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Mon expérience d’accouchement avec une doula

Je viens te parler de mon expérience avec une doula (aussi appelée accompagnante à la naissance) lors de ma grossesse et de mon accouchement il y a cinq mois. Trop peu connues, j’ai trouvé que ces femmes qui proposent d’accompagner les futurs parents pendant le travail et l’accouchement méritaient bien un petit billet.

Accoucher avec une doula

Crédits photo (creative commons) : Wendy Kenin

Mon parcours

Je suis tombée enceinte très facilement de mon tout premier nain, en août 2015. Ma grossesse ne s’est pas très bien déroulée. J’ai eu tous les maux possibles au premier trimestre [mode zombie, nausées, vomissements : on] et je me suis retrouvée avec des contractions douloureuses au milieu du deuxième trimestre, qui m’ont obligée à garder le canapé pendant trois mois et demi [mode larve dépressive : on].

Néanmoins, depuis le début, j’avais le souhait de me diriger vers un accouchement le plus naturel possible, sans péridurale, sans perfusion d’hormones de synthèse, sans intervention extérieure (sauf urgence, bien sûr). Je te rassure, loin de moi l’idée de blâmer les femmes qui font le choix d’un accouchement médicalisé. Dans ce domaine, je suis convaincue qu’il faut que la femme puisse avoir l’accouchement qu’elle désire et qui lui convient, quelle qu’en soit la forme. Me concernant, il s’agissait d’une volonté très personnelle reflétant une conviction intime et le besoin de me prouver que mon corps de femme en était capable.

J’aurais adoré accoucher dans une structure type maison de naissance, mais il n’y en a pas dans notre département (la Haute-Savoie) et accoucher à la maison me faisait trop peur. Nous avons donc opté pour un accouchement « classique » à l’hôpital public, car ce dernier cumulait les avantages d’être à dix minutes en voiture de chez nous et de posséder une salle de naissance « nature », c’est-à-dire avec une médicalisation discrète et un personnel plutôt à l’écoute pour ce type de grande structure. En cas de problème, nous étions déjà sur place pour pallier toute urgence, ce qui rassurait mon homme et nos familles.

Au fil de mes pérégrinations sur le net lors de mes recherches sur les accouchements physiologiques, j’ai entendu parler des accompagnantes à la naissance, ou « doulas ».

Il s’agit de femmes qui proposent d’accompagner les femmes enceintes pendant le travail et l’accouchement. Loin de remplacer les sages-femmes, les médecins ou même le mari, elles se proposent d’être présentes pendant le processus de la naissance. Ainsi, elles rassurent la mère, guident le père pendant le travail, suggèrent des positions, aident à respirer pour gérer les contractions, pratiquent des massages, etc.

Pour moi, ça a été la révélation ! En étant accompagnée par une doula, j’étais certaine de réussir à gérer mes contractions et à éviter la péridurale. Elle pourrait dissiper mes doutes et m’encourager, elle aurait l’expérience nécessaire pour que j’aie confiance en son jugement et en son accompagnement.

Parce que quand même, j’avais beau avoir le désir d’accoucher sans péridurale, j’avais quand même très peur de ne pas y arriver. Et mon entourage ne faisait rien pour me rassurer, exception faite de mon homme. Il a d’ailleurs trouvé l’idée géniale. Ça le rassurait également d’avoir quelqu’un d’autre d’expérimenté à ses côtés pour l’aider à me soutenir.

C’était parti ! Restait à trouver la perle rare. Je me suis tournée vers Internet et ai découvert qu’il y en avait beaucoup en Suisse voisine. En France, nous n’avons pas trouvé de profil qui nous paraisse sérieux. Finalement, nous avons contacté deux doulas qui travaillaient en binôme. Le premier contact s’est fait par e-mail. Elles travaillaient sur Genève, en Suisse, mais acceptaient d’accompagner un accouchement en France.

Nous les avons rencontrées une première fois. Elles étaient chaleureuses, ouvertes. Elles ne nous paraissaient pas trop intrusives et avaient la même vision de l’accouchement que nous : un moment sacré, privilégié, qui doit le plus possible se faire en douceur en écoutant son instinct. Bref, le courant passait. Nous avons tenté l’aventure.

Par la suite, nous avons assisté avec un autre couple à une préparation à la naissance sur une journée, animée par les doulas, et nous les avons revues une fois en entretien à quatre. Dans mon dernier mois de grossesse, elles m’appelaient régulièrement pour prendre de mes nouvelles. On s’est beaucoup parlé par téléphone et messages.

Il était important pour nous de nouer un lien avec ces femmes, car elles devaient nous accompagner dans un moment unique et très privé. Il fallait que je les connaisse assez pour leur faire confiance et les laisser entrer dans ma sphère intime le jour J. Ce lien s’est fait tout naturellement, nous avons eu beaucoup de chance.

Nous nous sommes ensuite heurtés à un problème que je n’avais pas imaginé. Lorsque j’ai prévenu l’hôpital dans lequel j’avais prévu d’accoucher de la présence d’une accompagnante pendant mon accouchement, l’équipe s’est montrée très hostile à ce projet. En effet, leur règlement ne tolère qu’une seule personne dans l’espace de naissance. Il me fallait donc choisir entre la doula et mon homme !

Après plusieurs semaines de tergiversations (j’ai même songé à changer d’hôpital !), nous sommes finalement arrivés au compromis que mon homme et la doula seraient autorisés à faire des aller-retour pour se relayer à mes côtés. Cette solution ne nous satisfaisait pas pleinement, mais je me suis alors dit que j’essayerais de faire le maximum du travail à la maison avec les deux.

Qui sont les doulas ?

Il n’y a aucune formation officielle de doulas. Elles se forment elles-mêmes, fortes de leurs expériences du Féminin et du processus de la naissance. Cependant, il existe au Canada (qui est bien plus en avance que nous sur ce terrain-là), des formations d’accompagnantes à la naissance. Je citerai celle qu’ont suivi « mes » doulas : celle d’Isabelle Challut.

Elles travaillent en binôme afin d’assurer une permanence vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans les jours précédant et suivant la DPA. Elles m’ont donné un planning avec les jours de chacune afin que je sache, quand le travail commencerait, qui je devais appeler.

Évidemment, cet accompagnement a un coût. Notre expérience ne reflète pas le marché français vu que les prix suisses sont plus élevés en général, et j’imagine qu’ils dépendent des prestations : nombre de rencontres, permanence, présence complète ou partielle pendant le travail, etc. Pour te donner une idée quand même, nous avons payé l’équivalent de 600€ pour deux rencontres, une journée de cours de préparation à la naissance et trois semaines de permanence vingt-quatre heures sur vingt-quatre (deux semaines avant ma DPA et une après).

Et alors, finalement ?

Au final, le jour J (enfin, la nuit N), l’accompagnement de E., notre doula, a été à la hauteur de nos espérances. Elle m’a aidée à me centrer sur moi et sur mes contractions malgré l’excitation, à rentrer dans ma bulle. Elle a été une présence bienfaisante, discrète, rassurante pendant toute la durée du travail, relayant mon homme quand il en avait besoin, m’encourageant, me guidant.

Nous avons eu la chance en arrivant à l’hôpital à 4h du matin de tomber sur une sage-femme ouverte, qui a accepté de me laisser continuer le travail dans ma chambre, afin que nous puissions rester tous les trois ensemble avant de passer en salle de naissance.

Finalement, mon accouchement ne s’est pas tout à fait déroulé comme prévu (je viendrai peut-être te le raconter en détail dans un prochain article !), mais ces moments très forts restent gravés dans ma mémoire. Le fait de pouvoir être totalement en confiance pendant mon travail m’a permis de gérer correctement les contractions pendant onze heures jusqu’à dilatation complète.

Mon homme a également noué un lien très fort avec E. Il a l’impression d’avoir formé une véritable équipe avec elle pendant ces moments inoubliables.

En toute honnêteté, j’ai ADORÉ mon accouchement et je suis persuadée qu’il n’aurait pas été le même sans E. Je me serais posé plus de questions, j’aurais géré les questions du personnel de l’hôpital, j’aurais douté, et au final, je pense que je n’aurais pas pu rentrer complètement dans « ma bulle », qui a été pour moi le moyen de me concentrer uniquement sur mes sensations.

Notre expérience avec les doulas est donc très, très positive. Même le personnel de l’hôpital, pourtant réticent au début, l’a très bien accueillie. Il faut dire aussi que E. a su rester discrète et se présenter de manière très intelligente aux différentes sages-femmes (en leur précisant par exemple qu’elle n’était pas du tout là pour faire le même travail qu’elles et que leur présence était indispensable).

J’ai eu la bonne surprise le lendemain de mon accouchement de voir débouler dans ma chambre trois sages-femmes qui étaient présentes pendant mon travail. Elles ont fait des commentaires extrêmement positifs sur E., ayant trouvé cet accompagnement super.

Elles regrettaient de ne pas pouvoir être présentes comme ça pour chaque femme en travail – faute de temps et de moyens – mais ont du coup trouvé que la présence d’une doula était extrêmement bénéfique, au point de les soulager dans leur travail sans pour autant prendre leur place.

Elles m’ont posé plein de questions sur les formations de doulas, d’où venait E., etc. Ça a été un échange très sympa, et j’espère que cette expérience contribuera à faire modifier la politique de cet hôpital sur la présence d’une troisième personne en salle de naissance.

En conclusion

Tu l’as compris, je ne peux que te conseiller ce type d’accompagnement. Si tu souhaites un accouchement plus classique avec péridurale, la présence d’une doula n’est pas incompatible, bien au contraire.

Je te conseille cependant de bien la choisir, de vérifier son expérience et sa formation, d’être certaine que le courant passe vraiment avec elle. Il est primordial d’être en confiance avec ta doula. Évite toute personne qui a l’air dirigiste, qui sait mieux que toi ou ton mari ou qui risque de se mettre entre toi et le personnel de l’hôpital. À mon sens, une accompagnante doit simplement guider, tout en respectant les souhaits du couple.

Rencontre-la souvent avant ta DPA et n’hésite pas à revenir en arrière si tu as un doute. Veille également à bien en parler avec le futur papa. Il faut évidemment que lui aussi soit partant pour partager ce moment et que son contact avec la doula soit très bon.

Si ces conditions sont réunies et que tu as la chance de trouver la bonne accompagnante, je pense sincèrement que tu pourras vivre ton accouchement pleinement, sereinement et en toute confiance. Avec en bonus, la création d’un lien humain spécial, très fort et indéfectible.

Et toi ? Tu connaissais les doulas ? Ce genre d’accompagnement te plairait ? Tu te sens prête à sauter le pas ? Viens nous dire…

A propos de l’auteur

Geekette-écolo-trollfée pailletée et trentenaire comblée d'un petit loupiot né en mai 2016, je partage mon temps entre mon travail, ma famille et mes (trop) nombreuses passions !