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A la une / Récit d'accouchement

Mon accouchement : pas si rapide que prévu (du tout !)

Je t’ai laissée la veille de mon autorisation de sortie.

Le matin du 15 février, je suis à 38SA+5, et j’ai toujours l’une ou l’autre contraction plus douloureuse (mais largement supportable). La sage femme vient me faire le monitoring et je l’en informe. A l’issue du monito, il s’avère qu’effectivement, certaines sont un petit peu plus fortes, mais elles sont si isolées que rien n’est alarmant. Je dois attendre le médecin de garde et je peux sortir pour la journée ! Hiiiiiiiiiiii !

Mon Saint-Graal (pardon, mon autorisation de sortie) en poche, je rentre à la maison. Nous allons au restaurant fêter notre St Valentin en retard. Les contractions augmentent en intensité, même si cela reste supportable. Ça commence à venir toutes les 20/30 minutes.

Nous rentrons à la maison après un succulent repas (je me demandais quand je mangerais la prochaine fois !). Je prends un bain pour voir si ça se calme. Durant ma la période où j’étais en menace d’accouchement prématuré (MAP), j’ai en effet eu de nombreux épisodes de contractions très fréquentes (mais non douloureuses) pendant des heures. Le Spasfon et un bain calmaient bien les petites crises. Mais là, rien ne fonctionne.

Vers 17h30, je dis à mon mari que ça augmente trop. J’en ai toutes les 5 à 7 minutes. Mais ma sage-femme m’avait prévenue : « Votre bébé est si bas, il va venir très très vite ! N’attendez pas, vous, les 2h habituelles : allez tout de suite à l’hôpital !!! ». Donc on y retourne plus tôt que prévu (ma sortie était autorisée jusqu’à 20h30).

Vers 18h, j’y suis. Je me dis que ça y est, c’est pour cette nuit. Je suis examinée. « Ooooooh vous aviez le temps ! Vous êtes à peine à 1, le col n’est pas modifié du tout. ». Je suis déçue, car ça commence à devenir un peu difficile pour moi… Je me dis que si je souffre déjà là, qu’est-ce que ce sera pendant les 12 prochaines heures de dilatation ? (12…. Naïve que j’étais…).

Je retourne dans ma chambre. On attend, la sage femme me dit que quelqu’un viendra me ré-examiner, et elle part. On attend, on attend… Vers 22h environ, je souffre vraiment. Personne n’est venu m’examiner. Je sonne, et un homme sage femme, que je connais déjà, arrive. Je lui explique, il n’était pas au courant ! Il me dit que, vu comme je me tords, je serais mieux en salle d’accouchement. On m’y descend donc.

Examen : toujours à 1. Damned !!! J’ai envie de pleurer. Mes contractions me prennent dans le dos, la tête de mon enfant s’est logée contre les os de mon bassin à gauche, je souffre de cela même entre les contractions. Elles sont très, très rapprochées. Je panique un peu.

On me fait des injections pour que le col bouge. Ça marche à tous les coups, me dit-on. On me pose un cathéter douloureux sur le dos de la main, car c’est pour dans la nuit. Ouf, me voilà rassurée, ça va bouger ! Et on me remonte dans ma chambre. (D’ailleurs je me demande ce que ça aurait donné toute cette histoire, sans mon hospitalisation préalable et le fait que j’avais donc déjà une chambre.)

Le sage femme me fait de l’acuponcture, ça soulage un peu mon dos pendant les contractions. Je commence à vraiment douiller…

On me redescend quelques heures plus tard. Rien n’a bougé ! Là, je deviens « un peu » hystérique. Je devine qu’ils ne savent plus quoi faire… Je leur demande pourquoi mon col ne bouge pas. « On ne sait pas. »,  » Ça arrive. », disent-ils… Au final, je reçois du Salbumol pour stopper les contractions et que je me repose. On me remonte en chambre, il doit être 2 ou 3h du matin.

Mon mari rentre dormir un peu et s’occuper de nos chats. Les contractions se calment un peu en effet, mais j’ai très très mal de par la position de mon bébé. Et aucune position m’est moins douloureuse qu’une autre ! Couchée sur le dos ou le côté, c’est l’horreur. Debout ou assise… aussi !

photo de naissance rencontre avec bébé

Crédits photo (creative commons) : Kala Bernier

Au bout de même pas 2h, je craque de douleur et je sonne. Le sage femme vient me faire une injection d’un antalgique un peu plus fort. Ca marche un peu, je parviens à somnoler par tranches de quelques minutes jusqu’au petit matin, et à surmonter la douleur du bassin. Les contractions, elles, reviennent de plus en plus. La matinée se passe dans ma chambre, je souffre encore. Je suis examinée, et à la mine déconfite de la sage-femme je comprends : « Toujours à 1, Madame… ». Je n’en peux plus ! C’est quoi ça ? Il est 11h ! Toujours à 1 ?! Mais mince, ils vont faire quoi ?

Paraît-il que c’est une « dystocie de démarrage ». Je n’en ai jamais entendu parler en cours d’accouchement, mais j’aurai le loisir de me renseigner plus tard sur ce sujet. D’ailleurs, je la retiens ma sage femme des cours, de m’avoir promis un « accouchement super rapide tellement mon bébé est bas ». Je crois que ça a encore amplifié ma frustration, car non seulement c’était long, mais en plus je m’attendais à un accouchement plus rapide que la moyenne.

Je commence à m’énerver, car je n’ai aucune réponse. On vient me voir toutes les 2/3 heures en me disant « toujours à 1, au revoir ». Je maudis tous ces stupides cours qui parlent de 12h de dilatation. Je demande la péridurale car je suis à bout, je pleure. « Ah non Madame ! La péridurale, on la pose à 5/6 pas avant. » ARG !!! (Tu noteras toute la rancœur d’une femme en souffrance à qui on refuse la péridurale alors qu’elle la demande…)

Je suis épuisée, je n’en peux plus. Mon mari revient. On me descend à nouveau en salle d’accouchement pour essayer la salle nature, avec la baignoire. De 13h à 15h environ, on me laisse dans la baignoire. Ça me soulage un peu, mais je suis à bout, j’ai mal comme je n’ai jamais eu mal, et rien ne se passe, augmentant ma panique.

Vers 15h, je dis à mon mari d’aller chercher quelqu’un. Et là, il me faut une réponse, une intervention, quelque chose. Je n’en peux plus. Je souffre en quasi non stop depuis la veille 18h, ce n’est plus humain !

La sage femme du jour arrive. Elle m’examine… je suis toujours à 1. Là, je pleure carrément. En 21h de contractions, dilatation… à 1. Je la supplie de faire quelque chose, elle m’emmène en salle de travail. Elle me jure que j’accoucherai aujourd’hui. Elle me propose de l’ocytocine pour augmenter mes contractions « pas efficaces »… Je proteste, j’ai trop mal, je suis trop fatiguée, je ne peux pas supporter plus de douleur sans péridurale. Mais il n’est toujours pas question de la poser. On me propose le masque avec le gaz hilarant. Ça m’étouffe, ça ne marche pas. « Pourtant c’est très efficace », m’assure-t-on. « Ah oui ?! Alors pourquoi on a inventé la péridurale, dites-moi donc ? ». HUM.

En même temps, une sage-femme étudiante essaie de reprendre le cathéter de la veille pour commencer les injections d’ocytocine ultérieurement. Elle force… En fait, il s’est bouché, ça fait vraiment très mal. Après quelques hurlements de ma part, la sage femme titulaire m’en repose un autre. J’ai tellement mal que j’en pleure à chaudes larmes, j’ai honte de moi mais je suis vidée, mes contractions sont toutes les 2 à 1 minutes depuis des heures, c’est trop pour mon corps. Je divague, je me dis que jamais je ne verrai mon bébé car jamais je n’accoucherai, mon corps ne veut pas.

Le personnel part délibérer de mon cas. J’ai honte de les embêter, mais je n’y peux rien, moi, si ça ne se passe pas comme prévu… D’ailleurs, c’est quoi « comme prévu » ? Rien n’est jamais prévu…

Soudain, je romps la poche des eaux sur une contraction, ce qui me provoque une douleur aiguë. Les contractions s’intensifient de ce fait. Finalement, l’anesthésiste et la sage femme acceptent de me poser la péridurale. Toutefois, il existe un risque de césarienne non négligeable. Oui mais, de toute façon, on fait quoi sinon ? J’accepte, évidemment !

J’attends la péridurale, c’est d’une lenteur… Mon mari attend dans le couloir. Une femme hurle à la mort à côté, j’apprendrai plus tard que mon mari a cru que c’était moi (la pauvre dame mettait au monde son enfant sans péridurale… Alors qu’elle la souhaitait, mais il n’y avait pas eu le temps).

Je dois faire le dos rond sans bouger pendant plusieurs grosses contractions, c’est abominable. Je serre les dents en me disant que ce sont sûrement les dernières aussi violentes, car bientôt l’analgésie fera effet…

Enfin, c’est fini. Je peux m’allonger. Bientôt, j’ai moins mal. Dans le dos et dans le côté droit, je ne sens presque plus rien. Dans le côté gauche, je sens toujours la tête de mon bébé buter régulièrement dans mon bassin, mais après tout le reste, cette douleur unique est gérable. J’essaye de basculer sur le côté, mais ça ne change rien. Il est 16h, et après 22h de douleur non-stop, j’ai enfin un peu de répit. On lance l’ocytocine dans ma perfusion, maintenant que je peux la supporter.

Mon mari rentre à nouveau à la maison. Moi, j’essaie de me reposer entre malgré les douleurs du côté gauche. Je pense plus rationnellement et m’inquiète pour mon bébé qui subit aussi toutes ces contractions…. On me dit que ça ne leur fait rien, mais je n’y crois qu’à moitié… Au bout d’une heure, la sage femme vient m’examiner. Je me dis que ça sera 1, et que je vais avoir une césarienne. Elle m’annonce « 4 cm ». J’en pleure de bonheur.

J’appelle mon mari qui revient à l’hôpital. Un peu avant 19h, la sage femme me dit que c’est pour dans environ 1h, et me remet un peu de péridurale. Finalement, Bébé veut bien pointer son nez ! Je commence à pousser vers 19h10, sans sentir mes contractions. Le personnel me dit quand pousser. Je donne tout ce que j’ai ! Je sue, je pousse… Je n’ai pas vraiment mal, car là, la péridurale est bien effective. Mais il ne sort pas!

Au bout de 30min la sage femme dit que là, vraiment, il faudrait qu’il vienne. Elle sort… Je continue avec la stagiaire. Je me doute bien de la suite, aussi quand je vois la sage-femme revenir avec le médecin de garde, je ne suis pas surprise. Après toutes mes histoires, j’aurai encore droit à la ventouse…. Je ne réfléchis pas trop sur le coup, il faut sortir mon enfant.

Après 2 aides de la ventouse, notre bébé est là. Mon mari l’attrape, car moi, j’ai refusé quand la sage femme me l’a proposé. Dans mon état brumeux, je pense qu’il s’agit d’une grosse opération, alors qu’il ne s’agit que le saisir !

19h51, notre fils est né, il est magnifique, il pleure un peu et se blottit contre moi. À cet instant, je me dis que toute la souffrance endurée pendant plusieurs heures vaut largement cette seconde magique à laquelle nous découvrons notre enfant. Je suis aussi soulagée de voir qu’il va parfaitement bien.

J’ai mis longtemps à écrire cet article, car je culpabilise de mon accouchement, je me dis que j’aurais dû « mieux faire ». C’est ridicule je le sais, mais c’est ainsi. J’ai des regrets. Je ne vis pas non plus dans le ressassement, aujourd’hui ça va mieux, mais quand je lis ou j’entends des récits d’accouchements plus classiques, plus rapides surtout, je suis un peu triste. J’aurais voulu connaître ça.

Et surtout, je m’en veux pour la ventouse. La tête déformée de mon fils m’a longtemps ramenée à ma culpabilité. C’est parti je te rassure, mais j’ai malgré moi ressenti de la responsabilité lorsqu’il a eu de légers souci de tête plate (plagiocéphalie). Je pensais que sa bosse l’empêchait de tourner correctement la tête.

Il paraît qu’il faut du temps pour accepter que son accouchement ne s’est pas passé comme on l’imaginait. J’ai des fois encore ce petit pincement au cœur, mais je me dis que j’ai fait du mieux que j’ai pu, que je n’ai pas eu de chance pour la dystocie, que mon fils va bien et qu’il est merveilleux, qu’il est beau, qu’il a une tête parfaite et que tout le bonheur qu’il nous apporte valait bien cet épisode. Et surtout, le moment magique de sa venue au monde a été, lui, à la hauteur de mes espérances, voire bien plus haut. Donc finalement, j’ai eu un accouchement difficile niveau douleur et angoisse de ne pas savoir vers où on va, mais une naissance magnifique.

Malgré tout, j’ai des sueurs froides à penser à mon prochain accouchement, car nous voudrions bien un autre enfant… Mais je chasse l’idée, j’y penserai le moment venu. Pourtant je ne m’en tire pas mal : malgré un travail long, je n’ai eu « que » la ventouse et la déchirure, et j’ai bien accouché par voie basse et non pas par césarienne d’urgence, donc j’ai évité l’opération. De plus, à l’inverse, je me suis très bien et très vite remise de mon accouchement par la suite… donc là, j’ai plutôt fait partie des veinardes !

Et toi ? As-tu eu un accouchement long ? As-tu des regrets, de la culpabilité ? Le moment de la rencontre a-t-il été émouvant ? Raconte !

Toi aussi, tu veux témoigner et raconter ton accouchement ? C’est par ici !

A propos de l’auteur

Trentenaire, mariée, maman, propriétaire en campagne, cadre (pas trop) dynamique, sportive (à mes heures), coquette, gourmande..... et j'en passe! Je suis mariée depuis début 2013 et maman depuis début 2014 pour la première fois. J'adore manger, cuisiner, tricoter, lire, me promener, jouer du piano .... et les chats! Je jongle entre ma vie de femme et de maman, en incluant le boulot là dedans. Pas facile tous les jours mais quel bonheur :-) Au point que nous avons récidivé: nous avons accueilli notre deuxième fils tout récemment! Et je suis évidemment totalement folle de mes deux enfants :-)