Menu
A la une / Témoignage

Avoir un enfant à 18 ans et pendant les études

Je voulais te conter un récit un peu hors normes (enfin sauf dans à peu près toutes les séries TV… ce n’est plus si original du coup). J’ai eu un enfant à 18 ans. Nous sommes 8 ans après, et un bout de chemin a été parcouru.

Être enceinte au lycée

A 17 ans (et demi), j’étais en terminale, et j’ai appris au détour d’un test de grossesse, fait sous la pression d’une amie (merci), que j’étais enceinte. Tu peux imaginer la panique, la réflexion, etc. Il s’est au final avéré que c’était assez avancé, et avec mon chéri, on a décidé d’avoir et d’élever ce bout de chou. J’ai donc du trainer mon gros ventre à travers le lycée pendant 6 mois, puis j’en suis sortie avec le bac. J’ai eu une grossesse assez parfaite, sans nausées, douleurs ou fatigue excessive. Mon accouchement s’est également bien passé.

Je pense quand même que ces quelques mois où j’entendais des chuchotements sur mon passage dans les couloirs, voire les réflexions dans la rue (il faut dire que je fais très jeune, aujourd’hui encore) m’ont poussé à :

  1. Prouver que ce n’est pas pas parce qu’on a un enfant jeune qu’on est un cas social.
  2. Que je n’étais pas bête, et je n’ai fait ressentir à aucun de mes profs que j’étais enceinte (d’ailleurs, j’ai eu des réflexions type « Aliénor a eu la meilleure note, bravo ! »… Je suis enceinte, je n’ai pas été lobotomisée, merci.
  3. Surtout, je ne voulais pas entendre parler d’avoir un 2ème enfant avant d’avoir fini mes études. J’étais déjà assez spéciale à la fac, la seule à avoir une enfant. Ça ne m’a pas empêchée d’avoir des amis, mais j’étais un peu considérée comme la « maman » du groupe, alors que j’avais le même âge et que j’essayais justement d’être comme les autres à la fac. Un peu traumatisée malgré tout, quoi.

Après mon bac, j’ai donc intégré la fac (après avoir passé environ 6 mois avec mon bébé). Mon chéri continuait ses études, et je commençais les miennes.

devenir mère à 18 ans et poursuivre ses études

Crédits photo (creative commons) : Lauren Hammond

Être à la fac et maman

Finalement, la fac offre pas mal de liberté aux mamans ou aux étudiants travailleurs. J’ai toujours pu m’arranger pour mes horaires de TD, même s’il a fallu batailler avec les secrétaires de la fac. J’ai eu la chance de trouver une nounou super, qui acceptait des horaires un peu bizarres (il faut dire qu’à ma fac, une année sur 2, les cours étaient le matin, et l’autre année, l’après-midi, enfin, jusqu’à 20h). Le papa travaillait en alternance. Autant dire que ça a été des années sportives (réviser/faire les TD quand le bébé a une gastro/pleure/veut jouer, bof). Je me rappelle m’être levée au milieu de la nuit pour finir des TD parfois.

Financièrement, j’avais une bourse, mon mari un (petit) salaire, donc on s’en est sortis. Mais c’est sûr que ce n’est pas comparable avec la vie à 2 salaires que nous menons aujourd’hui.

On a fini par obtenir tous les deux un master, sans redoubler. Je ne dis pas que c’était évident tous les jours, mais au moins, on révisait tous les deux en période de partiels, et j’avais beaucoup de vacances (de mai à septembre en général) pour m’occuper de notre enfant. Je peux donc dire que je l’ai bien vu grandir, même quand j’ai commencé à faire des stages l’été à partir de ma L3.

Être la plus jeune maman à l’école

Depuis que mon fils va à l’école, je suis clairement la plus jeune maman devant le portail. Ça ne me dérange pas plus que ça.

J’ai eu une fois du mal à me faire prendre au sérieux par la maitresse de mon fils, qui a dit qu’on était très jeunes et que c’est pour ça qu’il n’était pas très concentré en classe. Or, je ne pense pas qu’elle aurait parlé comme ça à une mère plus âgée.

Je ne suis pas une mère parfaite, je fais par contre mon possible. Mon fils ne manque de rien, il est bien élevé, a confiance en lui, a de l’imagination à revendre et il est bien dans sa peau.

Être un couple et de jeunes parents

Quand notre fils est né, cela faisait à peine 2 ans qu’on était ensemble. On était donc un très jeune couple, mais on savait qu’on voulait faire notre vie ensemble. Ça a été un grand bouleversement de vivre ensemble et d’être directement une famille.

On a du s’ajuster, on n’a pas été élevés de la même façon, et on a du trouver un fonctionnement propre à notre famille. Comme tout le monde. On a eu de la chance d’avoir des parents qui nous ont tout de suite traités comme des adultes, et pas comme des adolescents qui avaient fait une bêtise. Ils n’ont jamais critiqué nos choix ou voulus les faire à notre place. Ils ont bien du s’inquiéter à certains moments, mais ils nous ont toujours soutenus.

On a déménagé assez loin d’eux peu après la naissance de notre fils, pour des raisons professionnelles et de proximité de la fac. On a pu se construire en tant que couple et famille loin de nos parents et amis.

Aujourd’hui, ça fait 10 ans que nous sommes ensemble, nous sommes mariés et on va bien, on est toujours amoureux, et on est sur la même longueur d’ondes.

Mon mari est un père présent et moderne, il s’occupe autant de notre fils que moi, ou presque. Il l’emmène à ses activités, chez le médecin, ou lui fait faire ses devoirs. Je pense que c’est typique de notre génération, et je pense que c’est une avancée pour tous. Ma carrière ne passe pas après celle de mon mari, et il n’attend pas de moi que je fasse son repassage ou tout le ménage.

J’essaye d’apprendre l’équité, l’égalité homme/femme à mon fils, la justice et le respect des autres. Je pense que c’est notre rôle en tant que parents de faire de nos fils des hommes respectueux des femmes, qui ne les battront pas, ne les violeront pas, et ne les considéreront pas comme leurs inférieurs.

Je n’ai jamais eu l’impression d’être bloquée parce que je suis une femme, jusqu’au jour où j’ai cherché du travail : une jeune mère n’est pas assez disponible dans la tête des recruteurs, elle est souvent absente pour cause d’enfant malade ou d’horaires d’école. Ici, j’ai envie d’ajouter que je ne suis pas seule, que j’ai un mari qui peut aussi bien être absent pour ces causes, et que j’ai une nounou. Mais pour certains, cela reste le rôle de la mère. Je sais que je dévie un peu du sujet, pour dire que les mères sont un peu discriminées au travail, malgré tout (et même les femmes « en âge de procréer », c’est dire).

Voilà, je suis contente de t’avoir fait partager mon expérience. Je ne conseillerai pas à une jeune fille à peine majeure de devenir maman, mais je veux juste dire que ce n’est pas un drame, c’est vraiment une bénédiction d’avoir un enfant. Après, il vaut mieux savoir où l’on va, ce que l’on veut, et ce n’est pas facile à 18 ans. Et surtout, il faut avoir le bon papa. J’en connais d’autres qui ont fait leurs études avec un enfant, il suffit d’être organisé.

Et toi ? Tu as été maman très jeune ? Tu as dû concilier enfant et études ? Comment as-tu géré tout ça ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

28 ans, juriste, mariée à Mr Geek, maman de Loup, 10 ans et de Loupiote née en Mars 2017! J'aime les livres, le théâtre, faire des gâteaux, les voyages, le shopping, mes copines et passer du temps en famille.