Menu
A la une / Témoignage

Non, je ne fais pas un bébé toute seule !

En octobre 2014, avec mon mari tout neuf, on s’est lancés dans les essais bébés ! Avec innocence et optimisme, on (je !) s’imaginait parents dans neuf mois, et roule ma poule !

Sauf que…

Sauf que bon… Ça ne s’est pas passé comme ça…

Deux ans plus tard, nous ne sommes pas parents. Nous sommes officiellement entrés dans la phase tests de fertilité, avec différents examens à faire pour moi comme pour lui.

La pression sur la femme en cas d'infertilité

Crédits photo (creative commons) : Unsplash

Pendant deux ans, j’ai vécu avec le sentiment profondément ancré que le problème venait de moi. Je pense m’être moi-même créé cette certitude, à cause de quelques problèmes gynécologiques que j’avais eus auparavant. Mais je pense aussi qu’on m’a enfermée dans cette croyance. Et quand je dis « on », je pense au corps médical, au discours sociétal ambiant et aux paroles bienveillantes de la famille, des amis.

Pourquoi je dis ça ? C’est assez simple :

  • Au moment où j’ai parlé de mon souhait de grossesse, mon médecin traitant m’a prescrit un bilan sanguin « pré-conceptionnel » à MOI.
  • Pendant deux ans, mon gynéco m’a posé des questions diverses et variées à MOI.
  • Pendant deux ans, mon gynéco a effectué divers frottis, échographies sur MOI.
  • « T’y penses trop, faut pas te prendre la tête, faites l’amour quand vous en avez envie et non pas parce que c’est le moment, » me disait-on régulièrement à MOI.
  • « Tu as repéré ton ovulation ? Tu prends ta température ? » Tout ça, bien sûr, c’était aussi pour MA pomme, et limite contradictoire avec les recommandations précédentes !

Et mon mari, RIEN. NADA. Comme s’il ne faisait pas partie du projet.

Il a fallu attendre deux ans d’essais pour qu’enfin, on se tourne vers lui, qu’on prenne conscience qu’il faisait partie de l’équation et qu’on lui pose des questions. Deux ans, c’est long. En terme de souffrance psychique, de culpabilité, de remises en question.

Au bout de ces deux ans, mon gynéco a orienté mon mari pour faire un spermogramme et une prise de sang. Là, on a commencé à LUI poser des questions. Là, IL a commencé à faire des examens. Là, on a commencé à être égaux face à ce désir d’être parents qui ne se concrétisait pas.

Et le verdict est tombé : il semblerait que le problème vienne de mon mari. Et il semblerait que je n’aie rien.

Alors non, je ne me réjouis pas que mon mari ait un problème. Je ne me réjouis pas de ne pas en avoir. Mais je suis soulagée. La charge que j’avais sur mes seules épaules depuis deux ans est partie… ou du moins, elle est partagée.

Je trouve qu’il est injuste de ne se préoccuper de Monsieur qu’au bout d’un certain temps (que ce soit un an, deux ans, ou plus). Dès le début des essais, on est deux.

Et le plus fort dans tout ça, c’est que je n’avais jamais, mais alors jamais imaginé que le problème puisse venir de mon mari ! J’en étais arrivée à me persuader, au plus profond de mon être, que j’étais responsable de ça, que je n’étais pas du côté de la vie.

Et le corps médical ne m’a pas aidée à m’extraire de cette vision. Mon entourage ne l’a pas fait non plus. Et la société non plus. Parce que je pense qu’il y a un vrai discours « machiste » autour de la grossesse, qui en ferait une affaire uniquement féminine parce que les femmes portent les enfants. Et donc pendant les essais, on ne s’interroge que sur Madame, et seulement après un certain temps, on s’interroge sur Monsieur.

J’aurais aimé que mon mari fasse des examens depuis le début lui aussi. En quoi est-ce plus légitime pour moi, pour une femme, d’en faire dès que le projet bébé émerge ? Je pense que le spermogramme devrait être un examen basique à réaliser dès le début. Dans notre cas, il nous aurait évité de perdre deux ans, et ça m’aurait évité beaucoup de souffrances.

Aujourd’hui, nous attendons encore des résultats afin de confirmer ou non les premières conclusions. L’attente n’est pas toujours évidente, mais au moins, nous avançons petit à petit dans le diagnostic. Et cette épreuve nous rapproche et nous encourage à prendre davantage soin l’un de l’autre.

Et toi ? As-tu l’impression que la société fait peser toute la réussite du projet bébé sur tes épaules ? As-tu mis longtemps à concevoir ? As-tu culpabilisé ? Viens en discuter…