Menu
A la une / Témoignage

Mon dernier trimestre de grossesse, entre impatience et frustration

Me voilà arrivée dans la dernière ligne droite : le congé maternité arrive à grands pas, mon bidon continue de s’arrondir alors qu’il me paraît déjà énormissime, mais bon, il me reste encore un peu plus de 2 mois, et je sens qu’il n’a pas prévu de s’arrêter en si bon chemin !

Un petit pépin de santé vient ternir mon dernière trimestre de grossesse : on me détecte du diabète gestationnel. Sans rentrer dans les détails médicaux (car j’en serais bien incapable !), ça veut dire qu’à cause des hormones, mon pancréas n’est plus capable de gérer le taux de sucre qui circule dans mon sang. Et là où il faut être vigilant, c’est que comme le placenta est perméable au sucre, mon petit bébé reçoit toutes ces doses de sucre trop élevées, et c’est son petit pancréas à lui, pas encore mature, qui doit carburer comme un fou pour réguler la situation. En stressant ce petit organe en création, on risque de provoquer des lésions qui sont susceptibles d’apparaître à l’adolescence : en clair, si je ne fais pas attention maintenant, mon bébé a bien plus de chance de se découvrir diabétique à 15 ans.

Bon, ça, c’est quand c’est pas ou mal contrôlé. Mais justement, comme on a détecté mon diabète gestationnel, qu’on me prescrit le régime qui va bien, et je me contrôle 6 fois par jour (avant chaque repas et 2h après), le taux de sucre est bien stabilisé, donc BébéChou est bien protégé.

ventre femme enceinte dernier trimestre

Crédits photo (creative commons) : Raúl Hernández González

Bien sûr, c’est une pathologie relativement courante et plutôt bénigne lorsqu’elle est bien suivie, mais je n’y peux rien, quand on m’annonce les résultats, j’ai l’impression d’avoir le ciel qui me tombe sur la tête. Depuis la disparition de mes angoisses du premier trimestre, je suis tellement sur mon petit nuage que je n’ai pas envisagé une seule seconde que quoique ce soit pouvait m’arriver. Je sais, c’est bête, mais c’est mon côté positif à tout prix qui reprend le dessus dès que je me sens en confort. Du coup, au moindre pépin, la réalité n’en est que plus rude à accepter.

Après la journée d’hospitalisation obligatoire pour toutes les futures mamans dans mon cas, je fais une vraie mini-dépression. Le fait de passer une journée à l’hôpital entourée de « vrais » malades me secoue. Les entretiens avec la diététicienne et la diabétologue révèlent également que rien dans mes habitudes alimentaires ou sportives ne peut expliquer mon diagnostic : c’est probablement mes origines nord-africaines qui s’expriment, d’après le médecin. On m’explique également qu’en plus des conséquences nocives pour mon bébé, si je ne suis pas scrupuleusement le régime, j’ai 70% de chances en plus de développer un diabète de type 2 dans les 10 à 15 ans qui viennent. C’est vraiment le coup de massue…

Heureusement, la sage-femme qui me suit me prescrit 15 jours d’arrêt : le temps de digérer l’information, de m’habituer tranquillement à mon nouveau régime alimentaire (avant de retourner à la cantine de mon entreprise !) et surtout, de me reposer. Je me sens complètement vidée !
En une semaine, je perds 5 kilos : moi qui n’avais pris que 7 kg en 6 mois et quelques de grossesse, je fais un peu peur à voir avec mon gros bidon sur mes jambes décharnées !

Les allers-retours à l’hôpital dans le service des diabétiques (et non pas dans la confortable maternité où on ne croise que des futurs parents heureux….) m’épuisent et me stressent énormément. À chaque fois, c’est le même scénario : l’infirmière contrôle mon cahier de glycémie où je dois noter scrupuleusement ce que je mange, où je dois reporter toutes mes valeurs de glycémie, et à chaque valeur un peu élevée, il faut que je fournisse une « explication ». Sachant que chez moi, ce sont les taux de glycémie à jeun qui déraillent un peu, qu’est-ce que je dois dire ? Non, je ne me lève pas la nuit pour m’empiffrer de bonbons, donc non, je ne sais pas pourquoi mes taux à jeun sont élevés (voire plus élevés que les taux 2h après le repas !). D’ailleurs, moi je pensais qu’au contraire, c’était à la diabétologue de m’expliquer tout ça, non ? Mais après la première journée d’hospitalisation, je ne l’ai plus recroisée qu’en coup de vent, et même si l’infirmière est plus disponible, elle n’arrive pas toujours à répondre à toutes mes questions.

J’angoisse pour mon bébé, pour moi dans 15 ans. Je stresse, je culpabilise, je me fais des nœuds au cerveau…

Et finalement, la sanction tombe : comme le régime ne change rien à mes taux à jeun (normal !), j’ai donc droit aux piqûres d’insuline, celles du soir pour que l’insuline puisse agir tout au long de la nuit et réguler mon sucre jusqu’au matin. Je dois ajuster moi-même les quantités d’insuline en fonction de mes résultats de glycémie : à chaque nouvelle valeur hors des normes, je vis ça comme un échec.

Je pleure régulièrement, parfois d’épuisement, parfois sans raison. Il faut une sacré organisation pour ne pas s’isoler et continuer à avoir une vie sociale à peu près normale : quand on sort ou qu’on est invité chez des amis, il faut que je prévoie ma nourriture ou que j’explique la situation pour prévoir le coup et peser mes portions.

Les fêtes de famille sont un vrai calvaire quand je vois passer les pâtisseries et autres délices sans pouvoir y toucher. D’autant plus que j’ai droit à des remarques à n’en plus finir : « Tu sais, tu devrais faire quelques écarts, tu peux te le permettre vu ton poids, ce n’est pas ça qui va te faire du mal ! ».

Non, en effet, à moi ça ne va pas faire de mal, d’autant plus que mon poids, là, tout de suite, maintenant, je m’en moque éperdument. Par contre, ça risque de faire du mal à mon bébé, peut-être pas tout de suite, mais probablement à terme. Alors laisse-moi m’occuper de ma santé et de celle de mon enfant et ne parle pas de choses que tu ne connais pas !

Ou encore « À mon époque, on ne le détectait pas, et on était fière d’avoir un gros et beau bébé ! ». Oui, comme tu dis, à ton époque. Mais justement, on n’est plus à ton époque, alors, sans entrer dans la polémique « trop de suivi médical » Vs « c’était mieux avant », j’ai juste envie de crier : « Laissez-moi tranquille ! ».

Bref, je ne vais pas continuer comme ça la liste de mes lamentations, je crois que tu as compris mon état d’esprit…! À présent, avec le recul, je me rends bien compte que ma réaction était disproportionnée, mais parfois, on ne se contrôle pas, et certaines angoisses paraissent insurmontables, parce qu’à ce moment-là de notre vie, on n’est pas capable de les gérer. C’est vraiment ce qui m’est arrivé pendant ce dernier trimestre de grossesse.

Heureusement, mes copines de bidon me remontent le moral : entre les encouragements, les petits gestes sympas (« Je voulais faire un gâteau pour qu’on le partage toutes ensemble à la fin de notre séance de sophrologie, puis je me suis rappelé que tu devais faire attention, alors on remet ça à la fin du mois, quand on aura toutes accouché ? »), je suis bien entourée. D’ailleurs, en voyant quelques copines souffrir d’autres maux de fin de grossesse, je me rends compte que parfois, le corps n’arrive pas à tout gérer, mais que ça arrive aussi à d’autres et que ce n’est pas si grave.

J’essaie de me concentrer sur les aspects positifs : je suis toujours en grande forme physiquement (je réussis même à reprendre un peu de poids, malgré mon régime très frugal !), je continue à être active, à dormir pas trop trop mal (malgré mes fameuses insomnies de fin de nuit, entre 4h et 6h du matin), et malgré la chaleur de ce début d’été, je ne souffre pas trop de gonflements ou autres réjouissances.

Le moral remonte tout doucement au fur et à mesure que les semaines passent. Les dernières semaines avant le début du congé maternité, je me sens de mieux en mieux : je commence à arriver à mettre de côté le stress du boulot, à lâcher prise et à accepter que je n’aurais pas tout fini avant de partir en congé. Mais que ce n’est pas si grave, que le boulot m’attendra gentiment pour mon retour.

Au cours du dernier mois, le suivi médical s’intensifie, toujours à cause de ce fichu diabète. Cette fois, c’est toutes les semaines que je dois retourner à la maternité, pour un monitoring du cœur du bébé. Les résultats sont satisfaisants et la sage-femme qui me suit est adorable. Enfin quelqu’un qui pose un regard bienveillant sur mes résultats de glycémie. Ses quelques petites remarques me touchent énormément : « Je vois que vous n’avez aucune valeur au-delà des seuils, vous pouvez être drôlement fière de vous ! », « Quelle chance il a, ce petit bout, d’avoir une maman aussi appliquée », etc. Ça me regonfle à bloc !

Le temps passe, le début du mois d’août arrive et ma super sage-femme part en vacances. Sa remplaçante est un peu moins à l’écoute. En récupérant mon dossier à 10 jours de la date prévue d’accouchement, elle m’annonce que mon bébé est déjà bien gros, et que d’après elle, l’équipe médicale va vouloir me déclencher.

Quoi ?! Mais non, je ne veux pas, moi… Bon d’accord, c’est sûr que ça réglera la question de comment se rendre à la maternité, mais bon, c’est pas ce qui était prévu dans mon petit crâne….

J’en parle à la sage-femme qui me fait des séances d’acupuncture, et elle propose de me faire deux séances de préparation à l’ouverture du col. À 2 jours de la date prévue pour le déclenchement, pas de changement en vue…

Je crois que je ne vais pas y échapper finalement !

Et toi ? Tu as dû faire face à un diabète gestationnel ? Tu as eu du mal à le gérer ? Ton entourage était compréhensif, ou avait tendance à en rajouter une couche ? Comment te sentais-tu ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Jeune mariée presque trentenaire et maman depuis l'été 2014, j'essaie de concilier la vie de famille, un boulot passionnant et ma passion pour les voyages. Mister F. et ChérieChou me comblent de bonheur, même si parfois on ne sait plus où donner de la tête ! Mais bon, ça me va bien : je suis plutôt du genre à ne pas tenir en place.... Danse, lecture, piano, mais aussi boxe ou yoga, la vie à 100 à l'heure, j'aime ça !