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A la une / Témoignage

Ma fausse couche silencieuse

Je te retrouve le lendemain de la découverte de ma fausse couche : fausse couche qui s’est arrêtée il y a au moins 2 semaines. Je parle de fausse couche silencieuse car aucun saignement, aucune douleur. Rien qui ne laissait présager ce qui est arrivé.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

N’ayant pas dormi de la nuit, nous arrivons à 8h tapantes aux urgences gynécologiques….et la salle commence à se remplir de gros ventres tout autour de moi.

Après 2 interminables et longues heures d’attente sans savoir ce qu’il va m’arriver, je suis appelée. La sage-femme refuse que Chéri m’accompagne pour l’échographie : mais quelle échographie ? J’en ai précisément fait une hier et j’ai ramené le compte-rendu ! La sage-femme – aussi humaine qu’une pierre – m’explique que c’est la procédure, c’est comme ça. Une de ses collègues rentrent…baragouine quelque chose….et les deux s’en vont. J’attendrais 30 min de plus, seule, dans une salle d’examen sans savoir ce qu’il va se passer.

Crédits photo (creative commons) : Sodanie Chea

La sage-femme revient… et est finalement accompagné d’une interne souriante. Ouf. L’examen commence et comme hier, elles constatent que la grossesse est bien arrêtée et que l’expulsion spontanée ne risque pas de se produire (vu qu’il ne s’est rien passé en 2 semaines). Et donc ? Je fais quoi ?

L’interne m’explique que j’ai 3 choix :

  • Prise de cytotec (un médicament qui déclenche des contractions pour expulser l’embryon) chez moi
  • Prise de cytotec à l’hôpital
  • Curetage ou aspiration (à l’heure actuelle, je n’ai toujours pas compris si c’était la même chose ou non…)

Je demande à faire venir mon mari. Avec ou sans leur accord, j’ai besoin que mon mari soit là et m’aide dans la décision. La sage-femme consent à le faire venir. Je refond en larmes. Je ne sais pas quoi faire, je ne comprend rien, je ne sais plus ce que j’ai lu la veille sur ce qu’il faut faire ou prendre comme décision…

Cytotec

  • 75% de chances de succès
  • Peut être douloureux
  • Peut déclencher des saignements très importants
  • Embryon/poche embryonnaire « visible » lors de l’expulsion
  • Risque que tout ne soit pas évacué
  • Risque d’hémorragies (d’ou le choix d’être hospitalisé)
  • Si domicile : médicament à prendre dans 2h
  • Si hospitalisation : 3 jours à attendre (il ne se passe rien le week-end + lundi pour les cas non urgents)
  • Reprise des essais dès le retour de couche possible

Aspiration (et?ou?) Curetage

  • Acte chirurgicale
  • 100% de succès
  • Officiellement plus éprouvant pour le corps (certains médecins recommandent même 3 mois d’attente avant reprise des essais)
  • 3 jours à attendre minimum le temps de le programmer

Je suis dans un tel état de crise au moment ou elle m’explique tout ça que je suis incapable de penser à autre chose que « il faut que ça sorte maintenant ». Psychologiquement, il était inconcevable pour moi de porter la mort 1 journée de plus. J’avais juste envie de m’arracher le ventre pour que « ça » s’en aille. Pour qu’on oublie. Pour qu’on recommence à aller de l’avant. Je choisis donc le cytotec… à la maison. Nous sommes un samedi, Chéri peut donc rester avec moi toute la journée en cas de soucis et potentiellement, ça peut aller vite.

L’interne nous fait une ordonnance. Je dois prendre 2 cachets dès que j’arrive à la maison, 2 cachets 4h après et 2 cachets le lendemain. Je dois également faire un contrôle de la cavité utérine 10 jours après ainsi que des prises de sang (1/semaine) jusqu’à avoir un taux de BHCG négatif.

Le cytotec, interdit à la vente

Ordonnance à la main, je demande à Chéri de s’arrêter dans la première pharmacie et d’y aller : je n’ai pas le courage d’affronter le regard du pharmacien. Chéri revient bredouille : ils n’en ont pas.

Curieux.

Nous faisons une deuxième, troisième, quatrième pharmacie… pareil. Pas de cytotec. Ce n’est pas possible ! Toutes les femmes des alentours ont fait une fausse couche ou quoi ? La cinquième nous apporte un élément de réponse : il vient TOUT JUSTE d’être décidé que ce médicament soit retiré du marché. Aucune pharmacie (même si en réalité, elles en ont en stock) n’acceptera de nous le vendre. GE-NIAL.

Re-crise d’hystérie dans la voiture. Je ne peux pas accepter ça. Je veux en terminer avec cette fausse couche immédiatement. Chéri appelle l’hôpital pour leur expliquer la situation… et la seule réponse du médecin interne que nous avions vu « essayez de trouver une pharmacie moins scrupuleuse que d’autres, il y en a ! ».

C’est donc la neuvième (!!) pharmacie qui nous donnera le précieux sésame. Je suis soulagée.

La prise du cytotec

Munie de mes supers serviettes hygéniques flux ++, je prend mes deux premiers cachets. Je suis très angoissée à l’idée de me plier de douleur en deux ou de me vider de mon sang… et je décide de rester allongée dans le lit avec pleins de serviettes (éponges) pour protéger le matelas.

1h passe…rien. 2h….rien. 3h….rien. Pas même une seule goutte de sang.

Au bout de 4h, je reçois un sms de mes parents : « on arrive dans 5 min ». Quoi ?! Mais ils sont sérieux ? Je leur ai justement dit 2h avant que je ne voulais PAS les voir. Que je voulais rester SEULE. Je leur avais juste envoyé un sms pour les tenir au courant. Ma mère dira qu’elle a mal lu et qu’elle pensait que je ne voulais pas rester seule… moi je pense surtout qu’elle voulait venir, qu’elle voulait me soutenir.

Crédits photo (creative commons) : Sean McGrath

Mes parents débarquent donc au moment où je dois prendre mon deuxième round de cachets. Je ne bouge pas de mon lit et j’essaye de faire bonne figure : ma mère ne fait que pleurer et je ne veux pas qu’elle voit à quel point je suis désespérée. Ils ne resteront que 15 min qui me sembleront une éternité.

Après leur départ, je ne ressens toujours aucune douleur et je n’ai pas de saignement. Moralement, je suis au plus bas : je vais faire partie de ces foutus 25% pour qui ça ne fonctionne pas. Marre, marre, marre. Chéri se propose de sortir 5 minutes à l’épicerie en face me prendre du coca (ma boisson spéciale déprime).

ÂMES SENSIBLES S’ABSTENIR

Pendant sa (courte!) absence, je ressens l’envie d’aller faire pipi…je pars aux toilettes (toujours pas de sang sur la serviette) et, je perds une quantité conséquente de sang. Je sens même que j’ai perdu quelque chose… Je t’épargne les détails (aucun souci pour en parler en privé si tu en ressens le besoin) mais je sais que j’ai perdu la poche embryonnaire intacte. Et bizarrement, j’appelle Chéri presque avec une voix de fête : « ça y est, ça y est !! ».

Je n’ai pas eu de douleurs les heures et jours qui ont suivi, ni de saignements abondants (pas plus que des règles normales en tout cas). La 3ème prise le lendemain matin me fera « perdre » le placenta 24 heures plus tard.

Contrôler que tout est ok avant reprise des essais

J’ai donc une prise de sang à faire dès que possible : positive à 250 ui. J’ai également le contrôle de la cavité utérine à faire… que je ne ferais jamais. Moralement, j’étais incapable d’entendre « oui c’est bon, tout est vide ». Ce test non fait sera source d’une grosse dispute avec Chéri plusieurs mois plus tard… ne fais donc pas la même connerie que moi : même si c’est dur, courage !

Je fais une autre prise de sang la semaine suivante : 50 ui. Je désespère. Ça ne descendra jamais à 0. Et tant que je ne suis pas à 0, mon corps ne comprendra pas qu’il peut retomber enceinte…

Finalement, 3 semaines après « l’expulsion », mon taux tombe à 0.

Il faudra attendre ensuite 3 semaines de plus (soit 6 semaines après expulsion) pour avoir mon retour de couche et sonner la reprise des essais…

Mais est-ce si facile de se remettre en selle tout de suite ? Et comment ai-je vécu « moralement » cette fausse couche les jours/semaines/mois qui ont suivi ? Je t’explique tout dans le prochain article !

Et toi, comment s’est passé ta fausse couche ? Es-tu tombée sur un personnel médical à l’écoute ? Raconte-moi 🙂 

A propos de l’auteur

29 ans, Maman d'une petite fille de février 2019, mariée à Chéri (d'origine chinoise), survoltée et angoissée, je te raconte ici ma fausse couche, ma grossesse sous stress (le mien !) et mon nouveau quotidien de maman avec un bébé koala !