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A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement nous réservait une petite surprise…

Monsieur Bear et moi sommes français et vivons en Allemagne depuis un peu plus de trois ans. Je tombe enceinte fin septembre 2015 : nous habitons alors dans le Neuilly-sur-Seine de la ville, dans un quartier très très chic. La gynéco qui s’occupe de mon suivi a travaillé auparavant dans l’hôpital que j’ai choisi pour accoucher, dont la maternité est une des plus réputées. Bref, c’est une pointure, ma gynéco.

Fin janvier, nous voilà à l’échographie qui nous permettra de connaître le sexe du bébé. Monsieur Bear a une préférence pour une fille, moi, ça m’est complètement égal. C’est important pour nous de connaître le sexe : c’est déjà bien assez difficile de se mettre d’accord sur un prénom, il est hors de question qu’on double l’effort de réflexion (Monsieur Bear est franchement NUL pour trouver des prénoms).

Après quelques minutes de suspense, le verdict tombe : « And it’s… a girl !! » (Et c’est… une fille !!)

Naissance sexe du bébé surprise

Crédits photo (creative commons) : Lars Plougmann

Nous sommes ravis ! Elle nous montre alors sur l’écran la partie de l’entrejambe en nous expliquant que ces deux trucs que nous voyons là sont les caractéristiques d’un bébé de sexe féminin. Monsieur Bear, étant un peu plus calé que moi en anatomie, dit : « Ah oui, en effet ! » Moi, je ne comprends pas grand-chose à ce qui se passe sur l’écran (à la Rachel dans Friends).

Nous commençons alors les recherches de prénoms de fille. Ayant un prénom ancien et rare (moins de trente naissances par an), il est hors de question pour moi de piocher dans les listes de prénoms les plus populaires. J’ai toujours été la seule portant mon prénom, et même si je ne l’aime pas vraiment car je trouve sa sonorité peu heureuse et sujette à de nombreux jeux de mots (pas bien méchants, ceci dit), c’est important à mes yeux que notre fille ne partage pas son prénom avec quatre autres filles de sa classe. J’aime les vieux prénoms un peu désuets mais très féminins, Albertine, Ernestine, ou encore Léopoldine, mais Monsieur Bear pose son veto à chaque fois : « Mais ça fait un peu Léo-pole-dance, non ?? » (Nan mais sérieux…)

En juin, à quelques jours du terme, nous nous mettons enfin d’accord. Nous avons même choisi son deuxième prénom ! Bref, nous sommes prêts à accueillir notre fille, qui se fait désirer et arrivera finalement dix jours après terme (en Allemagne, la grossesse compte 40 semaines, contre 41 en France, et l’accouchement est déclenché au bout de dix jours si besoin).

Je n’aime pas le rose, ni le violet. Je n’ai jamais été très « fifille », j’ai grandi en short à jouer aux petites voitures, legos et playmobils plutôt qu’à la barbie. J’avais dans l’idée d’élever ma fille loin des classiques genrés. J’ai donc acheté des vêtements et accessoires beiges, gris, bleus, blancs. Neutres au possible ! Bien sûr, nous avons reçu quelques cadeaux roses ou mauves, c’était inévitable.

La petite ne se décidant pas à sortir de son doux cocon, je suis finalement déclenchée : on me fait boire une espèce de cocktail franchement dégueulasse à base d’huile de ricin, supposé provoquer des contractions.

Et quelques cinq heures plus tard, après avoir vomi le cocktail entre deux contractions, après avoir été admise rapido en salle d’accouchement avec un col qui s’est dilaté de 1 à 8cm en une heure trente (merci la tisane de feuilles de framboisier qui assouplit le col) en entendant la sage-femme me dire : « Ah non Madame, là, c’est trop tard pour la péridurale ! », après avoir poussé bien trop longtemps à mon goût alors qu’on m’avait dit : « Ça va aller très vite maintenant, elle va arriver dans quelques instants ! », mon bébé sort enfin. La sage-femme le brandit fièrement pour que je puisse le voir et annonce avec un entrain certain : « Congratulations ! It’s a boy !!! » (Félicitations ! C’est un garçon !!!)

« What ??? But we don’t have a name for him !!! » (Quoi ??? Mais nous n’avons pas de nom pour lui !!!) sont donc les premiers mots que je prononce en tant que jeune maman. Et en effet, même sans mes lunettes, je vois bien que le doute n’est pas possible.

On me pose mon bébé sur la poitrine, et ce n’est pas un sentiment d’accomplissement et de bonheur immense qui m’envahit, mais plus de l’incrédulité et de l’incompréhension. Je ne profite pas vraiment de ces premiers instants comme je l’avais imaginé. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que Monsieur Bear doit être profondément déçu, que ce n’est pas le bébé que nous attendions… J’ai l’impression qu’il y a erreur sur la marchandise !

Et surtout, il faut qu’on lui trouve un prénom ! Il a fallu cinq mois pour nous mettre d’accord sur un prénom de fille, là, nous devons trouver un prénom de garçon en deux jours. Je soumets à Monsieur Bear une liste de quelques prénoms, nous hésitons entre trois, puis deux. Finalement, nous choisissons un prénom classique, mais peu commun, tiré d’un livre non moins classique, qui m’a toujours fascinée. Il porte donc le prénom de Lévine (non, ce n’est pas Adam) (et la littérature, bordel ??) (#teamléon).

Sur le coup, cette histoire ne me fait pas beaucoup rire, contrairement à ma famille (« On a piqué une crise de fou rire à table tous ensemble, quel petit farceur ! » « Ha ha ha, mais quelle histoire rigolote, ça nous a bien fait marrer ! ») et à mes amis, qui ne loupent jamais une bonne occasion de se moquer des Allemands (on ne se refait pas, hein) qui ne savent pas lire correctement une échographie.

Aujourd’hui, tout va mieux, bien sûr. Nous nous sommes faits à l’idée, nous avons le bébé le plus beau du monde (évidemment) et sommes complètement gagas. Quand je repense à ces quelques heures qui ont suivi l’accouchement, je n’ai pas été déçue, ou en colère.

J’ai mis du temps à m’attacher à mon bébé, à réaliser que c’était bien lui, à accepter cette nouvelle réalité que j’avais prévue si différente. Non pas que j’aie l’intention d’élever un garçon ou une fille de manière diamétralement opposée, mais après m’être préparée pendant cinq mois à accueillir une fille, l’adaptation a été un peu difficile.

Nous lui mettons les vêtements roses que nous avons reçus en cadeau, par contre, les robes ont été rangées à la cave… Maintenant, je le dis à toutes les femmes enceintes qui veulent bien l’entendre : « Tu ne peux être sûre à 100% du sexe du bébé qu’à la naissance ! »

Et toi ? Tu as demandé le sexe de ton bébé avant la naissance ? Comment aurais-tu réagi s’il y avait eu une erreur ? Dis-nous !

A propos de l’auteur

Française vivant en Allemagne, nous avons accueilli notre premier bébé en juin 2016