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A la une / Témoignage

Faire une fausse couche, ça n’arrive pas qu’aux autres

Comme tu t’en doutes, c’est parce que je suis personnellement concernée par ce sujet que j’ai eu envie d’écrire cet article.

Mais commençons donc par le début. Après notre mariage, nous nous sommes sentis prêts à avoir un enfant. Arrêt de la contraception donc, et hop me voilà enceinte ! Nous sommes bien évidemment ravis, d’autant plus que ça a été rapide (je ne suis pas très patiente…).

Nous nous imaginons déjà fêter notre premier anniversaire de mariage avec un beau bébé dans les bras, nous réfléchissons au prénom, bref, nous nous projetons dans l’avenir avec notre bébé.

Les premiers symptômes de grossesse apparaissent. Rien de trop dérangeant pour ma part, mais je me sens clairement enceinte, et plutôt bien, à part une grosse fatigue. Je vais aussi voir le médecin pour les prises de sang et prendre un rendez-vous pour l’échographie du 3e mois. C’est chose faite, il n’y a plus qu’à attendre…

Les fêtes de fin d’année arrivent, nous décidons d’annoncer la bonne nouvelle à notre famille proche, même si je ne suis qu’à un mois et demi de grossesse. D’une part, parce qu’il y a des personnes que nous ne reverrons pas avant 3 mois, et que nous préférons leur annoncer la nouvelle de vive voix. D’autre part, parce que quand tu ne bois pas une goutte d’alcool pendant les fêtes, tes proches risquent vite de se demander si tu es enceinte (je me sens un peu scrutée par moments…).

faire une fausse couche, ça n'arrive pas qu'aux autres

Crédits photo (creative commons) : Jillyspoon

Sauf qu’un jour, je commence à perdre quelques gouttes de sang. Vraiment trois fois rien, et aucun autre symptôme : pas de douleurs, je me sens bien. Ayant lu que la plupart du temps c’est bénin en début de grossesse, je ne panique pas. Et puis je ne me vois pas aller aux urgences parce que j’ai perdu 3 gouttes de sang dans la journée. Le lendemain, idem.

Le 3e jour, je perds un peu plus de sang, et surtout j’ai un tout petit peu mal au ventre. Je me décide donc à aller consulter, histoire d’avoir la conscience tranquille et de pouvoir être définitivement rassurée.

Nous voilà donc partis aux urgences. Nous sommes reçus très rapidement par une gynéco, qui en écoutant mon histoire, se veut rassurante. Les pertes de sang en début de grossesse sont très fréquentes, le plus souvent ça vient du col de l’utérus qui est un peu plus sensible qu’en temps normal, et ça peut durer quelques jours. Elle va tout de même réaliser une échographie pour vérifier qu’il n’y a rien d’autre. A 9 semaines d’aménorrhée, nous devrions déjà bien voir le futur bébé.

Mais, après quelques instants, le verdict tombe : la grossesse ne s’est pas développée normalement et s’est arrêtée il y a plusieurs semaines déjà. Il n’y a pas d’embryon, juste la vésicule embryonnaire. Nous redescendons de notre petit nuage d’un coup.

Et concrètement maintenant, on fait quoi ? La gynéco me propose deux options :

  • La première, on laisse faire la nature et on attend que la grossesse soit évacuée toute seule. Elle me prévient que ça risque de saigner assez abondamment.
  • Autre option, elle me prescrit des comprimés de prostaglandines pour provoquer des contractions de l’utérus.

Quelle que soit l’option choisie, on prévoit une échographie de contrôle dans une semaine.

Je suis tellement abasourdie par la nouvelle que j’ai du mal à réfléchir et à choisir. Je décide toutefois de laisser faire la nature, ça a l’air de vouloir saigner, attendons donc de voir ce qu’il se passe. Si jamais, lors de l’échographie de contrôle, la vésicule embryonnaire est toujours là, il faudra prendre les comprimés.

Nous rentrons donc à la maison dans un silence pesant. Je ne sais plus où j’en suis, tous mes projets ont été chamboulés en quelques minutes.

Les jours suivants se ressemblent : j’ai mal au ventre (vraiment mal, et pourtant je suis habituée aux règles douloureuses !), je saigne et je suis très triste. J’ai juste envie d’arriver à l’échographie de contrôle, que la gynéco me dise que l’utérus est vide, et que je puisse penser à autre chose.

Arrive enfin le jour de l’échographie, la gynéco me confirme que l’utérus est bien vide, ouf ! Il n’y a plus qu’à attendre un mois ou deux, avant de pouvoir envisager une nouvelle grossesse. Il n’y pas plus de risque de faire une fausse couche lors d’une prochaine grossesse.

Bilan de toute cette histoire : étant relativement jeune et en bonne santé, quand je suis tombée enceinte, je croyais naïvement que cette grossesse arriverait forcément à terme. Comme mes amies n’ont – pour la plupart – pas eu de mal à tomber enceinte et que tout s’est bien passé, je ne m’étais inquiétée que de savoir si j’allais avoir du mal à tomber enceinte, mais pas de ce qui pourrait aller de travers pendant la grossesse.

C’est en discutant de cette mésaventure avec une copine que je me suis rendue compte que ça lui était déjà arrivé deux fois ! La gynéco m’a effectivement dit que c’était fréquent : de 20 à 30% des grossesses finissent en fausse couche avant 3 mois. La plupart du temps, il s’agit d’une anomalie chromosomique survenue suite à la fécondation, qui fait que l’embryon n’est pas viable.

Avec un peu de recul, je me dis maintenant que ça aurait pu être bien pire : une fausse couche après de longs mois d’essais, une fausse couche plus tardive, voire un bébé mort in utero… bref, le genre de situations qu’on n’envisage pas avant d’y être confrontée.

Ce que j’ai bien compris aussi depuis, c’est que c’était certes une grossesse en tout début d’évolution, mais elle était bien là. Et il ne faut pas minimiser le traumatisme engendré par une fausse couche.

Je ne suis pas quelqu’un de très sensible, pourtant cette fausse couche m’a beaucoup touchée. Mon mari peut-être moins, parce qu’à ce stade, il ne vivait pas du tout la grossesse comme moi. Ce n’est pas lui qui avait les symptômes de grossesse, ni lui qui a eu mal physiquement par la suite.

J’ai aussi été blessée quand quelqu’un m’a dit, même sans mauvaise intention, que j’avais été assez en forme pendant ces quelques semaines de grossesse, et que ce n’était peut-être pas normal (limite je n’étais pas assez « malade » pour être enceinte normalement !!?).

Cet article est surtout destiné à toutes celles qui seront malheureusement confrontées à cette situation un jour. En espérant qu’elles se sentiront moins seules en lisant ces quelques lignes.

Et toi ? Tu as vécu une fausse-couche ? Tu savais que ça pourrait t’arriver, ou tu avais complètement occulté cette possibilité ? Viens en parler…

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Mariée, trentenaire, campagnarde et maman depuis fin décembre 2015.