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A la une / Témoignage

Être enceinte après plusieurs fausses-couches

L’année dernière, je suis venue te parler de mes difficultés à donner la vie. En effet, après six grossesses débutées, je n’ai toujours à ce jour qu’un seul petit garçon. Le soutien que j’avais trouvé en témoignant m’avait beaucoup émue et j’avais été aussi très triste de constater que nous étions si nombreuses à vivre ces drames. Alors aujourd’hui, je reviens vers toi, qui m’as soutenue et émue avec ta propre histoire, pour te donner de mes nouvelles.

Au moment où j’écris ces lignes, je suis de nouveau enceinte, et ça semble bien parti pour durer cette fois ! Je viens de débuter mon cinquième mois de grossesse, youpiii ! Mais j’ai décidé de ne pas venir tout de suite te raconter cette grossesse.

Il y a toujours cette petite voix quelque part dans ma tête qui me dit : « Préserve-toi ! Ne t’enflamme pas ! » C’est de ça dont je voudrais te parler aujourd’hui. Mais promis, je te raconterai tout quand le petit miracle sera né !

Enceinte

Crédits photo (creative commons) : Phalinn Ooi

La découverte

J’ai appris ma grossesse quasi un an jour pour jour après avoir appris la dernière (qui s’est donc mal terminée), et juste quelques jours avant notre premier anniversaire de mariage. Là, tu te dis peut-être : « Wahouuu, trop belle surprise, ils ont dû être super heureux ! » Ou pas.

Notre première réaction, à Mr Goldorak et moi-même, a été : « Bon, ça c’est fait, next step (*prochaine étape) ! » C’est difficile d’être heureux quand tu ne sais pas combien de temps tu vas le rester. On était contents de savoir que j’étais enceinte mais voilà, rien de plus.

Je suis mise directement sous Aspegic Nourrisson, un traitement qui serait, paraît-il, miraculeux en cas de fausses-couches à répétition, quand toutes les causes classiques ont été écartées. Je t’en dirai plus quand je te raconterai toute la grossesse, mais je peux d’ores et déjà te dire que le premier trimestre, moralement, c’est dur, quand on a mon vécu.

Déjà, tu n’en parles à personne. Pas que tu n’en aies pas envie, au contraire, mais tu n’oses pas. Dans mon cas, je ne voulais pas en parler parce que j’avais peur que ça me porte la poisse. Je ne voulais pas annoncer le lundi que j’étais enceinte pour devoir expliquer le jeudi que je ne l’étais plus (tu sens le vécu ?).

Tu attrapes aussi deux manies super sympa : celle de t’essuyer avec du papier toilette blanc et celle de mater ton fond de culotte. Personnellement, je me baladais partout chez moi avec mon rouleau de PQ. Dès que je sentais une petite fuite, hop, je vérifiais le papier et je vérifiais le fond de culotte. Glamour à souhait. Mais c’était obsessionnel.

J’ai eu au premier trimestre quatre échographies de contrôle. À chaque fois que j’ai pris rendez-vous pour ces échographies, j’ai vérifié qu’elles étaient bien la veille des jours de garde du papa de mon fils. Comme ça, si je devais rester à l’hôpital pour le curetage, mon fils serait bien tranquille avec son papa.

Je me rappelle aussi que mon mari a dû mettre le holà lorsque, la veille de l’échographie des 10 semaines d’aménorrhée (SA), j’ai préparé mon sac d’affaires au cas où.

Je faisais tout ça en prenant bien garde, malgré tout, à ne pas transmettre mon angoisse à mon fils, qui a compris vers les 10 SA que j’attendais un enfant (oui, mon ventre ne m’a pas aidée à être discrète, pour le coup).

Apprivoiser sa grossesse

Je ne savais pas si je devais m’attacher ou non à cette petite chose qui grandissait tranquillement en moi. Lorsque l’écho des 12 SA a été faite (à presque 14 SA, d’ailleurs, puisque j’avais demandé un rendez-vous le plus tard possible, pour être sûre que tout irait bien), j’ai commencé à me détendre, un peu.

Autour de moi, des amies enceintes de quelques semaines de moins envisageaient déjà leurs futurs achats, voire en faisaient déjà quelques uns. Hors de question pour moi.

Le jour où j’ai annoncé ma grossesse sur Facebook, j’ai tremblé comme une feuille avant de cliquer sur « publier ». J’avais des palpitations, j’étais terrifiée. Je voulais profiter de cette grossesse, mais je n’y arrivais pas, je ne savais pas comment m’y prendre et je m’en voulais : mon bébé sentait-il que je ne parvenais pas à m’attacher à lui, de peur de souffrir encore ?

Ma maman, très heureuse pour nous, voulait commencer à tricoter. Je lui ai expliqué qu’il ne fallait pas s’enflammer, qu’on aurait le temps pour ça. Elle a parfaitement compris et m’a demandé à partir de quand elle pourrait s’y mettre… Et là, ma première pensée a été : « Après l’accouchement ? »

J’ai alors compris qu’il fallait que j’arrête. J’étais heureuse, si heureuse de porter la vie à nouveau, et je n’arrivais pas à en profiter, à me réjouir avec mon mari de devenir parents dans quelques mois. Quand je parlais du futur proche, de l’organisation de Noël, par exemple, je finissais invariablement chaque phrase par : « Enfin, si tout se passe bien, quoi. » Il me fallait faire quelque chose, mais quoi ?

STOP !

Après une discussion avec mes amies au sujet de l’haptonomie, j’ai décidé de contacter la sage-femme qui me suivait lors de ma première grossesse, car elle proposait justement des cours. Rendez-vous a été pris dans la foulée.

Je lui ai expliqué mon angoisse. Elle connaissait mon passif et, d’après elle, l’haptonomie pouvait nous aider, Mr Goldorak et moi, à appréhender notre grossesse (oui parce qu’à ce niveau, c’est la sienne autant que la mienne, crois-moi !) de façon positive, à accepter que si quelque chose devait arriver, ça arriverait, et que nous n’aurions pas ou peu de contrôle dessus. Et surtout, l’haptonomie pouvait nous permettre de communiquer avec notre bébé !

En parlant de ça, vers 16 SA, j’ai commencé à sentir de petites sensations familières… Je pensais vraiment que ça ferait disparaître toutes mes angoisses, mais elles ont la peau dure, les vilaines ! Bon, ça s’est quand même beaucoup atténué.

Un dimanche matin, sur une brocante, j’ai même sauté le pas ! J’ai acheté un pyjama naissance ! Tu dois rire derrière ton écran, mais sache que, même pendant les soldes, je bloque sur le rayon naissance sans oser acheter quoi que ce soit. Même un simple doudou me donne des sueurs froides. Ma sage-femme m’a expliqué que c’était compréhensible, et même normal dans une certaine mesure, et elle est persuadée que je rattraperai les achats perdus dès que nous saurons le sexe.

Bilan

Aujourd’hui, je sens vraiment très bien mon bébé, je sens ses petits coups, Mr Goldorak aussi, et je commence enfin à profiter de ma grossesse, à m’épanouir, et à cesser de penser au pire. Je n’ai toujours fait aucun achat, je sens bien que je m’investis un peu moins que pour mon premier enfant, mais j’ai compris que ça n’enlevait rien à l’amour que je lui porte déjà. Je me préserve, et c’est normal.

Alors voilà, même si c’est dur de l’envisager, même si l’on pense ne plus en avoir du tout, qu’on a épuisé toutes nos réserves, l’espoir est toujours là.

Je te remercie encore une fois pour ton soutien, et je souhaite à toutes les mamans (oui, parce que même si une grossesse s’est terminée par une fausse-couche, on a parfois eu largement le temps de se sentir maman) qui souffrent comme j’ai souffert de garder espoir et de porter enfin leur bébé dans leurs bras.

Toi aussi, tu veux témoigner ? C’est par ici !