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A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement express à domicile, aux Pays-Bas

Jeudi soir. Je commence à trouver le temps long. Certes, nous sommes encore à 10 jours du terme, mais pour Bergamote, j’ai accouché 12 jours avant, et les sages-femmes ont estimé que l’avance serait similaire (tout en me prévenant qu’il pouvait toujours naître 4 jours après terme, histoire de ne pas susciter de trop folles espérances en moi !).

Demain, c’est le dernier jour de la stagiaire sage-femme. Je l’aime bien, j’aimerais bien qu’elle voie mon bébé (spoiler : elle a pu le voir dans la journée suivant la naissance).

Et puis, ça fait 2 fois que je rafistole mon vernis à ongles. J’ai pourtant mis toutes les couches préconisées pour que ça tienne bien, mais y’a pas, quand on s’occupe d’une maison et d’un grand bébé, la main droite ne résiste pas longtemps. Dans la série « la femme enceinte s’attarde sur des détails futiles », eh bien, je n’ai pas du tout envie de refaire mon vernis ! J’avais prévu que ce serait le vernis de mon accouchement, je veux qu’il tienne pour l’accouchement !

Ça fait deux nuits que je dors très peu. Et M. Agrume n’est guère mieux, je l’ai entendu grincer des dents pendant son sommeil (il faut préciser que sa situation professionnelle est incertaine en ce moment, alors avec l’arrivée imminente du bébé il n’est pas très rassuré). Moyennant quoi, ayant accumulé les heures de sommeil en retard, cette nuit, je m’endors très bien. Un peu avant, ou un peu après minuit, je ne sais pas trop. Rien de pire pour entretenir une insomnie que de guetter l’heure, de toute façon.

Ça ne dure pas longtemps. 1h25, une contraction me réveille. Bon. OK, j’ai eu une contraction, mais la douleur, je ne l’ai pas rêvée ? À force d’attendre, c’est bien le genre de choses dont je serais capable !

Je ne crois pas que 5 minutes se soient passées avant de sentir un peu de liquide chaud couler le long de ma cuisse. Bon, là je suis bien réveillée ! D’ailleurs, quand je me lève, c’est l’inondation. M. Agrume pourrait me suivre à la trace jusqu’aux toilettes. Enfin, les toilettes étant en face de la chambre, il n’a pas besoin de jouer au trappeur pour venir me demander si ça va.

Sûre de moi, je l’informe donc que j’ai perdu les eaux. Je ne savais pas comment c’était, car pour Bergamote, j’étais déjà allongée sur la table d’accouchement et proche de l’expulsion quand la poche des eaux s’est rompue (pour te dire, j’ai senti une partie de la poche des eaux sortir AVANT qu’elle ne se rompe. C’est une sensation très bizarre !). Mais perdre les eaux, ça ne ressemble à rien d’autre, tu ne peux t’y tromper quand la cascade est si franche !

récit accouchement à domicile aux Pays-Bas

Crédits photo (creative commons) : Kala Bernier

Faisant preuve d’un self-control certain, M. Agrume ne montre rien de sa panique (je le connais, il est en panique totale là). Il appelle la sage-femme, tâche de lui décrire mon état. Raté, elle demande à me parler… Autant M. Agrume est quasiment bilingue, autant moi j’ai appris à me débrouiller, mais en pleine contraction, mon anglais peut devenir carrément hésitant ! Car les contractions ont démarré très fort. Beaucoup plus que pour Bergamote ! Ma première sage-femme (qui m’avait suivie en France pour ma fille) m’avait prévenue qu’en cas de perte des eaux en premier, les contractions pouvaient être plus douloureuses… Bingo.

Je ne sais plus pour quel détail en particulier, mais à un moment, j’ai l’impression de répéter trois fois la même chose et finis par rendre le téléphone au Papa, un poil agacée. (Il faut dire que ces derniers temps je m’agace déjà bien facilement, alors avec les contractions à gérer en plus…) Maintenant, j’essaie de me mettre à la place de la sage-femme, en plein milieu de la nuit, au téléphone avec une femme en train d’accoucher qui ne parle pas sa langue maternelle (et habituelle de travail). Pas confortable non plus !

La sage-femme finit par nous dire de rappeler quand j’aurai eu 5 contractions régulières à 5 minutes d’intervalle ou moins. On a donc rappelé 25 minutes plus tard. Je t’ai dit que les contractions ont démarré très fort ? Heureusement, elle habite dans le coin, et est à la maison un petit quart d’heure plus tard.

Il est 2h15, le travail a commencé il y a 50 minutes. Rapidement, la sage-femme m’examine, je suis à 4 cm. Pour info, c’est le 2e toucher vaginal auquel j’ai droit depuis le début de ma grossesse, et le premier, c’était dans le but de trouver les fils de mon DIU (en vain). Qu’il est agréable de ne pas avoir sans arrêt des doigts étrangers dans son vagin !

En chien de fusil, je laisse passer quelques contractions sur mon lit. M. Agrume m’a apporté à ma demande des serviettes, car je continue à perdre du liquide amniotique régulièrement. Je lui demande également de me faire couler un bain. C’est une suggestion de la sage-femme, mais j’avais déjà fait ça pour Bergamote, et c’est vrai que ça aide. Je n’attends pas qu’il ait fini de couler pour m’y immerger !

Entre temps, la presque-grande sœur s’est réveillée, et son papa va s’occuper d’elle. Ces deux-là n’auraient pu trouver mieux : la petite Agrume a une grande personne toute dévouée à elle, et le papa a de quoi s’occuper pour garder la tête froide.

Plusieurs contractions passent dans le bain. Je ne sais pas combien. Je suis hors du temps. Jusqu’ici, j’avais toujours géré la douleur (pas que celle de l’accouchement) en concentrant mon attention sur une autre partie de mon corps. Là, ça m’est tout bonnement impossible. Alors j’accompagne en pensée chaque contraction. Oui, ça fait mal. Mais je m’imprègne de la finalité de cette douleur. Chaque contraction est une vague qui vient chercher mon petit et le porter chaque fois un peu plus loin. Je les encourage, ces vagues. Allez, encore un peu, un peu plus loin.

C’est très différent de mon premier accouchement ! Quand je suis arrivée à la maternité pour Bergamote, je voulais la péridurale. Je voulais que la douleur s’arrête. (Je ne suis restée que 50 minutes à la maternité avant la naissance, donc autant te dire que pour la péri, j’ai pu me brosser). Évidemment, là je n’encourage pas la douleur, mais les contractions. Enfin c’est quand même assez lié.

Une contraction un peu plus forte me pousse à me mettre à genoux dans la baignoire. Je me sens le cœur au bord des lèvres. Vite, je demande à la sage-femme quelque chose pour « cracher », le mot anglais pour vomir ne me revenant pas. Pleine de présence d’esprit (et aussi d’habitude, sans doute), elle me tend la poubelle (préalablement vidée de son sac). Il m’était arrivé la même chose pour Bergamote, j’aurais donc pu prévoir… et je sais donc que l’expulsion approche.

Précautionneusement, je sors de la baignoire, et j’enfile mon peignoir. Je n’ai nullement l’intention d’accoucher dans mon bain. Surtout que l’eau ne doit plus guère respecter les conditions d’hygiène nécessaires…

Je monte avec un peu de peine sur mon lit. C’est un peu plus dur qu’enjamber le rebord de la baignoire, car afin de faciliter le travail de la sage-femme d’abord, puis des kraamverzorgsters (qui assurent à la fois le rôle d’auxiliaire puéricultrice et un peu d’aide à domicile), mon lit a été surélevé. Nous avons pu louer des plots, un mois avant le terme prévu, pour les placer sous les pieds du lit.

Une nouvelle contraction. Ou peut-être deux, trois. Je réclame la poubelle, encore une fois. Et cette fois c’est l’intégralité de mon estomac qui se déverse dedans. Je repousse mon peignoir, qui soudain m’encombre, de mon torse sur mes fesses. Et je sens la tête progresser dans mon bassin, accompagnée d’une irrésistible envie de pousser. Pour Bergamote, j’ai le souvenir d’une sensation presque agréable. Ou plutôt d’une sensation à la fois douloureuse et agréable. Là, je ne dirais pas ça. Mais ça reste plus agréable que les contractions elles-mêmes… D’autant que ça signifie la fin des contractions ! (En fait non, mais les contractions de « tranchée », post-accouchement, sont quand même plus supportables).

Je sens que la tête est passée. Je suis toujours à quatre pattes, et la main entre les jambes, je peux sentir son crâne dans ma paume. Je m’entends crier « Il est là, il est là ! ».

M. Agrume accourt, après avoir reposé Bergamote dans son lit. Il me dit de me retourner. Me retourner ? Me mettre sur le dos ? N’importe quoi ! Je l’ignore. En revanche, j’oriente mon bassin vers la sage-femme pour qu’elle puisse réceptionner le bébé. Ce qui était en fait exactement ce que M. Agrume voulait que je fasse !

À partir de là, il y a eu un moment où je ne sais pas trop ce qui s’est passé, n’ayant pas une vision directe. Je pense que la sage-femme a essayé de dégager les épaules un peu vite au goût de mon périnée (mais pas forcément du bébé qui n’avait qu’une envie : sortir de cet endroit étroit !), qui n’était pas forcément à dilatation optimale vu la vitesse du travail. Toujours est-il que pour accompagner la sortie du bébé, tout en préservant mon périnée, je me suis retrouvée dans une position pour le moins acrobatique, à savoir à quatre pattes toujours, mais sur les pieds et non plus sur les genoux. Ce qui n’a pas empêché une déchirure de 3 points… c’est le gros désavantage d’un accouchement express. Il est 3h35, Kumquat est né.

Les évènements qui suivent sont beaucoup plus confus dans mon esprit. Je me souviens que la sage-femme a proposé à M. Agrume de couper le cordon, et qu’il a refusé, c’est donc moi qui l’ai coupé. Je me souviens que la sage-femme m’a demandé de pousser encore pour expulser le placenta, alors que j’étais cette fois allongée, puis qu’elle m’a recousue. Je me souviens que mon Kumquat tout neuf s’est accroché au sein pendant bien une demi-heure, enveloppé dans les serviettes les plus douces que M. Agrume a pu trouver…

Je me souviens que la kraamverzorgster censée assister la sage-femme est arrivée. Elles ont procédé aux examens accompagnant la naissance : poids, périmètre crânien, température, niveau d’éveil… la taille a été mesurée plus tard dans la journée. La température était un peu basse, et c’est M. Agrume qui a pris Kumquat contre sa peau nue pour le réchauffer… sans prendre le temps de retirer son pantalon et sa ceinture, ce qui fait qu’il a passé le reste de la nuit à moitié habillé.

Je me souviens aussi de ma grande fatigue. Emplie de bonheur et d’endorphines, c’est avec mon mari et mon bébé que je me suis endormie… dans mon propre lit.

Et toi ? Tu avais des drôles de lubies à la fin de ta grossesse ? Tu as compris tout de suite quand tu as rompu la poche des eaux ? Tu as accouché dans un pays étranger ? Tu te souviens avoir eu quelques soucis de communication liés à la différence de langue ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Me voilà, Mam' Agrume, 24 ans et maman parfaite (l'important c'est d'y croire). La famille Agrume a quelques tribulations à raconter, entre expatriation, agrandissement plus vite que prévu, déménagements successifs...