die Franzoesin, Miss Chat, Étoile et Urbanie ont un point commun : ce sont toutes des mamans qui travaillent. Et malheureusement, pour chacune d’entre elles, la reprise du travail après leur congé maternité s’est plutôt mal passée.

Reproches implicites, perte de responsabilités, mise au placard, voire harcèlement moral, elles reviennent sur cette période de leur vie et te donnent des conseils si toi aussi tu es victime de discrimination après ton congé.

Discrimination à la reprise du travail après le congé maternité

Crédits photo (creative commons) : freephotocc

Doupiou

Avant la reprise

Je suis fonctionnaire dans une petite commune d’environ trois mille habitants. Lorsque j’apprends ma grossesse, je suis en poste depuis deux ans. J’annonce la nouvelle six mois après mon mariage (après la première échographie) et ça se passe assez bien. Pas de sauts au plafond, pas de cris de joie et pas de “Félicitations !”, mais je m’y attendais.

Je demande immédiatement un aménagement d’horaires, car j’ai la possibilité de réduire mon temps de travail d’une heure par jour. La hiérarchie (ma maire et ma directrice) me l’accorde, mais l’élu en charge de mon service (qui n’a aucun pouvoir hiérarchique sur moi) commence à poser problème et me demande de prendre cette heure de récupération soit le matin, soit à midi. Je refuse, car c’est surtout en milieu d’après-midi que je tombe de fatigue. Les tensions commencent à s’installer, mais je continue d’aller aux réunions tard le soir pour faire bonne figure.

Par la suite, mon gynéco m’arrête plus d’un mois avant mon congé maternité. Pendant cette période et jusqu’à mon accouchement, je n’ai quasi pas de nouvelles de mon boulot. Puis je décide de prendre quelques semaines de congé parental, et ensuite mes congés payés. Le jour de la reprise, ça fait neuf mois tout pile que je me suis arrêtée.

La reprise

La première semaine se passe plutôt bien, je reprends doucement mes marques. Mais j’ai désormais un impératif : plus possible de faire des heures sup’ le soir, car j’ai ma fille à aller récupérer. Mon élu commence à me faire ressentir son insatisfaction : il n’est disponible que le soir. Je lui rappelle que c’est à lui de s’adapter aux horaires du service et non l’inverse, et les tensions deviennent de plus en plus présentes.

Un soir, en réunion, il pose un gâteau encore dans son emballage sur la table. Personne ne l’ouvre. Ils (car ce sont tous des hommes) ont attendu que la réunion se termine (trois heures plus tard) et que je quitte la salle pour rester et manger ce gâteau. Je m’en suis aperçue en revenant quelques minutes plus tard après avoir oublié ma veste. C’est une petite anecdote très insignifiante, mais elle m’a fait ressentir que je n’étais plus à ma place. Que s’est-il passé ? Est-ce qu’on m’en veut d’être partie en congé maternité ? Même les autres élus avec qui je m’entendais très bien jusque-là semblent me tourner le dos.

Les semaines qui suivent sont de plus en plus difficiles. On me traite comme une enfant, on me fait des réflexions puériles, on me dit que je ne travaille pas assez (rapport au refus des faire des heures sup’, sûrement), on m’humilie et me hurle dessus lors des réunions, en cherchant la moindre faille dans mon travail pour prouver un pseudo manque d’investissement… Et ça, tous les jours ! J’en deviens malade, je fais de grosses crises d’urticaire, je ne dors plus. La hiérarchie est consciente et mécontente de ces agissements, mais ne réagit pas.

J’ai demandé une mutation car ce climat devenait invivable. J’ai pris un nouveau départ, je reprends du plaisir à faire mon travail dans une nouvelle équipe professionnelle, respectueuse et soudée.

Die Franzoesin

Avant la reprise

Je travaille comme chef de projet pour la modernisation de l’administration en Allemagne. Concrètement, ça veut dire que je pilote des projets du type « déclaration de revenus en ligne », qui consistent souvent pour les usagers à passer du papier à l’électronique. Avant mon mariage, j’ai eu la chance avec mon équipe de gérer un très gros projet pour plusieurs milliers d’usagers. On en a même parlé dans la presse ! Mais ça, c’était avant…

Dès mon mariage, ma hiérarchie a commencé à évoquer de potentiels essais bébé et j’ai dû me battre pour obtenir de nouveaux projets. Et puis, je suis tombée enceinte, et là, ils ont décidé de recruter un poste en CDI dans mon service, comme pour me remplacer. Pour moi, le signal était clair : à partir du moment où j’étais enceinte, ma hiérarchie considérait que je ne reviendrais jamais « vraiment ». Finalement, les faits leur ont un peu donné raison…

J’ai été arrêtée tôt dans ma grossesse, dès le septième mois, puis j’ai pris un congé parental d’un an (ce qui est très classique en Allemagne).

La reprise

Lorsque je suis revenue, j’ai demandé un temps partiel – ce qu’en Allemagne, l’employeur ne peut pas refuser aux parents d’enfants de moins de 3 ans. Je travaille désormais à 75%, tous les jours de 8h30 à 14h30. Enfin, je travaille… Je n’ai pas toujours beaucoup à faire, et ne traite plus en tout cas que de petits dossiers ou des interventions ponctuelles.

Le paradoxe de ma situation, c’est que je me sens à la fois victime et coupable. Victime car je trouve que ma hiérarchie n’est pas rationnelle, et qu’elle devrait davantage utiliser les trente heures par semaine que je mets à sa disposition – mes compétences, elles, sont bien restées les mêmes, non ? Coupable parce que oui, j’ai été absente un an, que je ne suis pas revenue à temps complet, et qu’en plus, j’envisage désormais un deuxième bébé. Alors parfois, je me demande : si j’étais ma propre chef, est-ce que je ne ferais pas comme eux ?

Je prends donc mon mal en patience et me console en me disant qu’on ne peut pas tout avoir : un poste passionnant et toutes ses après-midis avec bébé, ce serait trop beau… Si notre deuxième enfant arrive bientôt comme je l’espère, je reviendrai sans doute plus motivée et décidée à demander de nouvelles responsabilités. Même si j’aimerais conserver mon temps partiel encore quelques années, j’espère qu’alors, je trouverai une place pour quand même, malgré tout, recommencer à exploiter toutes mes capacités.

Miss Chat

Avant la reprise

À l’époque de ma grossesse et de mon congé maternité, j’étais consultante freelance pour une agence de recrutement. J’aimais ce boulot, son dynamisme effréné, l’ambiance de travail dans une boîte de jeunes (24-32 ans), et je n’ai jamais lésiné sur les heures sup’ tellement je me sentais impliquée !

La boîte avait signé notre contrat de collaboration en sachant que j’étais enceinte. J’avais énormément de flexibilité et je n’ai jamais dû subir de remarques désagréables. Au contraire, je bossais autant que tous les autres « alors que j’étais enceinte », ce qui m’a plutôt attiré de la sympathie et de l’admiration. Mon boss était très tolérant à tous les niveaux, et me répondait souvent : « Tu es freelance, tu fais ce que tu veux ! »

Bref, je suis partie en congé maternité en toute sérénité, sans penser tout à fait que mon organisation n’allait certainement pas être compatible avec une Croquette, et en me disant que je me réjouissais déjà de retrouver cet environnement qui me plaisait tant après mon congé.

Après la reprise

En tant que freelance, je pouvais évidemment décider moi-même de la durée de mon congé (indemnisé des cacahuètes en Belgique…) et je m’étais dit que quinze semaines comme les employées semblaient une bonne durée.

Quand je suis revenue au boulot, j’ai découvert un monde très différent de celui que j’avais quitté… J’ai déjà parlé de certaines raisons qui m’ont poussée à quitter mon job dans Sous Notre Toit. Mon boss était devenu inflexible, autoritaire et punitif (genre si tu arrives avec cinq minutes de retard parce que ta fille a fait un caca atomique de dernière minute, tu es obligée de venir une heure plus tôt le vendredi). L’équipe avait également changé de mentalité : des clans se formaient, il y avait des ragots, des insultes, des histoires de copinage, et même de coucherie…

Mais le pire a été la gestion de mes horaires, qui ont été durcis malgré mes demandes répétées d’allègement. La flexibilité avait disparu, et ma motivation avec. Ne jamais voir ma fille le soir, c’était évidemment impossible. J’étais toujours freelance, mais je ne faisais plus ce que je voulais.

Alors j’ai dit stop. Une ancienne collègue qui avait créé sa propre boîte m’a proposé de devenir recruteuse freelance à mi-temps pour elle et une de ses amies cherchait à engager un responsable ressources humaines employé à mi-temps. J’ai dit oui sans hésiter ! Et chaque jour depuis neuf mois, je me félicite de ce choix. En combinant les deux statuts employée/freelance, je conserve la flexibilité que j’aimais tant, tout en ayant la sécurité et les avantages du salariat.

Mais surtout, ces deux femmes ont la quarantaine, trois enfants chacune et comprennent à chaque minute ce que ça implique d’être (jeune) maman. Pour elles et pour moi, les enfants sont une priorité absolue et je ne peux plus m’imaginer travailler dans un environnement où les gens ne penseraient pas de la même manière.

La semaine prochaine, Étoile et Urbanie te raconteront leurs propres expériences, et Urbanie te donnera des conseils pour te sortir d’une situation similaire…

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Et toi ? Tu t’es sentie discriminée à ta reprise du travail ? Comment as-tu vécu cette période ? Comment as-tu résolu les soucis ? Viens nous raconter !

A propos de l’auteur

Je suis la personne qui réceptionne et planifie les articles pour les sites Dans ma tribu et Sous notre toit ! C'est aussi à moi que tu peux poser toutes les questions qui te tracassent à propos des deux blogs. J'ai 29 ans, un chouette mari, deux jolies petites filles et deux gentils chats. Nous vivons tous les six heureux dans notre grand duplex à la campagne !