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A la une / Témoignage

Non, la grossesse n’est pas toujours rose (ni bleue, d’ailleurs !)

Je me présente vite fait : femme de 29 ans, mariée, en situation professionnelle stable, je suis tombée enceinte ! Le rêve, surtout que ça faisait près d’un an que l’on essayait et que ça ne venait pas ! Et quoi espérer de plus quand il s’agit d’une grossesse sans problèmes ? Je suis censée voir des licornes, des paillettes, avoir le teint resplendissant, ne parler que de ça, roucouler avec mon homme…

Eh bien… il y a certaines choses qui ne se passent pourtant pas comme on pourrait le croire. Revenons au début !

Grossesse et déprime

Crédits photo (creative commons) : Cristina Souza

Enfin enceinte !

Comme je l’ai dit, ça faisait un an que l’on essayait de concevoir ce bout de chou… Ça faisait même deux ans que l’on parlait bébé, même si l’on attendait un peu de se lancer ! Tous les deux dans des situations stables professionnellement, amoureux (mariés récemment, en plus !!), et avec une vie globalement stable et heureuse (oui, car comme chez tout le monde, il y a toujours des petites contrariétés ou des soucis qui occupent quand même l’esprit… moi, il s’agit de mon père gravement malade…).

Donc quand j’ai enfin découvert le + sur mon test de grossesse, autant dire que j’ai sauté au plafond !! Nous commencions à avoir des doutes sur nos capacités à procréer, et ça permettait enfin de concrétiser notre rêve ! Donc génial !

Je te passe les détails de l’annonce au papa (très ému, mais bon, il a eu besoin d’un petit temps d’intégration de quelques jours quand même !), et nous avons commencé à imaginer cette grossesse ! Oui, je parle de grossesse, car difficile encore de se projeter neuf mois plus tard…. Faut y aller mollo mollo, quand même ! Nous avons attendu un peu avant de l’annoncer aux familles, et l’annonce s’est parfaitement déroulée comme dans nos souhaits ! Tout le monde était heureux, pas de phrases assassines…. TOUT S’EST BIEN PASSÉ !

Et puis le déroulé de mon point de vue de femme enceinte : un suivi ordinaire, quinze jours de nausées légères (qui me permettaient de me dire chaque matin : « Yes ! Je suis enceinte, je n’ai pas rêvé ! »), et très peu de « symptômes » de femme enceinte ! Presque ma vie de tous les jours… Bon, ok, j’ai été fracassée par la fatigue ! Moi qui n’arrête jamais, si je m’asseyais ne serait-ce que deux minutes, impossible pour moi de me relever, et même parfois, un petit somme s’imposait !

Et comment a réagi le futur papa, qui, comme tout homme, aurait pu avoir du mal à percuter, à comprendre que des changements incontrôlés se produisaient chez sa femme ? Eh bien, j’ai de la chance ! UN AMOUR ! Aucun reproche, que de la compréhension, de l’aide…

Et tout cela jusqu’à maintenant 8 mois de grossesse : toujours aucun problème de santé, ni pour moi, ni pour le bébé ! (Bon, j’avoue : sciatique ponctuelle, seins douloureux au premier trimestre, rythme de baleine échouée sur une plage…. mais ok, ok, j’ai beaucoup de chance !)

Mais alors, de quoi est-ce que je me plains ?

C’est vrai, il n’y a pas d’ombre au tableau ! Et ce n’est pas que je me plains, mais je souhaiterais avertir, et surtout rassurer d’autres femmes : non, être enceinte n’est pas forcément GÉNIALISSIME, même quand tout va bien ! Je n’ai pas d’explication à donner (et pourtant, je peux te dire que j’ai cherché les causes !) mais pourtant, c’est bien là… J’ai imaginé être enceinte depuis des années, rêvé même ce moment… Mais il me manque ce petit truc !

Déjà, je n’ai pas envie d’en parler tout le temps ! Eh non, mon sujet de prédilection, ce n’est pas mon bébé, mon ventre ou quoi que ce soit qui s’y rapporte… J’ai envie de parler de tout et de rien… comme d’habitude !

Et puis, bien que j’aie attendu les changements avec impatience (bah oui, il sort quand ce bidon qui prouve qu’il y a bien un asticot à l’intérieur ??? C’est loooong), j’ai plutôt mal vécu les transformations physiques… Je ne suis pas une bimbo qui fait super attention à son corps. J’ai quelques kilos desquels je me passerais bien, mais pas au point de faire des régimes et du sport pour les éliminer ! Je ne passe pas trois heures après la douche à chouchouter mon corps… Je m’accepte plutôt comme je suis.

Mais j’ai aussi un grand besoin de contrôle… Et de prendre du ventre « sans le vouloir », d’avoir un corps qui change sans rien lui demander, d’avoir une poitrine qui change complètement… eh bien, ça fait un peu peur… Pour dire vrai, je ne me regardais plus pendant quelque temps !

Quant à l’asticot qui grandit en soi, ça fait quoi ? Eh bien, pour ma part, j’ai eu beaucoup de mal à intégrer cette notion ! Même après la première échographie ! (Puis la seconde !) Tout restait abstrait pour moi… Comment imaginer que Mère Nature nous ait attribué un Playmobil vivant dans le ventre ? Qui bouge et tout et tout ?!

Ça a eu pour conséquence que je n’arrivais pas à l’imaginer, à essayer de le ressentir, et encore moins à me projeter plusieurs mois après ! Encore aujourd’hui, c’est parfois déroutant pour moi de voir mon ventre bouger, de sentir des sensations nouvelles, ou connues mais différemment.

Le couple aussi vit cette étape de façon particulière…. Tout comme le mariage, je dirais que c’est encore une « épreuve de vie » qui forge le couple. En plus des aléas quotidiens d’un couple, on doit ajouter des hormones féminines, des interrogations et une difficulté à se projeter de la part de la mère, ainsi que des questionnements (pas formulés oralement, sinon ce n’est pas drôle) du futur papa qui fait son cheminement dans son coin…

Ça donne des jours fusion (ah, les futurs parents !) et des jours orage (chacun dans son coin dans le lit, et vaut mieux éviter d’approcher une allumette, ça pourrait prendre feu !). (Avec le recul, je sais que tous ces événements nous ont fait mûrir, mais sur le moment, c’est jamais l’éclate !)

Alors voilà, non, je ne vis pas une grossesse épanouissante ! Une amie est tombée enceinte à quelques semaines d’écart avec moi : elle ne parle que de ça, est « rayonnante », imagine tout pour ce bébé, est en mode raide-dingue dans son couple… Et moi, je traverse cette grossesse avec mes doutes, mes questions, mon absence de projection, et un moral un peu bas…

Je pourrais en parler ! Oui, je suis proche de ma famille, de ma mère, de mes sœurs ! Elles n’attendaient que ça et j’ai toujours imaginé de grandes confidences avec elles sur ce sujet ! J’ai aussi quelques amies qui sont passées par là, et des collègues aussi… Mais non, je n’ai pas la force de me confier… Pas l’envie… Je veux juste m’enfermer dans une bulle de protection : c’est mon bébé, ma grossesse. Pour moi, ça doit se vivre en privé, juste dans le couple. Pourquoi ce ressenti, je ne sais pas ! Et une tristesse incohérente reste là…

Je ne sais pas si j’ai pu mettre correctement des mots sur ce ressenti… C’est beaucoup plus difficile que je ne l’imaginais. Car je ne veux pas dresser un tableau noir, ni même me plaindre pour quelque chose qui ne devrait pas être source de plaintes, je veux juste informer. Oui, ça arrive : on peut, contrairement à ce que l’on imagine et à ce que la société imagine, ne pas être épanouie dans une grossesse, même désirée et sans problèmes.

Ça ne présage en rien un baby blues, ni même une dépression post-partum, mais ça fait partie des difficultés maternelles qui peuvent être rencontrées, et pas assez souvent abordées. J’ai mis beaucoup de temps à trouver des sites en parlant… et donc à arrêter de culpabiliser. Et j’avoue que depuis que j’ose dire (principalement à moi-même) : « Non, je ne suis pas épanouie, et c’est comme ça. », eh bien je remonte la pente ! Beaucoup moins de culpabilité !

Et puis, je lui explique à ce petit bout de chou : il est désiré, mais sa venue au monde chamboule beaucoup de choses dans ma tête et dans celle de son père, d’où quelques désagréments… mais on l’aime, il n’est responsable en rien, et justement, on va tout déchirer quand il sera là !

Je compatis également avec toutes les femmes qui vivent des grossesses plus compliquées d’un point de vue physique, ou dans leur environnement ! Car justement, ça doit être pire ! Moi, je n’ai vraiment pas à me plaindre ! Un petit site pour celles qui peuvent traverser ce moment, ou qui vivent des épisodes plus difficiles encore, avant ou après la naissance du bébé : Maman blues.

Au moment où je termine cet article, j’ai fait ma dernière séance de préparation à l’accouchement, et je vais beaucoup mieux, je positive beaucoup plus ! Le tout, c’est d’accepter que l’on ne réagit pas « comme tout le monde »…

Et toi ? Tu ne te sentais pas épanouie pendant ta grossesse ? Qu’est-ce qui clochait ? As-tu trouvé le soutien nécessaire pour mettre des mots sur ce sentiment ? Viens en discuter…

A propos de l’auteur

J'ai 29 ans, jeune mariée. J'ai des hauts et des bas, mais je fais le maximum pour être heureuse et rendre les gens autour de moi heureux! Ma petite famille s'est crée grâce à la naissance de notre petit asticot!