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Non, je ne fais pas un bébé toute seule !


Publié le 12 novembre 2016 par Calypso

En octobre 2014, avec mon mari tout neuf, on s’est lancés dans les essais bébés ! Avec innocence et optimisme, on (je !) s’imaginait parents dans neuf mois, et roule ma poule !

Sauf que…

Sauf que bon… Ça ne s’est pas passé comme ça…

Deux ans plus tard, nous ne sommes pas parents. Nous sommes officiellement entrés dans la phase tests de fertilité, avec différents examens à faire pour moi comme pour lui.

La pression sur la femme en cas d'infertilité

Crédits photo (creative commons) : Unsplash

Pendant deux ans, j’ai vécu avec le sentiment profondément ancré que le problème venait de moi. Je pense m’être moi-même créé cette certitude, à cause de quelques problèmes gynécologiques que j’avais eus auparavant. Mais je pense aussi qu’on m’a enfermée dans cette croyance. Et quand je dis « on », je pense au corps médical, au discours sociétal ambiant et aux paroles bienveillantes de la famille, des amis.

Pourquoi je dis ça ? C’est assez simple :

  • Au moment où j’ai parlé de mon souhait de grossesse, mon médecin traitant m’a prescrit un bilan sanguin « pré-conceptionnel » à MOI.
  • Pendant deux ans, mon gynéco m’a posé des questions diverses et variées à MOI.
  • Pendant deux ans, mon gynéco a effectué divers frottis, échographies sur MOI.
  • « T’y penses trop, faut pas te prendre la tête, faites l’amour quand vous en avez envie et non pas parce que c’est le moment, » me disait-on régulièrement à MOI.
  • « Tu as repéré ton ovulation ? Tu prends ta température ? » Tout ça, bien sûr, c’était aussi pour MA pomme, et limite contradictoire avec les recommandations précédentes !

Et mon mari, RIEN. NADA. Comme s’il ne faisait pas partie du projet.

Il a fallu attendre deux ans d’essais pour qu’enfin, on se tourne vers lui, qu’on prenne conscience qu’il faisait partie de l’équation et qu’on lui pose des questions. Deux ans, c’est long. En terme de souffrance psychique, de culpabilité, de remises en question.

Au bout de ces deux ans, mon gynéco a orienté mon mari pour faire un spermogramme et une prise de sang. Là, on a commencé à LUI poser des questions. Là, IL a commencé à faire des examens. Là, on a commencé à être égaux face à ce désir d’être parents qui ne se concrétisait pas.

Et le verdict est tombé : il semblerait que le problème vienne de mon mari. Et il semblerait que je n’aie rien.

Alors non, je ne me réjouis pas que mon mari ait un problème. Je ne me réjouis pas de ne pas en avoir. Mais je suis soulagée. La charge que j’avais sur mes seules épaules depuis deux ans est partie… ou du moins, elle est partagée.

Je trouve qu’il est injuste de ne se préoccuper de Monsieur qu’au bout d’un certain temps (que ce soit un an, deux ans, ou plus). Dès le début des essais, on est deux.

Et le plus fort dans tout ça, c’est que je n’avais jamais, mais alors jamais imaginé que le problème puisse venir de mon mari ! J’en étais arrivée à me persuader, au plus profond de mon être, que j’étais responsable de ça, que je n’étais pas du côté de la vie.

Et le corps médical ne m’a pas aidée à m’extraire de cette vision. Mon entourage ne l’a pas fait non plus. Et la société non plus. Parce que je pense qu’il y a un vrai discours « machiste » autour de la grossesse, qui en ferait une affaire uniquement féminine parce que les femmes portent les enfants. Et donc pendant les essais, on ne s’interroge que sur Madame, et seulement après un certain temps, on s’interroge sur Monsieur.

J’aurais aimé que mon mari fasse des examens depuis le début lui aussi. En quoi est-ce plus légitime pour moi, pour une femme, d’en faire dès que le projet bébé émerge ? Je pense que le spermogramme devrait être un examen basique à réaliser dès le début. Dans notre cas, il nous aurait évité de perdre deux ans, et ça m’aurait évité beaucoup de souffrances.

Aujourd’hui, nous attendons encore des résultats afin de confirmer ou non les premières conclusions. L’attente n’est pas toujours évidente, mais au moins, nous avançons petit à petit dans le diagnostic. Et cette épreuve nous rapproche et nous encourage à prendre davantage soin l’un de l’autre.

Et toi ? As-tu l’impression que la société fait peser toute la réussite du projet bébé sur tes épaules ? As-tu mis longtemps à concevoir ? As-tu culpabilisé ? Viens en discuter…

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Commentaires

8   Commentaires Laisser un commentaire ?

Elodie

Je comprends ta colère et ton sentiment.
Néanmoins, beaucoup de couples conçoivent rapidement et n’ont pas de souci. Il est normal de d’abord laisser faire la nature avant d’être interventionniste 😉 De plus, le trou de la sécu étant déjà énorme, il n’est pas possible de procéder en systématique.

Par contre, tu as raison, je trouve aussi qu’on est trop centré sur la femme dans le désir d’enfant!

le 12/11/2016 à 08h10 | Répondre

Marln

Je pense que cela dépend pas mal des gynécos: quand au bout d’un an ça ne fonctionnait toujours pas de notre côté, on est allé voir un gynéco de pma conseillé par notre médecin traitant. Et il nous a fait faire des bilans à tous les deux, en se concentrant plus sur monsieur parce que j’ai des cycles réguliers. Et il s’avère en effet que le problème vient de là!
Par contre ça été dur pour lui à encaisser: tout comme une femme qui a des problèmes de fertilité, ça a remis en cause pour lui sa masculinité (féminité pour une femme ) alors que c’est pas du tout lié! Y a une vraie pression/attente de la société sur ta capacité à procréer et bien souvent, elle est tournée plus vers les femmes que vers les hommes.

le 12/11/2016 à 08h36 | Répondre

Ars Maëlle (voir son site)

Je suis vraiment désolée que tu aies dû porter seule le poids de la « culpabilité » et de la pression pendant si longtemps, et assez étonnée de voir que le corps médical a mis tant de temps avant de lancer les examens pour ton mari, ça me semble évident que quand ça ne marche pas la médecine devrait chercher des deux côtés ! D’autant que mon mari et moi avons abordé les essais en nous demandant très fort si on n’a pas de problème (lui pense que ça viendra de lui, et moi que ça viendra de moi), donc j’imagine que si ça n’a toujours pas marché au bout d’un an on ira demander directement des examens pour tous les deux.
Je crois que ce poids sur les femmes est assez vieux et ancré : quand le couple royal n’avait pas d’enfant c’était toujours la faute de la reine, bien sûr, car de toute façon on ne pouvait pas changer de roi, alors qu’il suffisait de tester le ventre d’une autre épouse (!!) En plus, comme dit Marln, la remise en cause de la fertilité masculine est vécue comme une attaque symbolique de leur virilité (certains confondaient même infertilité et impuissance) donc dans une société patriarcale tendance machiste, une telle idée vient détruire l’autorité masculine : assez impensable !
En revanche, pour les examens préconceptionnels, il me semble que le but n’est pas d’évaluer la fertilité mais de voir s’il y a des risques pour le bébé, donc on teste chez la future maman ce qui pourrait poser problème pour la conception et pendant la grossesse, et s’il y a lieu, on s’occupe aussi du futur papa (test pour les infections sexuellement transmissibles, rappels de vaccin, etc.) En tout cas c’est comme ça que ça s’est passé pour nous, ma fertilité n’a pas plus été testée que la sienne avant les essais, et il n’a pas été oublié dans le bilan.
Je vous souhaite tout le meilleur pour la suite de votre parcours, du courage et de la patience mais surtout un beau bébé pour bientôt.

le 12/11/2016 à 10h04 | Répondre

Charivari

Bonjour Calypso,

Je comprends tout à fait ton sentiment de colère, c’est vrai que trop souvent le corps médical se tourne vers la femme alors qu’un bébé, ça se fait bien à deux!
Toutefois, je voulais apporter une nuance à ton propos : heureusement, tous les médecins ne sont pas comme ça! Après quelques mois d’essais et des règles qui ne revenaient pas, je suis allée voir ma gynéco, qui M’a fait passer une série d’examens. Et il se trouve qu’il y a bien un petit souci de mon côté. Ce qui a bien-sûr été source de grandes angoisses chez moi, auxquelles la gynéco en question n’a absolument pas su répondre.
Au point que j’en ai changé, et là j’ai eu la chance de tomber sur un médecin vraiment au top, qui a su me rassurer, mais surtout qui m’a dit qu’il n’y avait aucune raison de chercher le problème uniquement de mon côté, et a décidé d’aller voir du côté du chéri. Et je dois dire que ça a permis d’impliquer beaucoup plus Monsieur, qui ne comprenait pas trop pourquoi je me prenais autant la tête (jusqu’à ce que les examens le concernent également). Finalement, son spermogramme était parfait, mais c’était un vrai soulagement : 1) d’avoir identifié l’ensemble du problème 2) de le sentir vraiment concerné par toute cette histoire (je te rassure, il l’était avant, mais maintenant il comprend mieux ce que je ressens).
Il existe donc, fort heureusement, des médecins qui ont la bonne attitude dès le début, et ne cherchent pas uniquement du côté de Madame. Je trouve ça plutôt encourageant.

le 12/11/2016 à 13h46 | Répondre

Rose

Je comprends ce que tu partages.
J’ai eu aussi ce sentiment que le problème ne pouvait venir que de moi pendant un temps (j’étais persuadée d’être trop compliquée psychologiquement pour tomber facilement enceinte !) et l’entourage donnait son avis sur ma charge de travail qui ne favorisait sans doute pas les choses, etc. Avant de consulter en PMA, j’ai fait moi-même quelques examens (je suis médecin) qui étaient normaux, et je n’ai pas osé proposé à mon mari d’en faire en même temps (alors qu’à mes patients je les prescrit aux 2 membres du couple, va comprendre…!). Quand nous avons finalement consulté en PMA, on nous a d’emblée proposé des examens à tous les 2. Par contre, l’annonce des résultats a été rude pour moi, alors que seul le bilan de mon mari montrait des anomalies, mais en gros le discours de notre gynéco a été : « alors Madame, ça c’est parfait, ça c’est parfait, ça c’est parfait, et Monsieur ça c’est pas top, ça ça ne va pas, ça ça ne va pas. » Finalement ça a été plus dur pour moi d’entendre cela que si on m’avait annoncé que je n’avais plus d’ovaires ! Ensuite, pour tenter d’améliorer les choses du côté de mon mari (qui n’avait quand même pas des problèmes empêchant toute possibilité de conception), nous sommes allés consulter une naturopathe. Et là ça a été la douche froide, en analysant l’iris de MES yeux (oui, elle n’a pas daigné regarder ceux de mon mari au début, c’est lui qui lui a demandé de le faire à la fin de la consultation), elle en a conclu que j’avais tout un tas de carences et anomalies qui expliquaient notre infertilité (alors que nous lui avions fait part des résultats des examens) !!! ça m’a permis de comprendre que le fait que l’infertilité d’un couple vienne de la femme est vraiment ancré profondément dans les mentalités, même quand les faits scientifiques montrent le contraire… Toujours est-il qu’à ce jour nous attendons enfin notre 1er bébé, venu naturellement sans FIV, et qui doit naître dans les 2 semaines qui viennent ! Bon courage à toi et à ton mari. Je vous souhaite prochainement une très heureuse surprise !
NB : nous avons pris TOUS LES 2 les compléments vitaminiques que la naturopathe m’avait prescrits à moi 😉 !

le 14/11/2016 à 10h02 | Répondre

Madame D

Je pense que malheuresement les stats jouent aussi dans ce sens. Il y a plus de (mal)chance que l’infertilité vienne de la femme que de l’homme.
Mais je suis d’accord avec toi dans l’ensemble. Quand on parle de projet bébé, c’est toujours la femme qui est remis en question.
De la même manière que la plupart des gens ignorent que ce n’est pas la femme qui « décide » du sexe du bébé. Nous ne donnons que le chromosome X et c’est le père qui fait une fille ou un garçon en donnant le X ou le Y.
En tout cas je vous souhaite pleins de courage et une belle issue !

le 14/11/2016 à 10h50 | Répondre

Soph'68

Je pense que cela dépend aussi beaucoup du gynéco. De notre côté, au bout d’un an d’essai, elle nous a prescrit un bilan hormonal (pour moi) et un spermogramme (pour monsieur évidemment^^) en même temps.
Cependant, j’ai compris dans sa manière de me présenter les choses, qu’encore beaucoup d’hommes avaient du mal avec l’idée de passer un spermogramme, elle n’arrêtait pas de me dire qu’il fallait bien que je lui explique la procédure, que ce n’était pas un acte « gênant ».. J’en ai conclu que j’avais la chance d’avoir un homme absolument pas rebuter par le fait de passer cette étape.

le 15/11/2016 à 14h22 | Répondre

Mme Maxi

Bonjour Calypso, ton parcours m’intéresse fortement car je traverse la même situation que toi.
Comme toi, j’ai longtemps eu peur d’avoir créé moi même cette situation avec mes craintes que ça ne fonctionne pas. J’étais persuadée d’avoir un problème, de trop travailler, de ne pas lâcher prise. Au bout d’un an d’essai infructueux, mon gynéco nous a prescrit des examens à mon mari et à moi, sans distinction. Lorsque nous avons appris l’infertilité de mon mari, cela m’a vraiment bouleversé car je n’avais jamais imaginé cette hypothèse. Je ne m’étais pas vraiment posé la question du pourquoi avant de lire ton article, mais effectivement, c’est peut-être car on en parle peu de l’infertilité masculine. Pourtant, notre médecin nous a bien expliqué que c’était plus fréquent qu’on ne le pensait.
Bon courage dans cette attente, je ne sais trop à quel point elle est difficile.

le 20/11/2016 à 18h53 | Répondre

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