Menu
A la une / Vie de maman

Quand le sexe de l’enfant n’est pas celui attendu…

Pour les fêtes de fin d’année, Dans Ma Tribu et ses chroniqueuses prennent quelques jours de vacances… Nous serons de retour le 2 janvier avec de nouvelles chroniques et de nouveaux témoignages ! En attendant, nous t’avons concocté un petit best of des articles les plus vus de l’année 2016. Ce sont donc toutes tes chroniques préférées que tu retrouveras dans les jours à venir ! 🙂

C’est l’article de Freesia sur leur souhait de ne pas connaître le sexe de Cookie qui m’a fait replonger dans ces souvenirs en demi-teinte.

Je ne peux pas honnêtement affirmer : « Nous voulions un garçon, mais nous avons eu une fille. » D’abord, parce que ce n’est pas tout à fait vrai, ensuite parce que je trouve la formulation bien trop violente par rapport à l’amour inconditionnel que nous portons à Croquette.

Mon mari et moi n’en avons jamais parlé ouvertement. Aujourd’hui encore, nous n’en parlons pas facilement (un reste de culpabilité, peut-être ?). C’était donc dit à demi-mots, mais nous pensions avoir un garçon (et nous avons eu une fille). Est-ce qu’on l’espérait ? Je ne saurais pas te dire, peut-être un peu, à la fin.

Quoi qu’il en soit, cette idée nous a collés dès le moment où nous avons lancé les essais bébé.

Bébé n'a pas le sexe attendu

Crédits photo (creative commons) : Adam Selwood

D’où venait cette idée (saugrenue) ?

J’ai toujours aimé l’idée d’avoir un fils aîné. L’idée d’un grand frère en début de fratrie me plaisait, et j’étais aussi persuadée que c’était le modèle idéal d’une famille (bon, à l’époque, je voulais aussi trois enfants, et j’ai a priori changé d’avis). Je pense que j’y associais tous les clichés habituels du grand frère : il a un rôle protecteur vis-à-vis des plus jeunes, il est plus facile, il sera l’héritier de la famille, qui perpétuera le nom de l’homme, aura toute la fortune et la gloire… Euh, bon, peut-être pas autant de clichés non plus.

Mais il faut savoir que dans ma famille, il n’y a QUE des filles comme premier enfant : mon père a une grande sœur, ma mère est l’aînée, sa mère à elle était l’aînée, toutes mes cousines sont les aînées (toutes sans exception !), et je suis moi-même l’aînée. Face à cette invasion de grandes sœurs sur trois générations, je crois que j’étais contente d’envisager quelque chose de différent, et surtout, j’avais probablement une très mauvaise idée rêvée de ce qu’était un grand frère.

Mon mari faisait « légèrement » dans le cliché aussi, car sa première motivation était bien l’idée d’un héritier. Transmettre son nom et transmettre son expérience d’homme à homme lui tenait à cœur (ça transpire la testostérone, tout ça, dis donc). Sa situation était à l’opposé de la mienne : que des garçons comme premier enfant, à une exception près.

Depuis l’annonce de ma grossesse jusqu’à celle du sexe, notre entourage a également passé son temps à nous dire : « Je sens que c’est un garçon, je ne sais pas pourquoi… » ou encore : « Il n’y a que des garçons dans la famille [de mon mari], donc il y a beaucoup de chances que ça en soit un aussi… »

Alors, oui, tu peux penser que ce sont des réflexions stupides, que notre raisonnement était stupide, que tout ça était stupide. Et tu aurais parfaitement raison.

Mais à force, je crois qu’on a bêtement fini par se convaincre que ça allait être un garçon. Ça paraissait tellement évident.

La découverte du sexe, ce moment inoubliable…

Laisse-moi bien te dire qu’évidemment, on était impatients de savoir sur quel chromosome on était tombés ! Lors d’une écho au quatrième mois, ma gynécologue nous a donc annoncé que ce serait une petite fille.

Et là, d’un coup, j’ai eu l’impression de disparaître pendant quelques secondes.

J’étais perdue, je ne savais plus quoi dire, quoi faire. Je regardais l’écran, mais je ne le voyais plus. J’ai SENTI quelque chose qui se brisait en moi. Quelque part dans mon esprit, j’ai vu ce petit garçon me faire au revoir de la main, puis s’éloigner.

Une fille ? Non non non, je ne peux pas avoir une fille ! C’est impossible, on allait avoir un garçon ! Et puis, je ne saurai pas m’occuper d’une fille, ça va être une catastrophe, on se détestera, elle me détestera, elle me coupera de sa vie !

Tu te dis que ma réaction est exagérée ? Oui, elle l’est. Mais il faut aussi que tu saches une chose : je ne m’entends pas avec ma maman. Rien que le fait de dire « ma maman », ça m’écorche un peu la langue. C’est ma mère, pas ma maman. Pour des raisons diverses et variées, mon frère et moi en sommes arrivés à la pousser hors de notre vie autant que possible. On est polis, alors on lui parle et on la voit de temps en temps, mais c’est plus par charité que par envie.

Je t’avoue que vu ce qu’on a traversé avec elle, ma vision de la maternité a toujours été entachée. Alors forcément, en apprenant que j’allais avoir une fille aînée, tout comme ma mère avait eu une fille aînée (moi, donc, si tu suis bien), je ne pouvais imaginer qu’une seule chose : que ça finirait mal entre nous.

Je sais que c’est irrationnel, mais cette idée me stresse toujours aujourd’hui. Après la mort de ma fille et celle de mon mari, c’est le scénario qui complète le podium de mes plus grandes peurs dans la vie. Que ma fille, ma Croquette, mon petit sushi que j’aime, décide de ne pas m’inclure dans sa vie. Ma mère a tout fait pour provoquer cet état de fait, alors je me rassure en me disant que je ne ferai pas les mêmes erreurs. Mais on ne sait jamais… Et si…

Bref, je ne me remettais pas de cette « terrible » nouvelle et j’en voulais un peu à cet enfant d’être une fille. Le retour à la maison et les premiers jours ont été très durs. Nous qui parlions de tout habituellement, nous n’avons pas réussi à exprimer nos sentiments.

Aujourd’hui, je ne sais toujours pas comment mon mari a vécu cette période. Les quelques fois où j’ai mentionné le sujet et mon mal-être par rapport à ma mère, par exemple, il m’a soutenue et réconfortée. On ne pouvait pas changer les choses, il n’y avait pas de raison que je reproduise ce que j’avais vécu, il serait là pour s’en assurer. Il me fallait juste intégrer la nouvelle.

Comment un rêve et l’amour ont fini par triompher de ma déception !

Là, je me suis également souvenue de quelque chose. Ça va te paraître très cucul la praline, mais il s’agit d’un rêve. Nous étions en couple avec mon mari depuis deux ou trois ans. À l’époque, je n’aimais pas spécialement les enfants, je ne savais pas m’y prendre avec eux, ils me stressaient vaguement, et je n’imaginais pas réellement en avoir un jour.

Et j’ai un jour rêvé qu’on était à la maternité et que je venais d’accoucher d’une petite fille. Je la tenais dans mes bras, mon mari était à côté, et on admirait ses magnifiques yeux. Puis je me suis réveillée, et j’ai ressenti une immense douceur m’envahir : je voyais encore ces yeux qui me fixaient intensément et j’ai éprouvé un véritable élan d’amour pour ce petit être qui n’existait pas. Ce jour-là, j’ai su que je voulais des enfants de mon mari.

C’est tout bête, mais ce vieux rêve qui m’est revenu m’a aidée à assimiler le fait qu’on allait avoir une fille. J’avais déjà rêvé de Croquette, en fait, de son idée : elle avait été annoncée de nombreuses années auparavant, et maintenant, elle était là dans mon ventre, prête à nous montrer ses yeux magnifiques. La boucle était bouclée, si tu préfères. Le rêve s’était réalisé, comme une prémonition.

Au fur et à mesure des jours, j’ai fini par assimiler, accepter, puis finalement à être heureuse de ce bébé-fille qui grandissait en moi. Je me suis reconnectée à elle et j’ai (re)commencé à l’aimer très fort.

Aujourd’hui, j’ai tellement l’habitude d’avoir une fille que je n’imagine même plus avoir un garçon ! C’est quelque chose qui me perturbe pour un deuxième enfant, d’ailleurs, mais je sais que cette fois, je ne le vivrai plus de la même façon.

J’ai éprouvé une immense culpabilité pendant cette période. C’était une véritable vague de honte qui me faisait parfois suffoquer, tellement je me trouvais horrible, immonde, injuste envers ma fille. Je me disais qu’elle n’avait rien demandé, elle qui n’était qu’un tout petit bébé même pas encore né, qui voulait seulement être aimée pour ce qu’elle était et pas rejetée pour ce qu’elle n’était pas.

Parfois, je repense à cette période, et la culpabilité revient. Mais elle est légère maintenant : mes sentiments actuels pour ma fille et notre relation me rassurent et diluent cette culpabilité dans un océan d’amour et de douceur.

Amour et douceur, c’est tout ce dont un bébé a besoin, au fond.

Et toi ? Tu as aussi été déçue par le sexe de ton enfant ? T’étais-tu imaginée avec un petit garçon ou une petite fille ? Comment as-tu vécu cette désillusion et comment l’as-tu surmontée ? Viens en discuter…

A propos de l’auteur

Lectrice assidue des blogs de la famille Dentelle depuis l'organisation de notre mariage en 2014, je suis surtout maman d'une petite fille née en avril 2015 et d'un petit garçon né en avril 2017. Passionnée de littérature, de pâtisserie, de langues étrangères et de cosmétiques, je viens partager ici mes impressions et mon vécu.