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A la une / Témoignage

J’ai envie d’un deuxième enfant, mais pas mon compagnon

J’ai mis un peu de temps à le convaincre d’avoir des enfants. Il n’était pas trop partant. Mais on était jeunes, la première fois que je lui en ai parlé. On ne savait pas si on ferait notre vie ensemble… Mais notre couple a duré, comme une évidence. Et il a fini par aimer l’idée d’avoir des enfants.

Il y a un peu plus de trois ans, est arrivée dans notre vie une petite choupinette exceptionnelle. Oui, je sais, ils sont toujours exceptionnels, nos enfants. N’empêche, tu ne m’enlèveras pas de l’idée qu’elle est super intelligente, belle, sociable, câline et adorable…

Son arrivée a évidemment bouleversé quelques petits équilibres, mais ça s’est globalement passé de manière idéale. Si l’accouchement m’avait laissé un goût un peu amer (une césarienne avec des douleurs importantes les jours suivants) et si j’ai mal vécu l’allaitement, notre fille a vite fait ses nuits et s’est acclimatée rapidement à nos weekends nomades.

Lorsque j’ai commencé à ressentir le besoin de faire le deuxième, elle n’avait pas encore tout à fait 2 ans. J’ai voulu bien faire les choses, et j’ai consulté la gynécologue avant. Il s’avère que j’ai bien fait car, « petit » détail anatomique, la césarienne n’avait pas bien cicatrisé sur l’utérus… Il fallait la reprendre pour consolider la paroi, sous peine de rupture utérine en cas de grossesse. Verdict : pas de nouvelle grossesse avant six mois post-opération dans le meilleur des cas, plus sûrement un an.

Là, je me suis littéralement effondrée. Effondrée de voir que ma fille n’aurait pas de petit frère ou sœur proche d’elle en âge comme je le voulais. Effondrée parce que ça repoussait l’âge où on serait libérés des contraintes des enfants en bas âge. Effondrée parce que tout ce dont j’avais rêvé s’envolait.

Quand le conjoint ne veut pas de deuxième enfant

Crédits photo (creative commons) : Guian Bolisay

Mais surtout, surtout, j’ai eu l’impression avant, et même après, l’opération que ma féminité toute entière était remise en cause. Je me sentais abîmée de l’intérieur.

J’étais cassée.

Je ne valais plus rien.

Bonne à jeter.

Mon conjoint m’a bien soutenue dans les premières semaines post-opération. Il s’est occupé de moi à la maternité et après (eh oui, car l’ironie, c’est que je suis repassée exactement par les mêmes choses que pour la naissance : même maternité, même cicatrice ouverte et refermée, même douleurs et soins post-opératoires pénibles…). Mais je n’arrivais pas à me sortir de la tête cette sensation d’être abîmée et bonne à rien.

Je déprimais sérieusement.

À ce moment-là, mon impatience vis-à-vis de ma fille s’est amplifiée. Si j’avais du mal avec le « terrible two », ça ne s’est pas arrangé ! Mais mon couple aussi a commencé à être en danger car je n’avais plus aucune libido, j’étais toujours fatiguée et je prenais une pilule contraceptive obligatoire que je ne supportais pas.

Puis, six mois plus tard, est venu le rendez-vous de contrôle, attendu avec angoisse. Et là, le soulagement total ! Une véritable libération : tout était parfaitement cicatrisé. Récupération parfaite de l’opération. Autorisation de prévoir une grossesse dès maintenant, avec recommandation d’attendre encore quelques mois toutefois.

Le soir même, je lui ai demandé : « Quand est-ce qu’on lance le deuxième ? »

Le soir même, il m’a annoncé qu’il n’était plus sûr d’avoir envie.

Décidément, ça a été les montagnes russes, cette journée !

Et la discussion m’a montré l’étendue des dégâts. Il n’était pas sûr que je puisse assumer, étant donné que j’étais fragile/déprimée. Il trouvait qu’on avait un bon équilibre à trois. Il ne voulait pas recommencer les mauvaises nuits. Il ne voulait pas prendre le risque d’avoir un enfant moins cool, moins intéressant, plus compliqué. Il avait peur de ne pas aimer le deuxième autant que la première… Mais surtout, il s’inquiétait pour moi. Il s’inquiétait pour nous. Il nous trouvait déconnectés, se posait des questions sur notre avenir.

Les raisons me concernant étaient légitimes. J’avais été insupportable ces derniers mois. Je me suis éloignée, oui, déconnectée de lui, murée dans ma souffrance de mère castrée. Et j’avais frôlé l’épuisement maternel avec la première. Alors c’était vrai, il fallait que des choses changent.

J’ai donc pris des rendez-vous pour régler une fois pour toutes mes problèmes de sommeil (et ça a marché ! Ça durait depuis quinze ans et je dors à présent comme un loir !), fait des séances de sophrologie, vu une ostéo plusieurs fois…

En fait, rien que le fait de me savoir « réparée » m’a déjà beaucoup aidée. J’ai fait énormément de progrès. J’ai agi sur tous les tableaux et j’ai avancé comme je n’avais jamais avancé. J’ai changé ma relation à mon boulot, auparavant très prenant. J’ai apaisé la situation avec ma fille. J’ai me suis reconnectée avec ma libido – et avec lui ! Tous ces progrès dans l’espoir de le convaincre que j’étais capable et prête à avoir un deuxième enfant.

Il reconnaît tous ces changements. Mais il nous trouve encore fragiles et ne se voit pas replonger dans les couches. Alors voilà. L’opération, c’était il y a un an. Il ne change pas d’avis. Et moi non plus.

Non, notre couple ne va pas bien. Mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est à cause de la frustration immense que je ressens. Dès que je perçois en lui une mini porte ouverte, je vais mieux pour plusieurs jours. Dès que je vois la porte se fermer, je me sens morose.

Alors quel avenir ? Soit je le force à accepter et il m’en veut. Soit il me contraint à renoncer et je lui en veux. Comme d’autres témoignages que j’ai lus, j’ai l’impression d’une famille incomplète. J’ai peur pour ma fille. J’ai lu aussi des témoignages qui expliquaient qu’être enfant unique, ce n’était pas aussi dommageable que ce que je croyais. Mais comment aurais-je fait sans ma sœur quand j’ai perdu mes parents ? Je ne veux pas que ma fille reste seule s’il nous arrive quelque chose.

On parle beaucoup. Enfin, je parle beaucoup. J’essaie de comprendre son point de vue, mais je n’arrive pas à accepter ses arguments, que je considère uniquement « pratiques ». On a 34 et 33 ans. J’ai l’impression que c’est maintenant ou jamais. Plus on attendra, moins il voudra retrouver les couches !

J’ai vraiment l’impression de devoir faire un deuil. Et ce deuil n’est même pas obligatoire. Il est réversible ! Quand j’ai perdu mon père à 19 ans, quand j’ai perdu ma mère à 25 ans, il n’y avait plus rien à faire que les enterrer. Le deuil était nécessaire car incontournable. Comment accepter que quelqu’un qui n’a pas été, comment accepter qu’une simple idée disparaisse alors qu’il est encore possible qu’elle apparaisse ?

Et je me demande constamment : « D’où vient une envie pareille ? » C’est vrai, quoi… Pourquoi ça me rend si malheureuse ? J’ai une bonne situation, une fille adorable, un conjoint compréhensif (généralement) et présent, une chouette petite maison… Pourquoi vouloir plus ?

Ce truc indéfinissable que je ressens au fond de mes tripes, il sort d’où ? Quelle légitimité il a ? Et pourquoi, parce que je ne veux pas y renoncer, je me sens presque capable d’assumer la mise en danger de mon couple, et donc de toute ma vie de famille actuelle ? Je serais prête à tout perdre pour un deuxième enfant ? Ce n’est pas un peu dingue, ça ?

Renoncer à la maternité évoque plutôt les difficultés de conception. C’est d’autant plus culpabilisant quand on a la chance d’avoir déjà un enfant. Mais c’est une réalité aussi que de renoncer car le projet n’est pas partagé par le conjoint.

Et chez toi ? L’arrivée d’un nouvel enfant fait-elle débat ? Comment vis-tu ce désaccord ? As-tu aussi l’impression que ça fragilise ton couple ? Viens en parler…

A propos de l’auteur

34 ans, 1 fille de 3 ans, un conjoint génial, une maison, un boulot que j'adore... Ouais, je sais, ça rendrait jaloux, non?