Menu
A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement d’un bébé en siège… sans péridurale, merci !

Quand je t’ai laissée la dernière fois, l’assistante anesthésiste arrivait dans la salle d’accouchement pour me préparer à la péridurale… or, moi, je n’en voulais pas !

Dès le début de ma grossesse, j’avais annoncé mon souhait d’accoucher sans péridurale. Et puis, quand on a découvert à l’échographie du troisième trimestre que notre bébé était en siège, le personnel médical (sages-femmes et gynéco) m’a fait comprendre que, pour un siège, la péridurale était fortement recommandée.

Pour deux raisons :

  • le risque de complications étant plus élevé, si la péridurale est installée, c’est plus sûr en cas d’intervention d’urgence,
  • comme pour un siège, c’est la maman qui doit faire tout le travail jusqu’au bout (pas de forceps ou de ventouse possibles), il faut qu’elle garde toutes ses forces pour pousser la tête, qui sort en dernier : elle ne doit donc pas être trop fatiguée par le travail.

Après de grandes discussions, on avait fini par trouver un compromis, avec ma sage-femme : j’acceptais la pose du cathéter dans le dos, mais sans injection de produits. Comme ça, la voie était ouverte en cas d’urgence, mais je gardais ma « liberté » tant que tout se passait bien. Cette décision avait été inscrite sur mon dossier, et a priori acceptée par l’obstétricienne de garde cette nuit-là.

(Encore une fois, j’ai eu beaucoup de chance, car l’obstétricienne de garde était habituée aux accouchements de bébé en siège par voie basse.)

Mais quand l’anesthésiste arrive dans la chambre, je découvre une femme très désagréable, qui me reproche de la réveiller en pleine nuit pour « ça ». Pour elle, la péridurale, « ce n’est pas un jeu », et de toute façon, « c’est tout ou rien ». Elle prétend qu’elle ne peut pas juste poser le cathéter, et que c’est « maintenant ou jamais ». Même Juliette, la sage-femme, en est déconcertée et me regarde avec un air désolé.

Mais moi, je ne me démonte pas. Lorsque l’anesthésiste me pose la question ultime, est-ce que oui ou non elle me pose la péridurale, je lui réponds que je n’en veux pas, de son truc (ce qui la met encore plus en colère, puisque du coup, elle a vraiment été réveillée pour rien !). Elle voulait sans doute me faire peur avec son « maintenant ou jamais », mais je ne suis pas stupide : je sais très bien que s’il y a une complication et qu’il faut me faire une rachi, elle n’aura pas le choix (pas plus que moi) !!

Juliette va quand même faire valider la décision par l’obstétricienne, qui accepte que je reste sans péridurale (puisque, comme je le disais, elle est très expérimentée). Après coup, j’ai été super contente que l’anesthésiste ait été une vraie conne, car c’est grâce à elle que j’ai pu avoir mon accouchement sans péridurale !

Après cet épisode, Juliette me propose de prendre un bain, la maternité étant équipée de deux baignoires. J’accepte aussitôt. À 1h30, j’entre donc dans l’eau chaude. Mon mari m’accompagne dans la pièce, malgré la chaleur intense qui y règne. On discute un peu – entre les contractions. Puis, comme je suis de moins en moins bavarde, il s’occupe avec un bouquin. Désormais, j’ai vraiment mal lors des contractions, mais je profite de l’accalmie entre chaque pour me ressourcer, souffler et me préparer pour la suivante.

Accouchement naturel

Crédits photo (creative commons) : eyeliam

Au bout d’une heure, j’ai vraiment trop chaud. Je veux sortir du bain, même si j’ai peur d’avoir encore plus mal une fois hors de l’eau. Et puis, je suis curieuse de savoir à combien est ouvert mon col. Verdict : entre 7 et 8.

Dans la chambre, j’essaye de gérer les contractions debout, mais ça devient vraiment dur. Juliette doit me reposer le monitoring, et ça me fait tellement mal que je m’installe sur le côté : je suis mieux ainsi pour gérer ma douleur. Juliette arrive à me caler les capteurs sans avoir à mettre la ceinture.

L’heure qui suit est compliquée. Je me souviens avoir souffert. Mais heureusement, mon mari sort une arme ultime : Aladdin ! Mais que vient faire Aladdin ici ? En fait, avant de partir, mon mari avait installé sur son téléphone deux dessins animés, dont Aladdin. Vers 3h, il se cherchait une occupation, et comme je ne voulais pas de musique, il a décidé de regarder Aladdin.

Et finalement, je regarde avec lui. Aladdin était mon Disney préféré quand j’étais gamine, et d’entendre les voix, de voir les images, ça m’aide véritablement à gérer émotionnellement la douleur. Bon, j’ai aussi le masque avec du gaz hilarant ! Mais vraiment, je dirais que cette nuit-là, Aladdin a été ce qui m’a permis de tenir au moment où c’était le plus dur.

Et puis, à un moment donné, a priori vers 4h, je dis à mon mari que je n’en peux plus. Je ne peux plus me retenir de pousser, ça me fait trop mal, et il n’y a qu’en « lâchant tout » que ça me soulagera. Peu importe si ce n’est pas le moment, je me lâche. Et je hurle. Ça me soulage.

Je ne sais plus vraiment dans quel ordre se sont passées les choses. Juliette arrive, me dit que je suis ouverte à 10 et qu’on va pouvoir s’installer. Elle part chercher le reste de l’équipe (accouchement en siège = plein de gens pour l’accouchement !). Je suis encore allongée sur le côté lorsque, à la faveur d’une contraction, je perds les eaux.

Tout le monde entre dans la salle. On me dit qu’on va m’installer en position gynécologique. Je demande à rester sur le côté, mais on me dit que, pour un accouchement par le siège, ce n’est pas possible. J’obtempère, on m’installe. Juliette me branche la perfusion. Je panique et demande ce qu’on m’injecte. Elle me répond que c’est de l’eau sucrée et une molécule qui va m’aider à pousser (j’ai oublié ce que c’était).

Je fais patienter tout le monde à chaque contraction. Je pousse, mais je pousse mal : on m’explique qu’il faut que je garde mon souffle (alors que moi, je crie à chaque poussée) et que je me concentre. On me dit qu’on va m’installer rapidement une sonde urinaire. Je proteste, mais on me dit qu’il le faut et que moi, je dois rester concentrée sur mes poussées.

Je pousse mieux. Je demande si je pousse bien, on ne me répond pas vraiment. Je sens une piqûre et demande si c’est une anesthésie locale pour une épisiotomie. Je ne sais plus très bien ce qu’on me répond, mais je comprends que oui. On me répète de me concentrer. (Mais je suis concentrée !! J’ai juste besoin de savoir TOUT ce qui se passe !!)

Je pousse, j’ai l’impression que ça dure depuis trois quarts d’heure. Puis je sens quelque chose sortir, et je me dis : « Mince, j’ai fait caca. » (Je comprendrai plusieurs jours plus tard que c’était plus probablement les jambes de mon bébé qui venaient de se libérer, plutôt que mes selles !) J’attends la prochaine contraction, je pousse encore et j’entends : « Attrapez votre bébé ! »

On me pose mon bébé sur le ventre, et là, il me vient une pensée bizarre : mince, ce n’est pas juste UN bébé, c’est MON bébé ! Il est beau, il a les yeux grand ouverts. Il crie, il me regarde, il a la peau toute douce. Mon mari m’embrasse, me dit qu’il m’aime. Il ose un petit bisou à notre fils, j’embrasse le crâne de notre enfant. Tout va bien, je ne ressens plus aucune douleur. Il est 4h25, je n’ai poussé qu’un quart d’heure, notre fils vient d’entrer dans nos vies.

Je n’ai plus de contractions, mais on me demande de pousser pour sortir le placenta. Et effectivement, je sens bien la fameuse « délivrance » lorsque celui-ci sort de mon ventre. L’interne commence à me recoudre, car j’ai bien eu droit à une épisiotomie, mais on refuse de me dire de combien de points j’ai écopé. Je comprends juste que l’incision est assez grande. D’ailleurs, l’interne met du temps à me recoudre. Mais apparemment, elle fait un travail d’artiste, puisque je n’aurai quasi aucune douleur ensuite (juste celle du bleu causé par la piqûre de l’anesthésie locale !).

On me propose de mettre notre bébé au sein, mais je demande à attendre que tout soit fini « en bas » – une seule chose à la fois ! En attendant, notre bébé reste tout contre moi. Ils me « l’empruntent » un moment pour faire les premiers tests, sur une table juste à côté, comme ça, je peux le voir un peu. Notre fils pèse 3,530 kg et mesure 51 cm. On me le repose sur le ventre, puis on essaye la mise au sein.

On reste un moment en salle d’accouchement, puisqu’on n’est transférés dans une chambre qu’un peu avant 8h. J’y suis conduite en fauteuil roulant, et non pas en lit médicalisé, car n’ayant pas eu de péridurale, je peux me lever tout de suite (enfin, trois heures plus tard, quoi).

Au moment de m’installer pour l’expulsion, l’obstétricienne avait demandé à mon mari s’il souhaitait couper le cordon et il avait dit oui. Finalement, il n’a pas pu le faire, car notre bébé avait les bras levés et le cordon autour du cou. Ils ont dû le couper pour qu’il puisse sortir sa tête. Mon mari n’a pas été déçu : quand on lui a expliqué tout ça, il avait déjà oublié qu’il voulait couper le cordon. L’important était que notre enfant soit là, en bonne santé.

Une des choses les plus difficiles pendant l’accouchement a été l’interdiction de boire de l’eau. J’avais vraiment très soif, tout le temps. Juliette nous avait fourni un brumisateur, que je réclamais à mon mari régulièrement, mais il ne m’apaisait pas suffisamment. Petite anecdote : sur la fin, je n’étais plus capable de faire une phrase complète, donc pour demander qu’il m’asperge, je faisais : « Psshit psshit ! » Il se moque encore de moi aujourd’hui : on dirait qu’il n’a retenu que ça de l’accouchement !

Pour finir, je garde un très bon souvenir de cette nuit-là. Je suis un peu passée pour la warrior de la nuit dans le service, car j’étais celle qui avait accouché d’un siège par voie basse sans péridurale. Mais moi, je ne me sens pas comme une « héroïne ». Certes, c’était dur, je ne dirais pas que c’était une partie de plaisir, mais honnêtement, ce n’était pas insurmontable.

Et si j’ai pu le faire, c’est aussi grâce à une équipe médicale au top, pendant la grossesse et pendant l’accouchement. Grâce aussi à mon mari qui m’a soutenue dans mes idées et mes délires. Grâce à la préparation mentale et physique que je m’étais imposée. Grâce à ma confiance en mon bébé. Et grâce à ma motivation sans faille pour accoucher le plus naturellement possible. Motivation portée aussi, il faut l’avouer, par ma phobie des aiguilles, plus forte que la peur de la douleur.

Je ne remercierai jamais assez les trois sages-femmes qui m’ont suivie pendant ma grossesse, la sage-femme de garde lors de mon accouchement, l’obstétricienne de garde et son interne qui ont fait un super boulot.

Et toi, as-tu été satisfaite de l’équipe médicale lors de ton accouchement ? Aurais-tu tenu tête à l’anesthésiste ? Si ton bébé est en siège, mon témoignage t’aide-t-il à avoir moins peur ? Viens en parler avec moi !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).