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A la une / Vie de maman

Accoucher sans péridurale, mais pourquoi ?

Pour les fêtes de fin d’année, Dans Ma Tribu et ses chroniqueuses prennent quelques jours de vacances… Nous serons de retour le 2 janvier avec de nouvelles chroniques et de nouveaux témoignages ! En attendant, nous t’avons concocté un petit best of des articles les plus vus de l’année 2016. Ce sont donc toutes tes chroniques préférées que tu retrouveras dans les jours à venir ! 🙂

En ce moment, les salles de naissance « nature » sont à la mode. L’idée est généralement d’accompagner les femmes en douceur dans leur accouchement et d’éviter la surmédicalisation.

Qu’est-ce qu’on entend par surmédicalisation ? Un certain nombre de procédures dont on s’est rendu compte à l’usage qu’elles n’étaient pas forcément toujours nécessaires : monitoring en continu, interdiction de boire pendant le travail, pose systématique d’une péridurale, par exemple.

En Allemagne où j’habite, je ne sais pas si un jour, ces procédures ont été systématiques. En tout cas, en ce moment, elles ne le sont pas. Dans le Land où je vis (je préfère toujours rappeler que l’Allemagne est un pays fédéral aux fortes particularités régionales), ce qu’on appelle en France un accouchement « nature » est juste un accouchement « normal ».

Ainsi, lorsque j’ai accouché de mon fils il y a déjà presque deux ans, j’ai pu boire pendant tout le travail, je n’ai pas eu de monitoring en continu, et j’ai accouché de ce premier bébé en neuf heures… sans péridurale.

C’est de ce dernier point dont j’aimerais parler plus précisément aujourd’hui, parce que je le vois souvent abordé dans des articles de blog, soit par des femmes enceintes, qui s’interrogent sur le sujet, soit par de jeunes accouchées, qui racontent en détail comment ça s’est passé pour elles.

Je n’ai pas envie de te raconter mon accouchement, il a été très classique, je crois. Mais j’ai envie d’ouvrir ce débat et de t’expliquer mon cheminement personnel : accoucher sans anesthésie au XXIème siècle, est-ce que ça a un sens ?

Accoucher sans péridurale

Crédits photo (creative commons) : Jason Lander

Lorsque je vais chez le dentiste (au hasard : j’ai horreur du dentiste), il ne me viendrait sincèrement pas à l’idée de refuser une anesthésie par principe. Comme la quasi totalité des êtres vivants, je n’aime pas avoir mal, et si je peux éviter de souffrir, je le fais. Je prends aussi du paracétamol quand j’ai mal à la tête, et de l’ibuprofène quand j’ai mal au dos.

Alors, si la péridurale existe et peut nous éviter d’avoir mal, s’en priver peut sembler a priori un peu masochiste, pour ne pas dire carrément absurde. Pourtant, je voulais le faire, je l’ai fait, et j’envisage même de le refaire pour un deuxième bébé. Pourquoi ?

  • Je voulais le faire parce que j’avais peur de la piqûre. Oui, je sais, ça peut paraître ridicule comparé aux douleurs des contractions, mais que veux-tu, c’est comme ça.
  • Je voulais aussi le faire parce que j’avais peur que le médecin anesthésiste fasse une erreur. Même si le risque est infime, il existe, et quand je peux éviter un acte médical, je l’évite presque toujours.
  • Enfin (et surtout, parce qu’a posteriori, c’est finalement ce qui reste), je voulais le faire pour l’avoir fait (eh oui).

J’ai souvent entendu les récits – apocalyptiques au demeurant – des accouchements de ma mère et de mes tantes. Récits qui se terminaient presque toujours de cette façon : « Et puis nous, à notre époque, on n’avait pas la péridurale ! » Alors, ça va te sembler bizarre, mais pour moi, le faire, c’était une façon d’entrer plus ou moins symboliquement dans cette caste des « mères ». Comme un rite de passage (un peu douloureux).

Je voulais le faire, et je l’ai fait, donc. Souvent, des femmes enceintes, qui hésitent encore sur leur propre choix, m’interrogent à ce sujet : « Mais alors, raconte, franchement, ça ne fait pas TROP mal ? » Que dire… Je suis intimement persuadée que 1. chaque accouchement est différent, et que 2. chaque femme perçoit la douleur différemment. Il m’est donc impossible de répondre à cette question.

Oui, bien sûr, tu t’en doutes, hein, ça fait mal. Si j’ai déjà lu ou entendu qu’il était possible de se reposer pendant un travail sous péridurale, moi, je ne risquais pas de m’endormir : j’étais trop occupée à gérer ma douleur. Mais je ne garde pas pour autant un souvenir abominable de mon accouchement. Je n’ai pas paniqué, je n’ai pas pleuré, et je ne crois même pas que j’ai vraiment crié. Et je ne suis pas pour autant une surfemme (je te rappelle que j’ai peur du dentiste et que je prends du paracétamol quand j’ai mal à la tête).

Il y a peut-être un élément qui m’a vraiment aidée : je n’avais pas peur. Malgré ce que je t’ai dit précédemment sur la piqûre ou le risque d’erreur médicale (et parce que je ne suis pas à un paradoxe près), j’avais confiance en l’équipe médicale qui m’entourait, et je me disais que si je n’y arrivais plus ou qu’il y avait la moindre complication, on saurait m’aider (mon mari est médecin et j’ai accouché dans un hôpital dans lequel il a longtemps travaillé, ça a sans doute beaucoup joué).

Je voulais le faire, je l’ai fait… Et si je devais avoir un deuxième bébé, alors, qu’est-ce que je ferais ?

Sans doute la même chose, mais plus pour les mêmes raisons. Finalement, mon objectif principal est déjà atteint : je peux dire à toutes les désormais mamies qui m’entourent que moi aussi, « je l’ai fait ». Et puis, mes deux premiers arguments me semblent a posteriori moins convaincants : la douleur de la piqûre me semble aujourd’hui très supportable (eh eh), et si je reste toujours suspecte face à tout acte médical, j’ai suffisamment d’exemples de péridurales réussies autour de moi pour être rassurée.

Alors pourquoi cette envie de recommencer ?

Sans doute parce que j’aime bien tout contrôler. Savoir qu’aucune sensation ne m’échappait à ce moment-clé de ma vie, être constamment pleinement consciente de mon corps, m’a rassurée.

Peut-être aussi parce que j’ai eu l’impression de vraiment ressentir le chemin de mon fils à travers moi, et que ça m’a à la fois fascinée et motivée. Ça peut paraître bizarre, mais j’ai bien envie de revivre ça.

Enfin, parce qu’à la naissance de mon fils, j’ai vécu quelque chose de très animal. Je ne sais pas bien comment l’expliquer, mais j’ai eu la sensation que mon corps avait libéré une espèce de drogue hallucinogène dans mes veines (sérieusement et sans médicament !). Bien sûr, je ne sais pas – et ne saurai peut-être jamais – si ça se serait aussi produit avec anesthésie. Mais au fond de moi, j’ai l’intime conviction que c’est l’intensité de la douleur précédant l’arrivée sur terre de notre fils qui a favorisé cet état chez moi. Comme si elle m’avait préparée, endurcie aussi, pour le reste.

Je n’ai pas lu beaucoup de choses sur le sujet, mais je crois que c’est aussi l’argument principal de celles qui tiennent à un accouchement naturel, justement. Je crois qu’il facilite tout ça, la libération des hormones, un truc dans ce genre. Cette sensation, j’aimerais la revivre à 100%, sans aucun produit anesthésiant.

Je ne suis pas pour autant une extrémiste du genre « pro-nature ». D’ailleurs, comme pour mon premier, je choisirai d’accoucher dans l’immense CHU de notre ville, avec tout ce qu’il faut pour me rassurer. Et si finalement, rien ne se passe comme prévu, j’accepterai avec plaisir une péridurale, une césarienne ou tout ce qui sera nécessaire pour préserver ma santé et celle de mon bébé.

Par ailleurs, je précise que je comprends tout à fait que pour n’importe quelle raison, d’autres mamans ne souhaitent surtout pas se passer de péridurale. C’est un choix très personnel, que personne ne doit juger ! Mais je voulais quand même témoigner sur ce sujet, au-delà du récit de mon accouchement. Expliquer à celles qui, peut-être, avaient du mal à l’imaginer, pourquoi au XXIème siècle, on peut encore avoir envie de vivre « ça ».

Et toi ? As-tu accouché avec ou sans péridurale ? Pourquoi ? Regrettes-tu ce choix ? Ferais-tu autrement pour un deuxième ? Viens en discuter !

A propos de l’auteur

Je me suis installée au nord de l'Allemagne il y a cinq ans pour y rejoindre mon mari allemand. Depuis novembre 2014 je suis l'heureuse maman d'un petit garçon (franco-allemand évidemment). J'aime lire et écrire, cuisiner et bien manger, faire du crochet et surtout, partager et échanger les expériences et bonnes idées !