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A la une / Récit de grossesse

Le jour où j’ai cru faire une fausse-couche…

C’est un samedi frais mais ensoleillé du mois de juin. Pour une fois, nous n’avons pas prévu grand-chose ce weekend, et nous le passons tranquillement à la maison. En milieu de matinée, nous nous rendons au marché pour faire nos courses. Après toutes ces semaines de pluie et de froid, je suis contente de pouvoir enfin porter un pantalon plus léger – mon pantalon en lin, blanc – et mes sandalettes.

Je suis enceinte depuis deux mois déjà. Le premier mois n’a pas vraiment existé : entre l’imprévu de cette grossesse, un premier test positif mais auquel je ne croyais pas, une semaine de vacances avec cette joyeuse incertitude et un deuxième test positif qui nous a confirmé la présence d’un futur deuxième enfant, je n’ai pas eu le loisir de sentir d’éventuels changements dans mon corps, ni même de subir de désagréments bien connus comme des nausées ou des vomissements.

Après mon retour de couches, je n’ai eu l’occasion de revoir mes règles que deux fois. Et comme mes cycles n’avaient pas retrouvé leur régularité d’antan et qu’on était infoutus de se souvenir de nos moments de câlins, ma sage-femme m’a envoyée faire une échographie de datation pour pouvoir déterminer le début de la grossesse.

Début juin, je retourne donc dans les couloirs des consultations externes de mon petit hôpital de campagne, et j’y recroise avec plaisir la sage-femme qui m’avait tant aidée, il y a à peine un an, à accepter et à envisager mon accouchement en siège. Le sage-femme échographiste se souvient bien de moi et est lui aussi étonné de me revoir si vite. Je lui raconte mon accouchement, comme s’il avait eu lieu la semaine passée.

Bref, nous passons à l’étape suivante, et quand il pose sa sonde sur mon ventre, je découvre un tout petit haricot à quatre membres niché dans mon ventre. C’est donc bien vrai, il y a quelqu’un là-dedans, nous allons avoir un deuxième enfant. Mince alors ! C’est arrivé si vite !

Croire faire une fausse-couche

Crédits photo (creative commons) : A.

Je commence à me sentir quelque peu nauséeuse et fatiguée. Mais cette fois, pas de vomissements. Quelques dégoûts alimentaires, mais rien de bien méchant, comparé à ma première grossesse. De toute façon, avec Crapouillou à gérer, je n’ai pas le temps de penser à tout ça ! D’ailleurs, il est adorable avec moi : quand je suis trop fatiguée et que je m’allonge sur le canapé, au lieu de me grimper dessus et de grogner pour que je m’occupe de lui, il va chercher ses doudous pour me les donner et me fait de gros câlins. C’est trop mignon !

Bref, tout va bien, hormis un blocage total de mon mari et de moi-même pour se projeter dans cette grossesse et des moments de panique avec des réflexions du type : « Mais qu’est-ce qu’on a fait ? Un deuxième enfant ? Si tôt ? Mais on va être trop crevés, on va mourir ! Et s’il est aussi agité et fatigant que son frère, je ne vais jamais réussir à m’occuper des deux en même temps, je ferai une dépression, c’est sûr ! »

Donc en ce samedi de juin, après avoir rempli notre panier de bonnes victuailles fraîches et locales tout en gérant un Crapouillou quelque peu agité, nous retournons à la voiture. Alors que je m’apprête à m’asseoir sur le siège passager, je sens du liquide s’échapper de mon intimité. Comme une jeune fille surprise par ses premières règles. Je lance un regard paniqué à mon mari, répond à son regard interrogateur par un « Ça coule ! » et ose glisser ma main discrètement dans ma culotte pour vérifier. C’est bien du sang. Merde, pour une fois que je mettais ce pantalon blanc ! (Oui, j’ai une tendance matérialiste !)

Sur le trajet du retour, on en parle avec Monsieur Solex. Pour moi, aucun doute, c’est une fausse-couche. Qu’est-ce qu’il faut faire dans ces cas-là ? Aller aux urgences ? Mais elles sont à 50km de chez nous ! Faire autant de bornes pour entendre que j’ai perdu mon bébé, ça me déprime.

Et puis, qu’est-ce qu’il va se passer ? Comment il va sortir de mon ventre, ce bébé tout juste formé ? Je suis angoissée, et triste. On ne pourra donc pas annoncer une bonne nouvelle à nos familles pour le 14 juillet. Je ne serai donc pas enceinte jusqu’au cou à Noël. Nos enfants n’auront donc pas « moins de deux ans d’écart » comme nous le souhaitions. Je m’y étais attachée, finalement, à ce bébé.

Et je me sens coupable : je n’ai pas assez investi cette grossesse, il a dû se sentir de trop, c’est pour ça qu’il est parti. C’est de ma faute, je ne lui ai pas donné assez d’attention.

Arrivés à la maison, mon mari gère l’intendance : rangement des courses, occupation de Crapouillou, préparation du repas, etc. pendant que je file aux toilettes pour me changer. Le sang est clair, exactement comme des règles. Je m’assois sur le canapé : j’ai mal au ventre et des larmes s’échappent de mes yeux.

Je décide d’envoyer un SMS à ma sage-femme pour savoir ce qu’il faut faire. Elle me rappelle cinq minutes plus tard. Elle ne peut faire aucun diagnostic au téléphone, il faut nous rendre aux urgences de la maternité le plus vite possible. Sans examen, on ne peut pas savoir. Ce n’est pas nécessairement une fausse-couche, mais il est aussi possible que ça en soit une.

Elle me dit ce que je sais déjà : si c’est une fausse-couche, c’est dur, certes, mais c’est un mal pour un bien. C’est que l’embryon n’était pas viable : 20% des embryons ont une malformation génétique qui les empêche de donner des bébés viables et en bonne santé. Ce sont les lois naturelles de la génétique. Je le sais, tout ça, et je sais que s’il est parti, il ne faudra pas regretter. D’ailleurs, vu le pourcentage de fausses-couches au premier trimestre de grossesse, je me suis toujours attendue à en vivre au moins une dans ma vie de « femme en âge de faire des enfants ».

Mais bon, ça n’empêche pas d’être triste et de devoir faire le deuil de cet enfant qu’on avait déjà intégré dans nos plannings de fin 2016-début 2017 !

On décide de prendre quand même le temps de déjeuner tous ensemble. S’il est vraiment mort, il n’y a rien d’urgent à faire. Et puis, c’est l’heure de manger, Crapouillou a faim. En plus, il sent bien que quelque chose ne va pas, mais ça lui échappe complètement. Il ne comprend rien, il est grognon, fatigué, il s’est réveillé ce matin avec une légère fièvre : il a besoin de nous.

On appelle des amis pour savoir si on peut leur déposer Crapouillou en début d’après-midi pour qu’il fasse la sieste chez eux. On prévoit aussi le goûter, et de quoi le coucher le soir, si jamais… On n’a absolument aucune idée de l’heure à laquelle on sera de retour. Pauvre Crapouillou, il ne comprend rien à ce qui se passe.

Une heure de trajet pour se rendre aux urgences. On a le temps de discuter, de passer des larmes au rire et du rire aux larmes. Arrivés à la maternité, je redécouvre les urgences. La dernière fois que je suis passée par là, j’étais sur le point d’accoucher et je devais m’arrêter tous les 10m pour laisser passer une contraction. Et tiens, c’est là qu’on a cassé le pot de confiture à la fraise quand on est sortis de la maternité avec notre nouveau-né dans les bras !

Après un aller-retour administratif, on est pris en charge par un sage-femme. Questions, examen du col et des pertes, pas de douleurs particulières. Au vu de ce que je lui dis et de ce qu’il voit, il n’a pas l’air alarmé. Mais la seule façon de savoir, c’est de passer une échographie.

L’appareil ambulant étant utilisé pour l’instant, il m’emmène faire un examen d’urine. Tout est ok. L’appareil est enfin disponible, on retourne dans la salle d’examen. Une crevette, un cœur qui bat, taille et évolution normales. Soulagement, une petite larme de joie s’échappe de mon œil droit. Il est là, et bien là, il n’est pas parti.

Petit bébé, je te promets de penser à toi tous les jours, de te bichonner un peu plus. Je suis ravie que tu sois là, ne t’inquiète pas, ton arrivée nous fait un peu peur, mais on t’accueillera avec tout le bonheur et toute la joie que tu mérites. Je ne serai sans doute pas autant « nombrilo-centrée » que pour Crapouillou, mais on aura nos moments rien qu’à nous deux, le soir, quand je me coucherai. Promis. Accroche-toi, tu as encore un long chemin à parcourir. Mais tu es là, alors reste bien au chaud avant d’être prêt à sortir.

Le sage-femme ne trouve pas d’explication à ces saignements. Peut-être un léger décollement du placenta, et encore. L’appareil est trop approximatif pour en être certain. Je dois passer l’échographie du premier trimestre dans une semaine, on verra bien ce qu’il s’y dira. Mais rien de grave. Il paraît que ça arrive, des saignements inexpliqués pendant le premier trimestre de grossesse. Et bien plus souvent qu’on ne le croit. Rien que depuis ce matin, je suis sa sixième patiente dans ce cas-là !

Ok, ça rassure, il se passe parfois des choses sans explications possibles. Je le prends vraiment comme une alerte, un « appel à la reconnaissance » de notre bébé, une aide à la prise de conscience que oui, nous le voulons, nous l’acceptons, et nous sommes heureux qu’il soit là.

Le soir, Crapouillou a beaucoup de mal à s’endormir. Couché à 20h30 comme d’habitude, à 22h il ne dort toujours pas et pleure encore. Je le prends dans mes bras, lui fais un gros câlin, et lui explique ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Je lui dis que Maman a un bébé dans le ventre, que Maman a eu un problème et qu’on a dû aller vérifier que le bébé allait bien. Que maintenant tout va bien. Puis son papa le prend sur ses genoux pour le bercer et il s’endort, paisiblement.

Et toi, tu savais que c’était possible, des saignements inexpliqués mais anodins pendant le premier trimestre de grossesse ? Comment aurais-tu réagi ? Viens nous dire !

A propos de l’auteur

Nous nous sommes mariés en mai 2014 et la famille s'est agrandie pile 1 an après avec l'arrivée de notre premier fils. Crapouillou est devenu grand frère 20 mois plus tard. Madame vélo parce que je me déplace beaucoup à vélo, normal je travaille dans le développement durable (bonjour le cliché !).