Menu
A la une / Témoignage

Mon parcours vers la FIV

Il était une fois, au pays des Bisounours, un couple qui décida un jour de faire un bébé…

Bon, la réalité est tout sauf un conte de fées.

La femme, c’est moi, Démétra, et l’homme, c’est mon Brice (prononce « Braïce »).

En décembre 2011, après sept ans de vie commune, Brice me donne son accord pour l’arrêt de la contraception. Ça fait environ deux ans que ça me travaille, plus que d’habitude, mais à cause de mon goût prononcé pour le shopping, Brice voulait que je devienne plus raisonnable avant de se lancer dans la grande aventure.

Me voici donc, en janvier 2012, chez le médecin pour faire retirer mon implant contraceptif. Peu de temps après, je passe des examens digestifs, mais sans aucun rapport avec la fertilité. Je sais déjà que ça peut prendre plusieurs mois avant de tomber enceinte, donc je prends mon mal en patience, même si tous les mois, je redoute l’arrivée de mes règles.

Je trouve une petite appli sympa à télécharger sur mon Ipod (Iperiod) qui permet de noter ses cycles, ses rapports amoureux, l’intensité et la durée des règles, etc. Bien pratique, et c’est un outil que j’utilise tous les jours, ou presque. Il me rappelle tous les mois que je vais avoir mes règles et ne se trompe jamais, puisque mes cycles de 29 jours sont ponctuels et ne manquent jamais à l’appel ! J’ai bien eu un retard, une fois : 6 heures !

Je vois mon gynécologue après quelques mois, pour le frottis de contrôle. J’en profite pour lui parler de nos essais. Sa réponse est très pragmatique, mais néanmoins un peu sèche : « Il y a plus de couples pressés qu’infertiles ! Revenez me voir quand ça fera douze mois d’essais infructueux. »

Les semaines et les mois passent, et même si on n’en parle pas, mon Brice sent bien que ça me travaille. J’ai en permanence l’œil sur le calendrier, et même si je suis discrète (et lui toujours partant pour un câlin), je sens qu’il n’est pas dupe.

Je commence à ne plus supporter les femmes enceintes, ni les familles avec bébés. Je vis en Outre-Mer, et le taux de natalité est le plus haut de France, c’est dire si j’en croise, d’autant que je travaille dans un centre commercial…

Je dois prendre sur moi également quand j’entends les conseils que les gens te donnent :

  •  Quand ils ignorent que tu essayes : « Dépêche-toi, l’horloge tourne ! » ou « vous n’avez pas encore d’enfants ? Qu’attendez-vous ? » ou encore « Tu vas avoir 30 ans, il serait temps que tu t’y mettes ! »
  • Quand ils savent : « Vous avez perdu le mode d’emploi ou quoi ? » ou « Faut pas y penser ! Plus tu y penses, moins ça marche ! » (là, si quelqu’un a des données scientifiques valables, je prends !) ou encore « Nous ça a marché quand on était en vacances ! »

J’ai aussi le droit à « ton boulot est trop stressant, c’est normal que ça ne marche pas ! »

Un jour, fin 2012, je vais chez le médecin pour autre chose. Je rentre, et un gros câlin m’accueille avec la question de Brice « pourquoi tu es allée chez le médecin ? » et un petit sourire. Ça me fend le cœur, car j’avais juste de l’eczéma….

Bref, 2013 arrive avec mes 30 ans, et avec le rêve d’un bébé avant cet âge brisé.

Quelques jours plus tard, un nouveau cycle commence et je dis à mon homme : « il va être temps de faire des examens complémentaires ». Il ne comprend pas sur le coup. Il me fait un grand sourire de joie, pensant prise de sang et échographie, mais en voyant mon visage défait, il retombe de son nuage.

Je retourne voir mon gynécologue avec mon application bien remplie, et, comme une élève studieuse, avec une courbe de température. Là, douche froide.

Il a avec lui une interne. Ils me reçoivent en échangeant des regards complices et langoureux – je me serais crue dans Grey’s Anatomy ! Je lui explique que ça fait un an que je note tout, et je lui donne ma courbe. Il glousse, se tourne vers son interne avec un sourire moqueur, et me sort : « C’est quoi ça ? ».

Je repends ma courbe, les mains tremblantes, et je réponds : « Ma courbe de température, je pensais que ça pouvait servir ». Il me rétorque : « ça ne sert à rien, ça montre juste que vous avez ovulé ! ». Merci Docteur, mais sans avoir fait médecine, il me semble pertinent de savoir si on ovule (et aussi à quel moment du cycle) quand on essaie de faire un bébé ! Sur le moment, je ne relève pas.

Il me demande aussi si on a pensé à faire l’amour ! Je ne dis rien et je déverrouille mon Ipod pour faire le point sur mes cycles et la fréquence de nos rapports. Il éclate de rire et me dit « Vous faites quoi là ? ». Je lui explique ce qu’est mon appli, et pourquoi je l’utilise. Nouveau coup d’œil à son interne avant de dire : « Bientôt, ils vont intégrer les bandelettes urinaires aux téléphones pour que les femmes fassent le test en direct ! ».

Je suis rouge de honte, je ne sais plus où me mettre et je ne supporte plus les regards hautains de l’interne. Le gynécologue me donne des formulaires pré-remplis pour les tests classiques, en me répétant sa formule banale sur les couples pressés.

Je ne suis jamais retournée le voir !

mon parcours de PMA FIV

Crédits photo (creative commons) : magnetismus

Nous faisons les examens. En attendant les résultats, mon Brice me dit plusieurs fois que le problème venait de moi, il en était sûr et certain ! Il est persuadé d’avoir eu un enfant avec une fille, avant moi, mais qu’elle le lui aurait caché…

Les résultats tombent : tétatospermie sévère ! Les zozos de mon homme cumulent : peu nombreux, faibles et mal formés ! De mon côté, tout va bien.

Le lendemain, on fête mes 30 ans….

Je suis un peu paniquée et perdue. Nous avons peu de chances de concevoir naturellement ! Je retourne chez le généraliste pour faire le point. Il me parle de la FIV ICSI et m’oriente vers un gynécologue. Bien sûr, je ne retourne pas voir l’autre, et je me tourne vers une pointure du CHU. Il nous reçoit et nous explique dans des termes clairs quel est le problème, et comment avoir un bébé quand même, puisque ça ne se soigne pas. Il nous oriente vers Cochin, à Paris, puisqu’il n’y a pas de centre de PMA pour les FIV ici.

Le poids sur ma poitrine, le stress et l’angoisse s’envolent d’un coup. On sait enfin pourquoi ça ne marche et on a un plan, je vois une issue favorable ! La prise de contact avec Cochin s’avère compliquée et fatiguante, du fait de la distance et du décalage horaire. Après de nombreuses péripéties, ils nous donnent un lot de rendez-vous en juin 2013, afin de rencontrer les spécialistes.

Le biologiste nous explique que les résultats du spermogramme effectué dans leur labo, selon leur protocole, ne sont pas aussi catastrophiques que ceux effectués chez nous. Néanmoins, il nous oriente vers une FIV ICSI dans les jours qui suivent. Il recommande à Brice d’arrêter de fumer, afin de faire remonter le taux de zozos mobiles. Ce qu’il fait, et je l’en remercie.

Cependant, nous sommes mi-juillet, et le centre ferme tout le mois d’août. Je rentre donc dans un protocole de stimulation ovarienne. La sage-femme baisse les taux d’injections recommandés. Je réponds bien aux traitements, et le jour du comptage, je dispose de 24 follicules. Je continue les stimulations auto-injectables, mais après une écho et une prise de sang, une interne me téléphone pour me dire qu’on va arrêter là. Impossible de prélever les follicules, car ils sont trop petits. Le traitement peut être prolongé, mais pas là, ils vont fermer, donc ils n’ont pas le temps de faire la ponction.

Je suis anéantie, je suis énorme, j’ai mal au ventre ! J’évacue donc naturellement les follicules qui ne sont pas fécondés, à mon grand désespoir. Le centre de PMA de Cochin avait promis de nous recontacter en septembre. Face au nombre croissant de couples en PMA, nous sommes finalement à nouveau pris en charge en janvier 2014.

Nous revenons donc en Métropole. J’ai pris tous les produits avant de partir, car je voulais anticiper. Le vendredi soir, lors de la première injection, je m’aperçois que la pharmacie n’a pas mis le stylo d’injection ! Je fais toutes les pharmacies des alentours, mais ça se commande, personne n’en a en stock ! Donc la pharmacie locale me la commandé pour le lendemain.

Je pleure toute la soirée et une partie de la nuit. Le samedi matin, mon Brice appele le centre, afin de savoir si on peut démarrer avec 24 heures de retard. Ils décalent mon protocole et prévoient de surveiller que l’ovulation ne se déclenche pas seule plus tôt que prévu.

En temps et en heure, la ponction est programmée. Je choisis l’anesthésie locale, afin de me souvenir de toutes les étapes de la FIV. Le médecin ponctionne quatorze follicules, seuls treize sont fécondés, car suffisamment matures. Deux jours après la ponction, on me transfère deux des treize embryons. J’ai appris l’été dernier que les onze embryons surnuméraires avaient été détruits, sans que l’on sache pourquoi.

Une semaine après le transfert, je prends l’avion pour rentrer, mon Brice ayant repris le travail avant moi. Quelques jours plus tard, première prise de sang positive, suivie par une autre quarante-huit heures après. Le protocole veut que, si les deux prises de sang sont positives, on en fait une troisième sept jours après la dernière.

Cinq jours avant la fin de mon terme, je mets au monde une petite fille bien brune de 48,5 cm et 3,170 kg !

Et toi ? Tu as dû traverser mers et océans pour avoir une FIV ? Tu as eu à faire à un gynécologue moqueur ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Heureuse maman d'une petite poupette née d'une FIV ICSI en octobre 2014.