Menu
A la une / Témoignage

Mon maman blues

Écrire, un leitmotiv pour moi. Ou plutôt une ébauche de thérapie pour dépasser l’épreuve, prendre du recul. J’ai déjà autopublié deux livres aux sujets totalement opposés, et en même temps si proches.

Le premier concerne ma propre difficulté maternelle. Et c’est le sujet que je souhaiterais aborder dans ce billet. Billet que je veux à la fois personnel, mais aussi associatif, puisque j’y ferai une large place à une association qui me tient extrêmement à cœur.

Allez, on revient en arrière.

Je suis dans l’année de mes 30 ans, en couple depuis dix ans (avec presque autant d’années de mariage derrière moi), j’ai un travail stable, aucun problème d’ordre financier à l’horizon. Je plante le décor, je t’expliquerai pourquoi par la suite.

En 2009, j’apprends enfin ma grossesse après deux ans d’essais. Je suis heureuse et à la fois un peu chamboulée…

Maman dépressive

Crédits photo (creative commons) : Lawrence Murray

Durant le deuxième mois, surviennent des saignements importants qui ressemblent à une fausse-couche. Il s’agit en fait d’un décollement placentaire, qui menace ma grossesse. Arrêt de travail préconisé !

Je pense que ce n’est l’affaire que de quelques semaines. Mais ce ne sera pas le cas. Je ne reprendrai jamais le travail durant cette longue descente aux enfers. C’est le début des angoisses, du mal-être et de l’hypocondrie.

Chaque jour, je m’enfonce un peu plus, ne parvenant pas à lier le moindre contact avec cette petite fille qui grandit en moi. Je tiens à préciser que je n’ai alors aucun antécédent de dépression, ou d’une quelconque pathologie psychiatrique.

Mon mal-être me semble perceptible aux yeux de tous, et pourtant personne ne me vient en aide. Moi-même, je ne parviens pas à en demander, puisque je mets ces émotions sur le compte de la grossesse, des hormones. Je me retrouverai à la naissance de ma fille, c’est sûr.

J’entame le troisième trimestre dans un état d’esprit plus que limite. Le gynécologue me prévient que j’ai un col très court. Hospitalisation de cinq semaines. Piqûres pour la maturation des poumons du bébé. Ne manquerait plus que la prématurité pour que je me retrouve à l’asile… Je ne crois pas si bien dire !

Je finis par accoucher à trois semaines du terme, dans une certaine sérénité, au vu des mois qui viennent de s’écouler.

Ombeline pointe le bout de son nez le 4 novembre à 13h10. Pas de larmes, pas d’euphorie lors de cette première rencontre. Le soulagement, surtout. Je pense être enfin débarrassée des idées noires. Mais le séjour à la maternité (de cinq jours) me laisse entrevoir une suite encore moins favorable.

L’allaitement est loin d’être une sinécure. Il s’avère même être une vraie torture, et la peur de ce petit être tout juste sorti de mes entrailles me taraude. La nuit qui précède ma sortie présage d’un retour très compliqué dans mes pénates.

Le lendemain, 11h, nous voilà dehors, prêts à en découdre avec les nuits sans sommeil, les « tétées du bonheur » et tout le toutim.

Mais je n’aurai pas plus l’occasion de profiter de cet appartement dans lequel nous venons tout juste d’emménager (en même temps que l’annonce de la grossesse). Je perds pied. L’anxiété devient exponentielle. Je ne contrôle plus rien. Direction les urgences psychiatriques.

Une découverte pour ma fille, mon mari et moi. Le couperet tombe après plus de huit heures d’attente. Je fais une dépression du post-partum, avec des troubles névrotiques. Ça signifie que l’on va enfin entendre ma détresse ?! Pour sûr !

Malheureusement, les places en unité mère-enfant sont chères. Je finis donc en clinique psychiatrique. J’y reste deux mois. C’est le début de ma reconstruction. Il me faudra attendre la demi-année de vie de ma pépette pour respirer un peu, et ses 1 an pour me sentir pleinement mère.

J’ai fait court, mais tu peux retrouver mon récit chez Lulu.com, sous le titre Ombeline entre ombre et lumière.

J’ai aussi fait court parce que je voulais, comme je te l’annonçais au départ, te parler de Maman Blues, association d’usagers à but non thérapeutique de soutien et d’échange autour de la difficulté maternelle. Elle existe depuis bientôt dix ans. Elle se situe en France, mais rayonne sur les pays francophones limitrophes, et à l’international pour les mères francophones expatriées.

Un an et demi après la naissance d’Ombeline, je cherchais des informations sur l’unité de psychopathologie périnatale où ma fille avait été prise en charge, et je suis tombée sur Maman Blues ! Ce que j’avais vécu arrivait à d’autres femmes. Mon investissement dans la cause a débuté là. Je ne pouvais pas croire, et ne peux pas croire encore aujourd’hui, que l’on puisse taire un tel sujet.

La dépression post-partum touche 10 à 15% des jeunes accouchées, soit annuellement cent mille françaises. Je te laisse imaginer dans le monde…

Chez Maman Blues, nous utilisons l’expression « difficulté maternelle », parce les remaniements psychiques chez la mère sont divers d’une femme à une autre. Chacune vit sa maternité en fonction de qui elle est, de son histoire familiale, de sa relation à ses parents, de sa place dans la fratrie (si frères et/ou sœurs il y a), de la place qu’occupe l’enfant qui vient de naître et de qui il est à son tour. Devenir mère est loin d’être instinctif.

Passé le cap de la chute des hormones, au-delà des quinze premiers jours après la naissance de l’enfant, nous ne sommes plus dans la fameuse période du baby-blues. À partir de là, il est essentiel de se faire aider, autant pour soi que pour l’enfant, qui peut lui aussi montrer des signes de souffrance.

Rompre le silence, dépasser la culpabilité, tendre la main… autant de choses difficiles à faire. Pourquoi ? Parce qu’on nous vend du rêve à travers les médias : « La maternité, ce n’est que du bonheur ! » Et finalement, quand tout n’est que tristesse, angoisse, que faire ? On évite le sujet, parce que la maternité est encore idéalisée et ne peut être qu’une période extraordinaire.

Chez Maman Blues, nous levons le tabou. Osons en parler !

Je reviens sur le plantage de décor du début de mon billet. Ne réduisons pas les mères touchées par la difficulté maternelle à des cas sociaux, des femmes avec des pathologies psychiatriques. À travers le forum, nous voyons des femmes travaillant, mariées ou en couple, sans problème matériel ou financier particulier, et pour un certain nombre sans antécédent psychiatrique.

N’hésite pas à réagir à mon billet, à évoquer ton propre tremblement de mère, et si tu souhaites plus d’explications sur cette période de ma vie, je me ferai un plaisir de t’écrire d’autres billets !

Et toi ? Tu as ressenti des choses similaires pendant ta grossesse ou après la naissance de ton enfant ? Tu t’es aussi heurtée à un grand tabou ? Comment t’en es-tu sortie ? Viens en parler !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !