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A la une / Témoignage

Mes cinq fausses-couches

Je suis en couple depuis onze ans, avec un homme beaucoup plus jeune que moi. Je viens d’avoir 43 ans et lui en a bientôt 33. Nous avons une petite fille de 4 ans et demi, que nous avons eue sans aucune difficulté au deuxième mois d’essais. J’ai eu une grossesse sans histoires et un accouchement de rêve.

Puis, nous avons souhaité avoir un autre enfant. Vu la facilité de la première grossesse, mon homme pensait que ça ne poserait pas de souci. J’avais déjà 39 ans et j’entendais clairement le tic-tac de l’horloge… Alors, au bout de quelques mois, je lui ai mis un peu la pression… Et là, miracle : au premier mois d’essais, je tombe enceinte !! Juste avant mes 40 ans, tout un symbole…

Mais au contrôle des 6SA, deux jours avant mon anniversaire, je découvre que c’est un œuf clair. Stupeur, douleur, larmes… Mais après quelque temps, je me dis que je vais y arriver, que c’était juste un accident de parcours. Alors, après quelques mois de repos, on reprend les essais. Et là, bingo, je tombe à nouveau enceinte !

Les premières semaines se passent bien… J’arrive à la onzième semaine. Je me dis que ça va aller. Mais un matin, je me réveille et je sens que j’ai des pertes anormales. Je vérifie, et en effet, c’est brun. Bizarre…

Panique et contrôle chez la gynéco. Et là, le verdict tombe : plus d’activité cardiaque… Et comme si ça ne suffisait pas, elle m’annonce qu’elle suspecte une grossesse molaire et qu’elle va envoyer le « matériel » (jargon médical…) pour analyse. Je rentre le lendemain à l’hôpital, pour un curetage.

Faire des fausses-couches à répétition

Crédits photo (creative commons) : Kurt Bauschardt

Quelques jours plus tard, le verdict tombe à nouveau : grossesse molaire… Pour celles qui ne connaissent pas, il s’agit d’une anomalie due à un excès chromosomique (je résume, mais en gros, l’embryon a soixante-neuf chromosomes au lieu des quarante-six habituels). Cette maladie, puisqu’il s’agit d’une maladie, peut dégénérer en tumeur cancéreuse. Donc obligation de contrôler le taux d’hormones HCG jusqu’à ce que celui-ci soit redescendu à 0.

Le mien a mis trois mois à redescendre. Trois mois pendant lesquels nous avons dû faire attention à ce que je ne tombe surtout pas enceinte. Puis, la semaine où j’apprends que mon taux est enfin à 0, j’apprends également que je suis à nouveau enceinte, malgré nos « précautions ». Mais la joie est de courte durée, car à 4 semaines, je perds du sang… et mon bébé, pour la troisième fois…

Ensuite… plus rien. Ma gynéco ne me propose toujours pas d’aller faire des examens en PMA, alors que je viens d’avoir 41 ans… Du coup, je prends les devants et je contacte un centre. J’ai droit à une batterie d’examens, de contrôles, hystérosalpingographie et autres analyses aux noms barbares. Pour celles qui connaissent, une partie de plaisir.

Et là, rien. Pas de cause, si ce n’est mon âge… Et ma réserve ovarienne est excellente. La gynéco reste confiante, elle pense que ça va marcher. Mais rien ne se passe pendant des mois. Mon homme ne fait qu’un caryotype. Pas le moindre spermogramme. Je trouve ça bizarre, mais elle me dit que vu que je tombe enceinte facilement, le problème ne peut pas venir de lui. Et il est jeune…

Durant l’été 2014, je perds mon papa. Je traverse cette période comme dans une bulle de coton. C’est l’enfer : je me regarde vivre, survivre et avancer chaque jour… Je ne veux pas m’étaler sur cette période, ce cauchemar.

Puis arrive septembre 2014, et encore un miracle : je retombe enceinte, naturellement, au moment où on allait commencer les stimulations. J’ai droit à des contrôles VIP toutes les semaines : prises de sang, échographies, etc.

À 8SA, j’ai toujours des nausées et pas de pertes de sang, donc je vais confiante à mon contrôle hebdomadaire… Mais, à nouveau, le couperet tombe : pas d’activité cardiaque. C’est même moi qui le dis au médecin, tétanisé devant son écran.

Je demande à avoir des cachets tout de suite, pour tout faire partir au plus vite. Je prends du cytotec, et j’évacue tout en quelques jours. Du moins, c’est ce que je pensais : en réalité, une petite minuscule partie du placenta reste accrochée à mon utérus. On continue les médocs pendant deux semaines, mais rien ne se passe : ce petit morceau est bien accroché. Inconsciemment, je n’arrivais peut-être pas à lâcher prise… Tout se termine un mois plus tard, par un curetage.

L’année 2015 débute, rythmée par les stimulations. Puis, à l’arrivée de l’été, je finis par taper du poing sur la table et exiger un spermogramme de mon conjoint ! Résultat : il a des anticorps anti-spermatozoïdes qu’on ne peut expliquer, car il n’a jamais subi ni intervention chirurgicale à cet endroit, ni coup, ni traumatisme.

Après tout ce temps perdu, la gynéco décide de me faire des inséminations. J’en fais deux… mais toujours rien. Alors, je décide de faire une pause, pendant quelques mois, jusqu’à la nouvelle année.

Nouveau miracle : mi-décembre, après quatre jours de retard de règles, je me décide, la boule au ventre, à effectuer un test de grossesse… qui est positif ! Mais je n’arrive pas à me réjouir vraiment : je sais bien que la route est encore longue.

Le lendemain de mon anniversaire, je me réveille avec de petites pertes brunes. Ça y est, le cauchemar recommence… J’appelle la gynéco (la mienne, pas celle du centre de PMA), paniquée, mais elle me rassure et me dit que tant qu’il n’y a pas de sang rouge, mieux vaut attendre et se tenir tranquille. Ce que je fais, et puis plus rien…

Les fêtes se passent et je rentre de vacances. Deux jours avant le premier contrôle à 7SA, j’ai à nouveau des pertes. Le contrôle arrive et tout se passe bien : le cœur bat, on voit un petit embryon qui a une taille parfaite… mais on voit aussi un hématome.

Alors, la gynéco me prescrit du repos complet… Je m’exécute. Je me dis que c’est un tout petit, minuscule sacrifice, et que pour une fois, je peux faire quelque chose pour que ça se passe bien… J’en parle avec mes copines, pour qu’elles m’aident à m’occuper de ma fille et l’emmènent à l’école. Elles me soutiennent toutes, elles sont là, elles m’entourent et elles sont positives. Moi aussi, je veux y croire !

Puis, j’ai le contrôle suivant. À peine suis-je sur la table que la gynéco commence l’échographie, avec l’écran tourné de manière à ce que je ne voie rien. Mais je vois bien à sa tête que quelque chose ne va pas… Et là, les mots que j’ai fini par m’habituer à entendre : « Plus d’activité cardiaque… »

Je suis donc en train de vivre ma cinquième fausse-couche consécutive. La gynéco se veut rassurante : elle est toute désolée, me dit que oui, avec l’âge, ça arrive plus souvent. Que là, je n’ai vraiment pas de chance, mais que rien ne dit que ça ne marchera pas la prochaine fois.

Mon homme, lui, veut recommencer tout de suite. Moi je veux juste que l’on fasse sortir ce petit embryon de mon ventre… Je n’en peux plus de porter la mort en moi, au lieu de la vie. La gynéco me donne du cytotec à nouveau. Trois heures plus tard, je commence à saigner. Je perds pas mal, quelques caillots… et puis plus rien. Je sais bien que je n’ai rien évacué… Et j’en suis là aujourd’hui, à devoir attendre jusqu’à demain pour appeler la gynéco et lui demander de m’aider… Je vais peut-être devoir subir un troisième curetage.

Je suis dévastée, au fond du trou. Je me sens perdue et j’ai tellement peur de recommencer. Mais je n’arrive pas, malgré tout, à me résoudre à arrêter… Je me dis que je dois encore continuer et essayer, pour ne pas regretter.

Ma fille m’a dit qu’elle voulait qu’on remette un bébé dans mon ventre, même si celui-ci était parti. Mon homme veut continuer. Il essaie d’être gentil avec moi, mais je n’arrive pas à le laisser entrer dans ma peine. Alors, je reste dans mon coin… Je m’isole…

Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je sais qu’après le chagrin et le deuil, j’aurai envie d’essayer à nouveau : je ne peux pas rester sur cet échec, je ne veux pas. Mais est-ce que j’ai la force en moi pour tout recommencer et prendre le risque de perdre un sixième bébé ? Je ne sais pas. L’avenir me dira quoi faire, je l’espère… En attendant, je dois me relever : ma fille a besoin de moi.

Merci de m’avoir permis de me délester un peu de ce poids qui m’étouffe depuis maintenant plus de trois ans.

Et toi ? As-tu eu des difficultés à faire un enfant ? As-tu vécu aussi plusieurs fausses-couches ? Comment les as-tu surmontées ? Viens en parler…

A propos de l’auteur

Maman d'une petite princesse de 4 ans et demi, en couple depuis 11 ans... Et mamange de 5 petites étoiles parties trop vite...