Menu
A la une / Récit d'accouchement

L’accouchement médicalisé : une évidence un peu fissurée…

Mon accouchement et ma grossesse, je les ai tout de suite envisagés de façon médicalisée. C’était une évidence. Il était absolument inenvisageable pour moi de faire autrement.

Moi, je suis une fervente convaincue des bénéfices de la médecine moderne. Je suis prête à en reconnaître les dérives également, notamment en matière de grossesse et d’accouchement, où tout est si facilement soumis à des « procédures » (vilain mot qui sous-entend souvent que la future mère n’a pas son mot à dire, car le personnel médical s’attache à ces dites procédures comme à sa vie). Oui, il y a des points à améliorer. Oui, il y a du carrément mauvais. MAIS j’ai toujours eu et aurai toujours foi en la Science (oui, grand S, carrément).

Seringue

Crédits photo (creative commons) : ZaldyImg

Pourquoi ?

Parce que je pense que l’accouchement médicalisé sauve des vies, avant tout. On a fait des progrès remarquables en un siècle de médecine. On a amélioré les procédures… et quand je dis « améliorer », je veux dire qu’en fait, avant, il n’y en avait pas et que maintenant, il y en a plein ! C’est beau, parce qu’elles ont été mises en place dans l’intérêt du patient, pour l’aider, pour le sauver.

Ok, parfois, c’est juste pour faciliter la vie du médecin, on ne va pas non plus se voiler la face ! L’exemple le plus frappant qui me vienne à l’esprit maintenant : la position gynécologique imposée pour l’accouchement, alors qu’elle est plus douloureuse et moins efficace pour la maman… mais plus pratique pour le personnel soignant.

Bref, aujourd’hui, on sait ce qu’on fait, et pourquoi on le fait, dans la grande majorité des cas. Et pour l’accouchement, c’est radical ! Au début du vingtième siècle encore, accoucher provoquait fréquemment la mort. Aujourd’hui, c’est relativement rare. Dans nos contrées, la mortalité maternelle liée à la grossesse est tombée à 0,016 %. Avoue qu’elle est belle, la médecine moderne…

Je crois également en la médecine parce que mon mari est un scientifique, un vrai, avec blouse blanche et lunettes de labo, et qu’il m’a apporté une vision au plus près du pourquoi du comment « la science » fait ce qu’elle fait. Maintenant, je comprends certains mécanismes de base, et comment on en est arrivé à mettre en place certaines procédures, certains systèmes (la recherche est soumise dans nos pays à un cadre et à des obligations particulièrement contraignantes, par exemple). Malgré les critiques de certains vis-à-vis de la recherche en médecine et en sciences (évidemment qu’il y a des dérives, il y en a même beaucoup !), il y a quand même beaucoup de bien qui en ressort, et « connaître le système » me rassure.

Je crois aussi en la médecine parce qu’une partie de ma famille travaille justement dans un hôpital. Ils ont la vision « de l’intérieur » et ont su m’expliquer comment le personnel médical envisageait les choses. Ils m’ont parlé de leur expérience, des avantages et des inconvénients de certaines procédures liées à la grossesse et à l’accouchement (notamment la péridurale).

Mari et famille ont en tout cas participé au fait que j’aie confiance dans les choix des médecins et du personnel qualifié (de manière générale, je suis quelqu’un qui fait confiance aux professionnels, peu importe leur métier, d’ailleurs). Le suivi médical, même intense, ne me dérange pas a priori.

Enfin, je crois à la médecine parce qu’à côté de tout ça, j’ai dévoré tout ce que je pouvais trouver comme informations sur la grossesse et l’accouchement, et que j’en suis arrivée à une simple conclusion. Je voulais être suivie de A à Z pendant neuf mois pour prévenir le moindre problème de santé, et accoucher dans une maternité, avec sages-femmes, gynécologues, anesthésistes et péridurale, chirurgiens, infirmiers, et tout le matériel possible et imaginable pour qu’en cas de problème, toutes les chances soient de notre côté… Ça me semblait le choix SÛR, la sécurité pour ma vie et celle de ma progéniture. Et ça, ça n’avait pas de prix.

Dans ma tête, c’était donc clair (je le dis sans prendre de pincettes) : au vingt-et-unième siècle, pourquoi risquer « bêtement » des complications, voire la mort du bébé ou de la maman, en étant le plus « nature » possible, alors qu’on peut s’assurer que tout roule grâce aux progrès modernes ?

Oui, mais en pratique ?

C’est bien beau, tous ces grands principes, ces belles théories et cette foi scientifique, mais il a fallu les confronter à la réalité.

Ma puce a dépassé la date prévue d’accouchement de neuf jours, finalement. Pendant ces neuf jours, j’ai déprimé à l’idée du déclenchement programmé pour J+10. Oui, j’apprécie la médicalisation, mais j’avais aussi très envie de pouvoir donner naissance « naturellement », comme une grande, à ma petite fille, sans intervention extérieure. Paradoxal, j’avoue…

Primipare de mon état, j’avais bien lu tout ce qu’il fallait sur les signes devant provoquer le départ pour la maternité. Contractions toutes les cinq minutes ? Départ dans deux heures ! Perte des eaux ? Départ immédiat ! Ok, je gérais la théorie.

Tu me diras probablement que j’exagère, mais je l’ai vécu comme ça : à ce moment, la médecine, en qui je croyais à fond, m’a lâchée pour la première fois. Si j’avais attendu d’avoir des contractions toutes les cinq minutes et deux heures en plus, j’aurais accouché DANS MON SALON. C’est la douleur et l’intuition qui m’ont finalement fait partir.

Tu m’imagines, moi qui voulais tout avoir à disposition en cas de problème, faire ça sur un canapé à la maison ? Impossible ! La perte des eaux ? Provoquée par la gynécologue juste avant de commencer la poussée… Merci la médecine et ses conseils inutiles, me suis-je dit à ce moment.

À la maternité, pose de l’intraveineuse, monitoring et examen pour voir où j’en étais. Puis, comme « 3 cm de dilatation, on a le temps », attente pendant que le travail continuait.

Cependant, les contractions sont devenues intenses, puis insupportables, en quelques dizaines de minutes seulement. C’est là que le drame numéro deux de mon amour avec la médecine a pointé le bout de son nez : « Ah ben Madame, vous êtes à dilatation complète, c’est trop tard pour la péridurale… » Quoi ? J’ai pas bien entendu, vous pouvez me répéter ça ?

Avant cet instant, j’avais toujours dit : « On est au vingt-et-unième siècle, pourquoi je souffrirais inutilement ? » C’était sans compter sur des contractions hyper efficaces, qui m’ont fait passer de 3 à 10 cm de dilatation en une heure et demi.

Bien sûr que je savais que ça pouvait arriver, et que le personnel médical était alors pris de court. Mais la péridurale était la seule chose dont j’étais sûre et certaine. Pour moi, dans ma petite tête, il n’y avait aucun doute, j’allais bénéficier d’une des meilleures inventions de la médecine. La nature en a décidé autrement… Nature 1 – Médecine 0.

La suite s’est tout de même déroulée dans un bel environnement médicalisé comme je l’avais souhaité : sages-femmes à gogo, gynécologue, épisiotomie (j’en ai voulu une dès qu’ils ont eu un doute, hors de question de souffrir d’une déchirure en ce qui me concerne !), intraveineuse, et tout ce qu’il faut. Miss Chat est contente : tout s’est bien passé, l’homme ne s’est même pas évanoui et notre petite fille était en parfaite santé.

En conclusion…

Même si j’ai remis en doute certaines choses, comme le départ pour la maternité, même si je n’ai pas eu droit à cette merveilleuse péridurale, je suis toujours une fervente admiratrice de l’accouchement médicalisé ! Je pense que j’ai gagné à être bien entourée par le personnel, pendant et après. Ne serait-ce que pour ma tranquillité d’esprit… et ça, c’est très important pour un accouchement.

Mais à refaire, tenterais-je l’expérience « naturelle » ? Accoucher sans péridurale et pratiquement sans aide extérieure finalement (à l’exception de l’épisiotomie) m’a montré que j’étais capable d’avoir un accouchement naturel. Je serais restée chez moi, ça aurait été pratiquement le même résultat. J’ai beau dire, depuis lors, l’idée de pouvoir mettre au monde naturellement, avec juste mon corps, mon bébé et moi, eh bien, j’avoue qu’elle me charme… Pour un deuxième, pourquoi pas ?

Et toi ? Tu partages cette confiance absolue en la médecine ? Tu ne jures que par la péridurale ? Ton accouchement a aussi remis en question certaines de tes croyances ? Dis-nous !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Lectrice assidue des blogs de la famille Dentelle depuis l'organisation de notre mariage en 2014, je suis surtout maman d'une petite fille née en avril 2015 et d'un petit garçon né en avril 2017. Passionnée de littérature, de pâtisserie, de langues étrangères et de cosmétiques, je viens partager ici mes impressions et mon vécu.