Menu
A la une / Témoignage

Surmonter les fausses couches à répétitions

J’ai d’abord pensé écrire ce témoignage de façon anonyme. Et puis j’ai renoncé. Chez Mademoiselle Dentelle, je t’ai montré une facette de ma personnalité. L’enfant qui est toujours en moi, qui s’émerveille des belles couleurs et qui aime la vie. Mais soyons honnête, qui peut prétendre être toujours « happy » ?

Je viens raconter mon histoire, qui n’a pas encore eu tout à fait de happy ending. Si tu as suivi mes chroniques de mariage, tu sais d’ores et déjà que je viens de me re-marier. Je l’ai déjà été, et de ce mariage est né un magnifique petit garçon, K.

K., c’est ma plus grande fierté, c’est le meilleur de moi concentré dans 52 cm de tendresse et d’amour. Enfin ça, c’était à sa naissance. 4 ans plus tard, il mesure 1m05 !

K., c’est mon petit miracle, mon petit guerrier. Et je pèse mes mots. Avant d’avoir mon petit bonhomme, j’ai déjà été enceinte 2 fois.

ours en peluche sur une chaise

Crédits photo (creative commons) : Caroline The hills are alive

La première fois, j’avais 23 ans et cette grossesse était inattendue. Presque catastrophique. Mais je l’ai préservé, je l’ai choyé, ce ventre qui s’arrondissait tout tranquillement. J’ai assisté à ma première échographie, un tel moment de bonheur. Et puis un mois plus tard, j’écoutais toujours avec autant de ravissement son petit cœur battre, avec ma sage femme.

Et puis il y a eu ce soir, où j’ai fait un cauchemar terrible. Mon papa décédé était dans ce rêve. Il pointait mon ventre du doigt et me disait d’être forte, que ça allait être très difficile, mais que je m’en sortirais. Je me suis réveillée en maudissant les hormones de grossesse. Je suis allée aux WC et en m’essuyant, j’ai remarqué un trace sombre sur le papier, très petite. Bah, ce n’est rien du tout. Mais si j’allais quand même aux urgences ? Au pire des cas, je connaîtrais sûrement le sexe de mon bébé !

Sauf que non. Tu le devines, ça ne s’est pas passé comme je l’espérais. Je suis arrivée aux urgences, on m’a fait passer une échographie. Je crois que j’ai tout de suite compris. Mais je ne voulais pas y croire. Pourtant, je voyais bien que le petit clignotant n’était pas là, cette fois-ci. Quand l’urgentiste a levé son regard embarrassé sur moi, là, j’ai réalisé.

J’ai réalisé que mon monde venait de s’écrouler et que plus rien ne serait pareil. Je me suis écroulée. Et puis j’ai fini par suivre le médecin jusqu’au service de gynécologie. On m’a mis dans une chambre qui donnait presque directement sur la nursery, et on m’a annoncé que je subirais un curetage le lendemain. Je te passe les douleurs atroces des contractions pendant toute la nuit. Elles ne se sont arrêtées que lorsque je suis remontée du bloc.

J’étais venue pour savoir si mon bébé était un garçon ou une fille, et je rentrais chez moi le ventre vide.

C’était le premier curetage de ma vie. Malheureusement, ce ne fut pas le dernier. J’ai eu énormément de mal à surmonter cette fausse couche. Vraiment. D’autant que des problèmes de santé très grave sont venus se greffer à mon moral déjà bien bas.

Puis j’ai rencontré mon mari, et la vie est redevenue belle. Nous nous sommes mariés et très rapidement, nous avons voulu un enfant. Il connaissait mon passé et nous n’étions pas sereins, mais il y croyait fort. Je suis tombée enceinte 8 mois plus tard.

Je faisais une nouvelle fausse couche 3 semaines après. Je n’ai pas ressenti celle-ci de manière aussi brutale que la première. Elle était aussi précoce que la première avait été tardive, ça n’avait rien à voir. Mais je commençais à douter de pouvoir enfanter un jour.

Je suis tombée enceinte de K. 4 ans après ma toute première grossesse, au jour près. J’ai vécu 9 mois d’angoisses interminables. Cela s’est un peu calmé quand je l’ai senti bouger. Mais même là, je faisais souvent bouger mon ventre pour le réveiller et sentir ses mouvements, pour être sûre que tout allait bien. J’étais sous anticoagulant à cause de mes antécédents de santé, mais en-dehors de ça, ma grossesse s’est finalement très bien passée.

L’accouchement, ce fut une autre histoire et je ne vais pas le raconter ici. Sache juste que mon fils est né 2 jours après terme, qu’il pesait 2kg820 pour 52 cm. Il a été réanimé, on a aspiré ses poumons et on l’a intubé. Il a été transféré dans une maternité de type 3, à plus de 100 km de moi. Je n’ai eu que le temps de le croiser, encore groggy de mon anesthésie générale, et au travers de sa couveuse.

Tu saisis pourquoi je parle de miracle ?

Je ne suis pas croyante, mais si je l’étais je remercierai Dieu, car aujourd’hui, 4 ans plus tard à quelques jours près, mon fils va très bien. Il n’a aucune séquelle de sa naissance, aucun retard physique ou mental, et il est même très éveillé, comme petit mec.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, car c’est une très belle finalité. Mais je me suis remariée il y a quelques mois. En septembre dernier, j’ai perdu une nouvelle fois un bébé, à 10 semaines de grossesse.

Mon mari connait lui aussi mes antécédents. C’est étrange comme je me suis sentie obliger de le « prévenir ». « Attention Chéri, je ne suis pas douée pour porter des bébés. Tu ne pourras pas dire que tu ne le savais pas. »

Il a fait face et m’a beaucoup soutenu. Il m’a même proposé d’avancer notre mariage, pour qu’on se change les idées et qu’on puisse fêter quelque chose de beau.

Notre mariage était donc prévu le 1er mars, et j’apprends le 10 février que je suis enceinte. Je prends toutes les précautions nécessaires. Je suis même mise en arrêt de travail par mon docteur. Je me préserve le plus possible, même le jour J, pour que tout se passe bien.

Cela ne suffira pas. Je subis un 4ème curetage début avril.

Et pour tout te dire, de toutes mes fausses couches, c’est celle qui me fait le plus mal, celle qui me laisse le plus un gout amer dans la bouche. Un sentiment d’injustice tellement profond que je me sens obligée de venir témoigner de tout ça ici, aujourd’hui. Je n’aime pas voir les photos de mon mariage. Elles sont pourtant très belles, mais elles me montrent cruellement que, ce jour-là encore, j’étais la gardienne d’une petite flamme que je n’ai pas su protéger.

J’ai eu du mal à sortir de chez moi. J’avais l’impression que tout le monde voyait le mot « cercueil »sur mon front. Je me disais que je ne suis pas faite pour être maman, que la nature m’a laissé une chance avec K. mais que ca ne se reproduirait plus. Qu’elle avait bien vu que je n’avais même pas été capable de le mettre au monde en bonne santé.

J’ai mis du temps à retourner travailler, à avoir envie de voir les autres. Je ne suis pas encore tout à fait guérie , j’ai toujours besoin d’une petite aide pour m’endormir le soir, mais ça va mieux, un peu.

Tu dois te dire que je ne dois pas culpabiliser, que ce n’est pas de ma faute. Tu as raison, et je le sais. Mais je ne peux pas m’empêcher de laisser ces pensées s’insinuer dans mon esprit et m’empoisonner aussi sûrement que du venin.

J’ai quand même trouvé mon médicament. Quand je me sens très mal, que je broie du noir et que le poison fait son œuvre, j’observe mon fils, je réclame un câlin, je l’écoute me dire « tu sais maman je t’aime encore plus ! » et mon esprit s’allège. Je me dis que j’ai déjà eu beaucoup, beaucoup de chance d’avoir un si gentil petit garçon.

Tu le vois, ce n’est pas tout à fait une happy end, mais malgré tout, nous gardons espoir avec mon mari de présenter un jour à K. son petit frère ou sa petite sœur.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !